Sites Inria

English version

Recherche

26/04/2017

L’équipe Eva réinvente le port connecté

Le projet SmartMarina vise à déployer l’Internet des objets (IoT ) dans le port du Cap d’Agde, dans l’Hérault. De quoi fluidifier les allées et venues dans l’un des trois plus grands ports de plaisance européen, mais aussi réduire les gaspillages d’eau et d’énergie ou offrir de nouveaux services aux usagers. 

« Les ports de plaisance pourraient devenir les Smart Cities de demain !  », s’enthousiasme Thomas Watteyne, chercheur au sein de l’équipe Eva au centre Inria de Paris. C’est en tout cas l’objectif du projet SmartMarina, inauguré le jeudi 13 avril au Cap d’Agde. Les ports de plaisance ont en effet connu une véritable métamorphose ces dernières décennies. Un nombre croissant de personnes occupent les bateaux à l’année, ou les louent comme de véritables habitations. Nouveaux usages obligent, les ports doivent s’adapter et rendre de nouveaux services à leurs habitants. En partenariat avec la Sodéal* l’exploitant du port, Thomas Watteyne et son équipe s’apprêtent donc à déployer un réseau de capteurs sans fil afin de suivre des indicateurs comme l’occupation des pontons ou les surconsommations d’eau et d’électricité. « Via une plate-forme en ligne, la Sodéal pourra vérifier à tout moment l’état du parc, ce qui en facilitera grandement la gestion  », explique le chercheur. Partenaire du projet, IBM fournira la plate-forme cloud pour l’exploitation des données.

Mieux gérer les allées et venues

Pour ce port de 4 000 emplacements, l’enjeu est considérable :« Les appareils électriques non-éteints coûtent à eux seuls des dizaines de milliers d’euros chaque année », déplore Thomas Watteyne. À l’heure où les possibilités d’agrandissement sont limitées et alors que les places manquent, obtenir un aperçu dynamique de l’occupation permettrait également de fluidifier le remplissage et de mieux gérer les allées et venues. Le tout, sans les efforts habituellement liés à l’installation d’un réseau ! Les capteurs sans fil "SmartMesh" fournis par la société Analog Devices se grefferont en effet sur les installations existantes. « Cela veut dire que l’on n’a ni besoin de tirer des câbles, ni besoin de changer tout le matériel. C’est un énorme avantage en termes de coût et de facilité de mise en œuvre », souligne Thomas Watteyne.

De son côté, le chercheur d’Inria apporte son savoir-faire sur toute la chaîne du réseau, depuis le capteur jusqu’au cloud , grâce à sa technologie 6TiSCH développée en interne. « Ce protocole est directement inspiré de l’Internet des objets industriels pour des applications critiques, comme les raffineries pétrolières  », précise Thomas Watteyne. La fiabilité bout-en-bout dépasse 99.999% - le fameux standard « cinq 9 », très prisé dans le monde des télécoms. Autre corollaire des applications critiques : un très haut niveau de protection face aux risques de piratage des données. Enfin, la technologie 6TiSCH est peu énergivore. Chaque capteur pourra ainsi fonctionner dix ans en continu au seul moyen de deux piles AA ! Preuve de sa maturité, un processus de standardisation du protocole est d’ailleurs en phase avancée auprès de l’IETF, autorité mondiale en matière de réseaux.

Assurer la résistance des capteurs en milieu marin

S’il s’agit de son premier déploiement dans le sud de la France, l’équipe Eva n’en est pas à son coup d’essai : présente sur quatre continents elle a déployé son réseau sur plusieurs projets d’envergure. Parmi ceux-ci, le programme SnowHow a installé pas moins de 18 réseaux soit 945 capteurs sur un sommet de la chaîne de montagne de la Sierra Nevada, en Californie, de façon à mieux observer le manteau neigeux, et ainsi mieux comprendre les phénomènes de sécheresse dont souffre la Californie. L’équipe du professeur Steven Glaser de l’université de Berkeley, associée au projet californien, apportera d’ailleurs son retour d’expertise sur SmartMarina. Le projet argentin « Save the Peaches  », inauguré l’année dernière, vise quant à lui à anticiper les risques de gels dans les vergers, dont les conséquences s’avèrent souvent catastrophiques pour les agriculteurs.

« Sur Smart Marina, un des challenges consistera à assurer la résistance des capteurs face au milieu corrosif marin  »,prévoit Thomas Watteyne. L’équipe Eva instrumentera deux pontons, de manière à disposer d’un réseau entièrement opérationnel avant la pleine saison.« Cela nous permettra de suivre à la fois des résidents permanents et temporaires, de manière à avoir un bon aperçu des usages  », précise le chercheur. Si l’expérience est concluante, elle pourrait s’élargir à l’ensemble du parc et faire du Cap d’Agde l’un des premiers ports connectés au monde.

Mais les partenaires ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin : d’ici la fin du projet, prévue en avril 2018, ils envisagent également de proposer peut-être de nouveaux services innovants aux habitants du port, comme des dispositifs d’alarmes anti-incendie ou anti-intrusion. « C’est un risque non-négligeable : le port subit en moyenne un incendie tous les deux ans  », indique Thomas Watteyne. Mais Smart Marina nourrit aussi une vision environnementale. « À terme, on imagine proposer aux plaisanciers d’embarquer, quand ils sortent en mer, des boîtiers permettant de mesurer la pollution sous-marine, de manière à mieux la cartographier  ». Ou quand connectivité rime avec progrès…

*Société d’économie mixte qui gère les investissements touristiques de la ville.

Mots-clés : Equipe-projet Eva SmartMarina Port connecté Inria de Paris Réseaux Capteurs

Haut de page

Suivez Inria tout au long de son 50e anniversaire et au-delà !