Numérique frugal

Comment les sciences du numérique peuvent (aussi) aider à la préservation de l’environnement

Date:
Mis à jour le 22/06/2021
Régulièrement pointés du doigt pour leur consommation d'électricité, de matières premières et leurs impacts environnementaux, le numérique et la recherche qui l’entoure ont pourtant un rôle majeur à jouer dans la transformation écologique de nos sociétés. Aller vers une plus grande frugalité et recyclabilité des technologies, mieux modéliser et comprendre l’environnement, accompagner le développement d’énergies moins émettrices, autant de sujets sur lesquels Inria s’engage.
Espace immersif Gouraud-Phong, plate-forme mutualisée spécialisée dans la réalité virtuelle.
© Inria / Photo L. Jacq

D’une prise de conscience environnementale progressive…

Dès les débuts de l’institut, la modélisation des évolutions climatiques a été une thématique importante pour Inria. « Mais, précise Jacques Sainte Marie qui créée en 2012 l’équipe ANGE (analyse numérique, géophysique et environnement), si les préoccupations environnementales étaient présentes, il s’agissait plus de modéliser, comprendre et simuler les écoulements géophysiques ou les risques naturels que de s’intéresser à l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère. » Afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, la production d'énergies renouvelables (éolien, solaire, hydrolien, houlomoteur…) et l'amélioration des systèmes énergétiques (production, distribution, stockage...) ont suscité de nombreux travaux en optimisation, modélisation statistique, etc.

C’est au tournant des années 2000 que se fait la prise de conscience : la fabrication des outils numériques et la consommation d'énergie induite ont des impacts environnementaux significatifs.

Face aux changements climatiques, les sciences du numérique sont à la fois une partie du problème et une partie de la solution. Avec le développement des réseaux, des datacenters et des appareils connectés, il s'agit de promouvoir la sobriété numérique, l'écoconception des outils numériques et cela via la recherche et l'innovation. Les effets du numérique sont nombreux : au plan organisationnel (virtualisation, télétravail), en médecine, en agroécologie (réduction des intrants) ou pour le développement d'outils participatifs.

… à une transformation des pratiques…

Citoyenne et scientifique, la prise de conscience est aussi institutionnelle. Sous l’impulsion de Céline Serrano (direction de l'innovation) et Peter Sturm (équipe-projet STEEP), un groupe de travail se met en place pour proposer des actions concrètes visant à aider tant les directions nationales que l’ensemble des personnels Inria à se saisir des enjeux environnementaux. Le groupe MakeSEnS rend son rapport à la fin du premier semestre 2019.

Dans la foulée, la direction générale de l’institut crée une mission pour la mise en place d’une politique de responsabilité sociétale et environnementale, confiée à Céline Serrano. Le poste d’adjoint au directeur scientifique d’Inria chargé des questions relatives aux sciences de la planète, à l’environnement et à l’énergie, est également créé, et proposé à Jacques Sainte Marie, qui entre en fonction en septembre 2019. Leur rôle :

faire en sorte que nos collègues, sensibilisés aux préoccupations environnementales, passent d’une attitude concernée à impliquée.

La méthode : informer, proposer des moyens d'action plutôt que contraindre, et ainsi inciter les personnels à faire évoluer leurs pratiques, notamment en termes de renouvellement de matériel informatique, et de déplacements nationaux et internationaux, poste majeur d’émissions carbone pour les chercheurs. Et la mise en place des bonnes pratiques ne se paye pas que de mots : un plan environnement, avec des objectifs contraignants, a été accepté par le conseil d’administration de l’institut.

… et aussi des thématiques

En complément des mesures prises pour réduire l'empreinte carbone issue de notre façon de travailler, il s'agit de développer de nouvelles thématiques de recherche directement liées à la préservation de l'environnement, à la réduction des impacts environnementaux du numérique et de permettre aux personnels qui le souhaitent d’infléchir leurs activités et leurs sujets de recherche vers ces thématiques. En facilitant la transition des personnels en place vers ces nouveaux sujets d’importance, individuellement ou par la création de nouvelles équipes dédiées et le lancement de partenariats, d’actions incitatives en lien avec ces thématiques environnementales, cela permet aux scientifiques de mettre en accord leurs thématiques de recherches et leurs convictions personnelles.

Parmi les leviers à disposition, le lancement de "défis" ou d'actions exploratoires, le montage de partenariats avec d’autres organismes publics (ADEME, Inrae...) comme avec les acteurs privés du riche écosystème du numérique (ATOS, OVH...). Avec l’ambition d’apporter une réponse numériquement sobre aux problématiques des partenaires, et de favoriser le transfert des recherches aux acteurs de terrain. Mais cet essaimage ne s’arrête pas là. L’institut porte ainsi de nombreuses initiatives (MOOC, partenariats avec des acteurs publics comme La Poste) en direction du grand public comme des enseignants et des élèves de lycée ou des entreprises.

Car faire prendre conscience des impacts négatifs et positifs du numérique est également un enjeu de communication, de formation. Un axe de travail qui n’ira pas sans une collaboration plus étroite avec les chercheurs en sciences humaines, pour répondre aux enjeux sociétaux soulevés par la pénétration croissante du numérique dans nos vies et qui a pris une résonance particulière depuis le début de la crise sanitaire actuelle.

 

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