Partenariats européens

Les enjeux du numérique européen

Date:
Mis à jour le 16/12/2021
À partir du 1er janvier 2022, la France exercera pendant 6 mois la présidence du Conseil de l’Union européenne. Marie-Hélène Pautrat, directrice des partenariats européens d’Inria, met en perspective les enjeux numériques en Europe et rappelle l’engagement d’Inria dans la construction d’un espace européen de la recherche et de l’innovation.
Marie-Hélène Pautrat
© Inria / Photo G. Scagnelli

Quels sont les enjeux du numérique européen ?

La stratégie numérique européenne s’inscrit dans un contexte plus général : celui de la maîtrise des technologies numériques dans un environnement mondial de plus en plus compétitif. Plusieurs questions se posent : quelle réponse européenne aux grands enjeux mondiaux ? Comment résoudre le déficit d’investissement en Europe par rapport aux grandes puissances technologiques mondiales ? Dans un monde ouvert et connecté, comment parvenir à réduire la dépendance technologique des États-membres, amplifiée par la crise sanitaire ? Depuis maintenant plus de dix ans, l’Union européenne élabore des politiques et met en œuvre des initiatives pour le numérique. Dans le cadre de sa "décennie numérique", elle s’est fixé une trajectoire et de nouveaux objectifs à l’horizon 2030.

Aucun État-membre n’a aujourd’hui les moyens ni les ressources de faire face à ces enjeux de façon isolée. Pour fournir des réponses adaptées, il faut mettre nos compétences, nos efforts et nos investissements en commun.

Pour développer et mettre en œuvre sa stratégie numérique, l’Europe dispose de deux instruments principaux : le programme-cadre pour la recherche et l’innovation Horizon Europe, et le nouveau programme Digital Europe, qui couvrent tous deux la période 2021-2027. Près d’un tiers des financements d’Horizon Europe viendront en soutien au numérique, de façon directe (en particulier pour développer les technologies hautement stratégiques – données, IA, calcul intensif, sécurité numérique, informatique quantique…), ou indirectement, dans les grands secteurs applicatifs d’une société numérisée (médecine personnalisée, énergie, mobilité, environnement, agriculture de précision…).

Complémentaire des efforts nationaux, Digital Europe proposera une approche plus stratégique et concertée du numérique autour des questions d’infrastructures numériques, de compétences, et de transformation de la société, des entreprises et du secteur public.

Quelle est la position d’Inria dans ce contexte ?

Si l’Europe souhaite maîtriser son destin numérique, elle doit créer les conditions pour soutenir les avancées scientifiques et technologiques portées. Inria partage pleinement l’idée de renforcer l’autonomie stratégique par la maîtrise de technologies clés et de faire de l’Europe un pôle d’attractivité dans nos champs de compétences.

L’expertise scientifique d’Inria est reconnue en Europe, et l’institut doit se mettre en capacité de peser dans les débats. Il ne le fera pas seul. En particulier, il souhaite s’appuyer davantage et de manière plus stratégique sur quelques partenaires clés avec qui nous entretenons des relations privilégiées, ainsi que sur les réseaux d’acteurs académiques et industriels en Europe, pour une plus forte convergence des visions et des efforts.

Outre la visibilité européenne essentielle à nos travaux, les programmes européens proposent un environnement de collaboration et renforcent nos capacités, le plus souvent au sein de consortiums qui permettent de proposer des réponses à des questions scientifiques et technologiques de plus en plus complexes et mondialisées. En particulier dans certains domaines, qui demandent des compétences et des financements très importants, la plus-value européenne est évidente. Si l’on veut par exemple construire en Europe les futures machines Exascale, il faut une feuille de route commune, avec la possibilité de mobiliser des financements de l’ordre de plusieurs milliards d’euros mais aussi être capable de créer des écosystèmes et d’organiser les efforts en matière de formation, de diffusion et d’appropriation des technologies dans le tissu industriel et la société. Le niveau européen permet alors de changer d'échelle.

Avec entre autres des instruments très visibles et reconnus internationalement, de soutien à la prise de risque scientifique (European Research Council), la formation et la mobilité des chercheurs (Marie Skłodowska-Curie), ou plus récemment, pour faire émerger des projets deep tech, en provenance du milieu académique, et pour accompagner la croissance des startups et des entreprises qui en sont issues (European Innovation Council), l’Europe s’est dotée au fil des années d’un cadre complet pour accompagner la science et la technologie européennes. L’institut est résolu à en tirer parti, en phase avec sa propre stratégie. Inria veut être un acteur engagé et résolument européen.

 

IHM, modélisation, cybersécurité, IA, santé numérique : quelques projets européens

Crowdbot, simulation et réalité virtuelle

Crowdbot, de la simulation en réalité virtuelle

Comment faire pour que les robots puissent circuler au milieu d'une foule dense en toute sécurité ? C'est le thème de CrowdBot, un consortium financé par le programme européen ICT H2020 et coordonné par Inria. Dans ce contexte, les scientifiques du centre de recherche de Rennes étudient l'interaction entre l'humain et le robot en simulant l'un et l'autre dans un environnement virtuel.

Simulation de mouvements de foule

CrowdDNA, la simulation pour éviter les mouvements de foule

Chaque année, des mouvements de foules se terminent en bousculades mortelles. Certains drames pourraient être évités. Coordonné par Inria, le projet européen CrowdDNA étudie de nouveaux modèles de simulation pour aider les gestionnaires d'espaces publics à mieux mesurer la dynamique d'une foule dense et à détecter ses facteurs de risque.

Simcardiotest

Simcardiotest, pour concevoir de nouveaux traitements cardiaques

SimCardioTest est un nouveau projet financé par la Commission européenne à hauteur de huit millions d'euros. Il vise à accélérer l'adoption de la simulation numérique pour concevoir les médicaments et les dispositifs médicaux cardiaques. Il est coordonné par Maxime Sermesant, de l'équipe Épione d'Inria.

Un réseau de compétences européennes en cybersécurité

Vers un réseau européen de compétences en cybersécurité

L'UE va se doter d'un Centre de compétences en cybersécurité. L'objectif : organiser à l'échelle continentale les moyens des centres de recherche, des industriels et des agences nationales. En préfiguration, quatre consortiums pilotes se sont constitués : Inria participe activement à l'un d'entre eux, Sparta, en y engageant huit équipes de recherche et ses deux laboratoires de haute sécurité (LHS).

Visualisation de traces d’exécution d’un programme

De la modélisation pour les industriels

Modéliser les flux sanguins dans les anévrismes aortiques, simuler et optimiser l’aérodynamique d’une éolienne ou d'une voiture... Voici quelques exemples de recherches menées récemment dans le cadre du programme européen de recherche ARIA ("Accurate ROMs for Industrial Applications"), coordonné par Inria. Il fédère à ce jour quinze partenaires académiques et industriels à la pointe de l'innovation.

Trust AI

Mieux expliquer les algorithmes pour développer une IA de confiance

L'IA influence toujours plus de décisions humaines. Si son efficacité s’avère incontestable dans un grand nombre de secteurs, elle demeure mystérieuse, complexe et incomprise par la plupart des utilisateurs. Développer des solutions pour rendre l’IA plus accessible et compréhensible, c’est le défi du projet européen TRUST-AI.