Société & connaissance

Faire progresser la recherche, la commémoration et l'éducation transnationales sur l’Holocauste

Date:
Mis à jour le 28/05/2021
Près de 80 ans après l’Holocauste, la recherche sur le sujet continue de progresser afin que ce chapitre de l’Histoire puisse être connu et son contenu affiné par les nouvelles générations. Dans l’objectif d’unir les Européens dans la recherche, la commémoration et l’éducation autour de ce passé commun, les frontières nationales s’effacent grâce à l’initiative European Holocaust Research Infrastructure (EHRI). Éclairage.
Mémorial de l'Holocauste à Berlin

 

Création d’une infrastructure européenne de recherche sur l’Holocauste

Les premiers principes de l’European Holocaust Research Infrastructure (EHRI) ont émergé dès 2010, à l’initiative de la Commission européenne, alors que se posait le problème de l’accès généralisé à la documentation de mémoire liée à l’Holocauste.

L’EHRI est une initiative d’infrastructure qui vise à mettre en réseau l’ensemble des archives liées à la Shoah et à créer un espace de recherche et de mémoire donnant accès à tous, du chercheur au citoyen, aux documents historiques existants.

Une documentation très éparse en Europe

Le paysage des archives est très clairsemé, avec d’un côté des grandes institutions internationales (Yad Vashem, US Holocaust Memorial Museum, etc.) et de l’autre un ensemble de « microarchives » correspondant au travail d’individus isolés ou d’associations locales. Ces microarchives sont très difficilement accessibles et ne disposent que de très peu de visibilité en ligne.

Le principal défi de l’EHRI est donc de composer avec cette forte disparité des sources et documents dans toute l’Europe mais également avec l’hétérogénéité de l'expertise entre de nombreuses institutions. La mission de l’EHRI consiste à remédier à cette fragmentation en reliant les sources, les institutions et les personnes pour intégrer dans un même espace numérique la documentation et offrir un accès à des informations compréhensibles.

 

Entrepôt d'archives
© Unsplash / Nana Smirnova

Plusieurs projets et partenaires européens rassemblés autour d’une même mission

Il est nécessaire de voir l’European Holocaust Research Infrastructure comme une initiative globale qui s’est amplifiée au fil des années. L’Union européenne (UE) finance l’EHRI par projet : le premier projet, EHRI-1s’est déroulé entre 2010 et 2015 et a été financé par le 7e PC de l'UE. Le deuxième projet, EHRI-2 s’est déroulé entre 2015 et 2019, et a été financé par Horizon 2020. Enfin, le projet EHRI-3, auquel Inria contribue par le biais de la participation de l’équipe-projet ALMAnaCH, se déroulera entre 2020 et 2024 et est financé par Horizon 2020 également.

Au cours des projets EHRI-1 et EHRI-2, les consortiums ont œuvré afin de créer un large réseau d’archives européennes qui ont appris à travailler ensemble, à mettre en place les premières briques du portail numérique de documentation. Ces travaux ont également permis de créer une communauté de chercheurs, notamment grâce à des programmes de mobilité intégrés aux différents projets.

Ouvrir à tous les archives inaccessibles

Pour EHRI-3, le projet auquel Inria participe via l’équipe ALMAnaCH, le consortium de 25 partenaires provenant de 17 pays a pour mission d’aller au-delà de l’état de l’art réalisé dans les premiers projets : EHRI-3développera des protocoles et outils permettant d’ouvrir et donner accès à tous aux sources jusqu’alors hors d'atteinte, dans une approche transnationale.

Inria travaille au sein du consortium pour s'assurer que les catalogues de toutes les collections d’archives peuvent être agrégés et partagés en proposant des standards d'encodage. ALMAnaCH utilise également ses outils de traitement du langage naturel pour enrichir les annotations des collections et faciliter la recherche sur les collections.

 

Une loupe sur les mots connaître, comprendre, voir
© Inria / Photo B. Fourrier

Le déroulé d’EHRI-3

Durant les premiers mois, les équipes travailleront spécifiquement sur le recensement des microarchives et l’identification des besoins qu’elles ont dans le domaine numérique.

Les chercheurs se pencheront sur le développement d’une politique de science ouverte au niveau européen pour une large disponibilité de toutes les publications résultant d’un travail de recherche sur les archives correspondantes. Cette tâche s’intègre dans le travail déjà important fait par exemple autour du blog d’EHRI qui présente un ensemble de documents très pointus relatifs à l’Holocauste.

Enfin, fort de l’expérience de l’équipe-projet ALMAnaCH en matière d’extraction d’information, les contenus archivistiques pourront être analysés d’une meilleure manière, par exemple pour y désambiguïser les références aux personnes, institutions ou lieux mentionnés. Cette tâche se révèle particulièrement délicate, l’Holocauste ayant touché une immense population d’anonymes que le travail historique vise à recontextualiser dans leurs trajectoires souvent tragiques.

L'alliance de 23 partenaires et 17 pays européens

La diversité du consortium reflète la complexité du travail sur les archives de l’Holocauste. Il intègre bien sûr des archives de référence (spécialisées sur la Shoah, ou génériques, comme les archives fédérales allemandes), des organisations nationales (comme le mémorial de la Shoah en France), des historiens, issus des universités ou de centres de recherche comme Inria ou des partenaires plus technologiques.

Verbatim

Il y a un côté extrêmement enrichissant au fait de baigner dans cet espace multilingue, pluridisciplinaire, mais aussi au service d’une mission de mémoire qui a du sens.

Auteur

Laurent Romary

Poste

Directeur de recherche de l’équipe-projet ALMAnaCH

Un pays seul n’aurait pas pu faire autant de progrès sur un sujet qui repose sur des accords à l’échelle européenne, entre de nombreuses entités complexes. Qu’il s’agisse de choix techniques, de coordination de recherches historiques, ou de visibilité politique, l’alliance entre tous ces partenaires européens est primordiale pour défendre la mise en place d’une infrastructure pérenne sur le sujet de l’Holocauste.

Si travailler dans un tel projet européen implique d’accepter un temps long, au cours duquel les différentes parties prenantes apprennent à se connaître, à intégrer les attentes des uns et des autres et à faire passer les idées et propositions techniques progressivement, pour Laurent Romary, directeur de recherche au sein de l’équipe-projet ALMAnaCH, « c’est avant tout un cadre collaboratif extrêmement riche où se rejoignent les meilleurs experts des différents pays concernés ».

Verbatim

L’Europe a toujours représenté le niveau de granularité où je me sentais à l’aise pour être vraiment créatif. On a vite fait de s’arc-bouter sur nos modes de fonctionnement nationaux régis par des spécificités administratives qui sont complètement inconnues de nos voisins européens (et réciproquement).

Auteur

Laurent Romary

Poste

Directeur de recherche de l’équipe-projet ALMAnaCH

Et après ?

L’EHRI a récemment intégré la feuille de route des infrastructures européennes (maintenue par l’European Strategy Forum on Research Infrastructures) et envisage de se stabiliser sous la forme du cadre administratif recommandé par l’Union européenne : European Research Infrastructure Consortium (ERIC), un consortium d’États-membres qui soutiennent l’initiative sur le moyen terme.