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Médecine numérique

Françoise Breton, Technoscope - 30/09/2012

MICCAI invente la médecine de demain

La 15e édition de la conférence internationale MICCAI se déroule du 1er au 5 octobre 2012 à Nice. Organisée par Inria, cette manifestation accueille des chercheurs, des ingénieurs et des médecins du monde entier qui viennent découvrir les dernières avancées de la recherche dans le domaine de l’analyse informatique des images médicales et de l’intervention médicale assistée par ordinateur. « Patient virtuel » et « réalité augmentée » s’affirment comme les points forts de la médecine de demain.

Nicholas Ayache, responsable de l’équipe Asclepios du centre Inria à Sophia Antipolis, membre fondateur et membre du comité de direction de MICCAI, Président de la conférence MICCAI2012, nous en parle.

Quelle est la spécificité de la conférence Miccai ?

MICCAI est née de notre volonté de rapprocher des domaines séparés dont nous pressentions le grand bénéfice à tirer de leur synergie. C’est une vision moderne qui trouve sa justification aujourd’hui dans l’intrication de plus en plus serrée des deux composantes de la conférence : l’analyse informatique des images médicales et les interventions médicales assistées par ordinateur. La première composante vise à traiter de façon automatique la quantité croissante d’images fournies par des technologies d’imagerie modernes afin d’en extraire l’information réellement pertinente pour leur interprétation. Depuis quelques années, on est capable d’utiliser les informations sur la forme, la texture et le mouvement d’un organe du patient pour personnaliser le modèle numérique, d’un patient virtuel. Cette construction fait le lien avec la deuxième composante de MICCAI car ce patient virtuel peut dès lors être utilisé pour faire de la simulation, de la planification ou du contrôle d’interventions médicales. Par exemple, la reconstitution virtuelle en 3-D de l’organe malade est déjà utilisée au quotidien dans certains services pour préparer des opérations mini-invasives qui utilisent de petits instruments introduits par de petites incisions. Il est ainsi possible de déterminer à l’avance où placer les mini-caméras et les instruments pour éviter qu’ils ne se gênent mutuellement pendant l’intervention.

Qu’est-ce qui explique son succès ?

Ce succès est lié au fait que le domaine de MICCAI s’est constitué à l’intersection des sciences informatiques, des technologies et de la médecine, au moment où la révolution numérique touchait tous les domaines scientifiques. Cette combinaison s’est révélée extrêmement fructueuse, avec des domaines d’application clinique très variés, concernant aussi bien la neurologie et la cardiologie que la chirurgie digestive ou orthopédique, ou encore l’histologie.

La pertinence de cette approche n’est plus à démontrer et attire beaucoup de chercheurs. La conférence précurseur que nous avons organisée en 1995 sur la vision par ordinateur, la réalité virtuelle et la robotique en médecine (CVRMed) avait déjà eu un succès relativement inattendu à l’époque, avec 250 participants et des comptes-rendus, publiés dans une série prestigieuse, plusieurs fois réédités. MICCAI 2012 accueille cette année 1200 participants dont près de 40% sont des étudiants doctorants ou post-doctorants, ce qui est un signe de la très grande vitalité de ce secteur ! Trois volumes sont nécessaires aujourd’hui pour publier les comptes-rendus de la conférence. De plus, 32 événements satellites — ateliers, cours, défis —se sont constitués autour de la conférence et donnent lieu aujourd’hui à la publication de comptes-rendus séparés.

Voit-on de nouvelles tendances se dessiner dans cette 15e édition ? des nouveautés ?

On voit plutôt des tendances se confirmer. Le nombre de présentations touchant la construction de patients virtuels numériques est en augmentation. On note également une généralisation des techniques de réalité augmentée, de simulation et de robotique médicale appliquées à des procédures de radiologie interventionnelle ou en chirurgie mini-invasive guidée par l’image. Ces technologies visent à fournir des informations supplémentaires pour guider le geste chirurgical. 

Quelle est la contribution d’Inria à MICCAI et au domaine en général ?

Inria est très présent et reconnu dans le domaine, notamment grâce au soutien apporté par Gilles Kahn† lorsqu’il était directeur scientifique puis président d’Inria, et poursuivi par l’actuel président Michel Cosnard. En 1995, mon équipe était la seule à travailler dans ce domaine à Inria. Aujourd’hui, l’informatique appliquée au domaine médical et biologique est devenue un thème à part entière. L’institut s’est aussi fortement impliqué dans trois des six instituts hospitalo-universitaires retenus dans le cadre du programme « Investissements d'Avenir » lancé par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche en 2010, et son apport y est reconnu et apprécié. Les deux conférences invitées sont d’ailleurs données par les professeurs de renommée internationale, Jacques Marescaux et Michel Haïssaguerre, respectivement directeurs de l’IHU MIX-Surg de Strasbourg et l’IHU LIRYC de Bordeaux, avec qui les équipes Inria collaborent étroitement.

Cette implication des chercheurs d’Inria dans le domaine se manifeste également à MICCAI. Une dizaine d’équipes présentent leurs travaux à la conférence ; elles sont également présentes dans les événements satellites de la conférence que sont les ateliers et les cours mais aussi les défis qui tiennent une place particulière en permettant aux chercheurs de comparer les performances de leurs logiciels sur les données fournies par les organisateurs et de gagner une reconnaissance scientifique supplémentaire.

MICCAI 2012, la 15ème du nom

Née de la fusion de trois conférences indépendantes, MICCAI réunit les scientifiques, ingénieurs et médecins d’un grand nombre de disciplines impliquées dans l’analyse informatique de l’imagerie médicale et l’intervention médicale assistée par ordinateur. Elle se déroule chaque année dans une ville et un continent différent. La première édition en 1998 s’est tenue au MIT, à Boston. Elle se déplacera au Japon l’année prochaine, aux Etats-Unis en 2014 puis en Europe, à Munich, en 2015.

Cette année, MICCAI accueille à Nice 1200 participants de 45 pays et de 338 villes et a sélectionné 252 contributions (sur 780 soumises) — en majorité nord américaines (48%) et européennes (40% dont un quart française) — qui sont présentées au cours de conférences plénières ou de séances de posters. Des événements satellites accompagnent également la conférence et occupent deux journées : 20 ateliers, 4 cours spécialisés et 8 défis.

Mots-clés : MICCAI Intervention assistée par ordinateur Patient virtuel IHU Mix-Surg IHU LIRYC Médecine numérique Imagerie médicale ASCLEPIOS Inria research centre - Sophia Antipolis - Méditerranée

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