Sécurité & Vie privée

Numérique et sciences humaines et sociales : des apports réciproques

Date:
Mis à jour le 28/06/2021
Informatique et sciences humaines et sociales (SHS) seraient-elles deux domaines si éloignés ? Les équipes-projets d’Inria ont au contraire su créer de nombreuses collaborations avec leurs collègues des humanités. Respect de la vie privée, analyse du discours, modélisation de données historiques… Ce dossier vous invite à découvrir la richesse de ces recherches transdisciplinaires.
Exploration de graphe de données
© Inria / Photo S. Erôme - Signatures

Une thématique présente de longue date

Pour peu que l’on accepte de ne pas réduire le numérique à de l’outillage, mais que l’on considère sa capacité de modélisation de systèmes complexes, les liens entre sciences numériques et humanités apparaissent dans toute leur richesse. À Inria, l’existence de recherches à l’interface entre informatique et sciences humaines et sociales est en tout cas une réalité depuis des décennies. « Lorsque j’ai fait ma thèse, en 1989, il existait depuis plus de dix ans sur le site Inria de Rocquencourt une équipe qui travaillait sur l’ergonomie du développement de l’informatique. Son directeur, André Bisseret, était diplômé en psychologie », se souvient Laurent Romary, directeur de recherche au sein de l’équipe Almanach (Automatic Language Modelling and Analysis & Computational Humanities) et conseiller Inria pour l’information et l’édition scientifique.

Si les premiers travaux menés au sein de l’institut portaient principalement sur l’analyse des langues ou l’extraction d’informations à partir de documents, depuis une dizaine d’années la palette de projets se diversifie. Notamment avec l’apport de la modélisation 3D. « Voir apparaître la thématique des sciences humaines et sociales dans le plan stratégique de l’institut a été un vrai changement, une reconnaissance de l’importance de ce sujet pour Inria », s’enthousiasme celui qui se rappelle avoir dû faire un travail d’évangélisation interne sur le sérieux de ses recherches lorsqu’il a lancé l’équipe Inria/Loria Langue et dialogue, en 1997.

Soutenir le tournant numérique de la recherche en sciences humaines et sociales

L’informatique offre bien évidemment de nombreux outils techniques et méthodologiques à la recherche en sciences humaines et sociales. En particulier dans son rapport à l’accès aux données. La numérisation de sources anciennes, la facilité de diffusion de documents plus modernes, le traitement de grandes quantités de données qui permet de tester plus efficacement des modèles… tous ces apports permettent de progresser vers une recherche facilitée, mais également plus aisée à prouver, à comparer. « Attention cependant à ne pas simplifier à l’excès le matériau des sciences humaines. Derrière le fait de penser le Moyen-Âge, la langue, il y a de vrais concepts, des méthodologies propres aux différents champs de recherche qu’il faut respecter. Le passage au numérique n’est donc pas évident et demande un dialogue pour penser par exemple les méthodes d’extraction de données et de visualisation pertinentes pour chaque thématique », met en garde Laurent Romary.

La complexité, la diversité et la fragmentation des données qui nourrissent les sciences humaines et sociales ont ainsi fait émerger le besoin d’infrastructures numériques spécifiques, telle que la Très grande infrastructure de recherche (TGIR) Huma-numou la Digital Research Infrastructure for the Arts and Humanities (DARIAH). Ces équipements, à l’échelon national et européen, visent à améliorer et à soutenir le tournant numérique dans la recherche et l'enseignement des arts et sciences humaines en proposant à la fois des services d’ordre technique (logiciels adaptés, partage de données, hébergement) et des outils de dialogue au sein des communautés thématiques.

Numérique et sciences humaines : une relation fructueuse

Et la relation entre numérique et sciences humaines n’est pas à sens unique. Laurent Romary va même plus loin : « Dès lors qu’un projet concerne des données qui contiennent des traces humaines, on est déjà dans un travail d’interface. Il est nécessaire de questionner la nature de ces traces, l’impact que les résultats auront sur tel ou tel aspect de la vie humaine. Dans un contexte où Inria est très engagé dans la science ouverte, se pose notamment la question de savoir comment l’on accepte de disséminer ces données. » Une cellule d’accompagnement a d’ailleurs été mise en place pour construire un plan de gestion des données.

Apprendre à penser systématiquement la relation à l’humain dans tout ce que l’institut entreprend permettra à l’informatique d’être mieux reconnue comme discipline dans nos sociétés. Un mouvement qui doit s’accompagner de la mise en place d’enseignements au numérique à tous les niveaux du cursus scolaire, jusque dans les masters recherche en SHS, dont très peu incluent des séminaires de méthodologie numérique. « Les réactions à la notion d’algorithme suite à la mise en place de Parcoursup montrent que la population ne possède pas les briques conceptuelles pour penser ces questions », déplore Laurent Romary« Notre société devrait intégrer l’informatique comme partie prenante de la formation nécessaire pour l’honnête Homme. » Un prérequis indispensable pour construire la confiance du citoyen dans le numérique.

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