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Portrait

Rose-Marie Cornus - 24/09/2010

Jean-Claude Bermond, prix EADS 2010 : l'architecte des réseaux

JC Bemond

Jean-Claude Bermond, Directeur de Recherche CNRS, responsable de l’équipe-projet MASCOTTE a reçu l'été dernier le Prix de la Fondation d’entreprise EADS 2010 et le Prix de l’innovation en algorithmique distribuée, décerné par la conférence Sirocco. Ces deux prix saluent ses travaux visionnaires dans les applications en réseaux de télécommunications (réseaux optiques et sans fil), la conception de réseaux d’interconnexions, la théorie des configurations et la conception de protocoles efficaces pour des schémas de communications structurés. Portrait.

« Ce qui me passionne le plus, c’est la construction de réseaux, les compositions. J’aime l'aspect ludique des assemblages de petites structures en structures plus importantes. Bridge, sudokus, le jeu fait partie de ma vie. C’est mon mode de fonctionnement. »

C'est ainsi que Jean-Claude Bermond, à peine 24 ans, jeune normalien agrégé de mathématiques, s'est orienté vers une carrière de chercheur au CNRS, se démarquant de ses camarades de promo qui se dirigeaient vers l'enseignement supérieur. C'était en 1969. « J’ai d’abord travaillé en mathématiques discrètes à Paris, puis à Orsay, en particulier sur la théorie des graphes. Puis à partir de 1975, j’ai commencé à me diriger vers l’informatique . Nous étions très minoritaires dans la communauté des maths discrètes à nous tourner vers cette discipline  », se souvient le chercheur. « C’est ainsi que je me suis intéressé de plus en plus à l’algorithmique parallèle et distribuée en poursuivant mes recherches sur la théorie des graphes, puis des hypergraphes et configurations. Des travaux fondamentaux que beaucoup d’informaticiens croyaient sans grand intérêt (contrairement à la programmation) car trop théoriques ! » Jusqu'au début des années 1980, où il entame des recherches plus appliquées dans le cadre d’un contrat avec le CNET (Centre National d’Etude des Télécommunications). « C’est vraiment là que j’ai commencé à utiliser l’algorithmique sur des problèmes industriels de communication dans des architectures à mémoire distribuée.  »

Partir et revenir... à l'institut

En 1987, lassé des lourdeurs administratives liées à ses recherches, il a besoin de prendre du recul. Sur la côte Ouest du Canada, à Vancouver. A son retour un an plus tard, il se rapproche du laboratoire I3S, implanté à Sophia-Antipolis... et en devient rapidement directeur! "Très vite, je me suis rapproché de l’Inria, en particulier de deux directeurs, Pierre Bernhard et Gilles Kahn, afin d’essayer de mener une politique commune. A l’époque, nous discutions déjà de la création d’un campus STIC! " Les liens se renforcent au fil des mois, et donnent le jour en 1995 au projet SLOOP, puis en 2000 à  l’équipe-projet MASCOTTE. "Grâce à mes collègues de l’Inria, j'ai pu amplifier les collaborations industrielles avec le monde des télécommunications. " Gilles Kahn lui permet de rencontrer l’équipe d’Alcatel Space de Toulouse. Ce partenariat débouche sur la conception de réseaux embarqués tolérants aux pannes, sur un dépôt de brevet avec Alcatel et la conception de réseaux utilisés dans les satellites ASTRA.

"Les partenariats industriels ont joué un rôle clé dans le déroulement de mes travaux. Si nous, chercheurs, amenons notre savoir et nos connaissances, les industriels nous apportent des problèmes intéressants et une manière différente de concevoir la recherche. Le mélange des deux mondes est très productif."  L'argument principal? Ses propres travaux de recherche, qui ont donné lieu à des applications industrielles, immédiatement ou avec un délai de quelques années.

Transférer et transmettre

S’il est important de pouvoir diffuser la connaissance dans l'univers industriel, il est aussi important de la diffuser aux étudiants. "J’aime beaucoup enseigner. J’ai dirigé plus d’une cinquantaine d’étudiants en thèse. Leur dynamisme, leur vitalité sont fondamentaux dans la recherche. Car il reste bien des choses à résoudre. Par exemple, on utilise couramment le réseau internet et les réseaux radio, sans maîtriser scientifiquement tout leur fonctionnement. La recherche est presque en retard par rapport à l’industrie. " Autre piste à étudier : le développement d’une algorithmique distribuée qui permettrait de travailler avec des informations partielles et non globales (plus conformes aux données réelles que la vision centralisée, très théorique). Ou la conception de graphes qui évoluent dans le temps, imposée par l’arrivée des nouvelles technologies de télécommunication. Ou enfin la construction de réseaux complexes économes en énergie. "La conception de l’informatique verte est un véritable défi pour les années à venir.  » Ces défis nouveaux, Jean-Claude Bermond les propose aux jeunes scientifiques qui feront la recherche de demain. A 65 ans, ce marathonien chevronné, passionné d'ultra-trail, passe le relais et transmets son enthousiasme. A cette vitesse, le relais sera difficile à assurer...

Mots-clés : Equipe Mascotte Jean-Claude Bermond Industries Prix Portrait Inria Sophia Antipolis - Méditerranée

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