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5/12/2016

EPI Alpage : historiens et informaticiens réunis dans le projet européen Parthenos

Laurent Romary est informaticien, spécialiste de l’analyse automatique du langage. Marie Puren est docteur en histoire et diplômée d’un master en « humanité numérique ». Les deux chercheurs membres de l’équipe Alpage au centre Inria de Paris, collaborent depuis onze mois dans le cadre du projet européen Parthenos qui vise à développer et promouvoir le traitement numérique de données dans les sciences humaines. Ils reviennent tous les deux sur l’importance de l’interdisciplinarité dans leurs travaux.

Vous collaborez dans cadre du projet européen Parthenos*. De quoi s’agit-il ?

Laurent Romary :  Parthenos rassemble les savoir-faire issus de plusieurs infrastructures et projets européens qui étudient les sciences humaines et sociales sous l’angle du numérique. Nous mettons en commun toutes les méthodes et techniques que nous utilisons pour représenter des données ou enseigner autour des méthodes numériques. Notre objectif est de définir les contextes dans lesquels les objets et les contenus numériques pourront être utilisés dans les sciences humaines et sociales. Cela passe, par exemple par l’élaboration de scénarios utilisateurs.

Marie Puren : Nous montrons à des chercheurs en sciences humaines et sociales, en humanités, en art, en lettres en quoi les outils numériques peuvent leur être utile. Le numérique aide les « humanités » à se développer pour faire avancer la science. Une toute nouvelle discipline s’est créée autour de ce sujet : « Les humanités numériques ».

Qu’est-ce qui vous a motivé dans ce projet ?

Marie Puren : J’ai un doctorat d’histoire et un master en humanités numériques et je me suis rapidement rendue compte que l’informatique ne se réduisait pas seulement à l’ordinateur qui me permet de taper ma thèse. Au contraire, si on sait bien l’utiliser, il peut être un outil formidable pour les chercheurs en sciences humaines et sociales. J’ai autour de moi des collègues doctorants ou chercheurs qui ressentent le besoin d’être formés sur le sujet. Par ailleurs, nous sommes au centre d’une toute nouvelle discipline en construction, les humanités numériques, et nous participons à son développement. C’est un très beau challenge .

Laurent Romary : Pour ma part cela fait plusieurs années que je travaille dans un contexte de pluridisciplinarité entre informatique et sciences humaines. J’ai été chef de projet de l’équipe « langues et dialogues » à Inria Nancy. Je travaillais en étroite collaboration avec des linguistes. Je travaille aujourd’hui à Inria de Paris et préside Dariah, un consortium consacré aux humanités numériques. J’ai alors essayé de construire une équipe qui ne soit pas uniquement composée d’informaticiens. J’ai voulu attirer des profils comme celui de Marie qui apportent une véritable compréhension des difficultés qu’ont les chercheurs en sciences humaines à manier les outils numériques. Il faut également souligner que cette collaboration n’a pas seulement pour objectif de nous enrichir mutuellement. Nous effectuons un gros travail pour « évangéliser » à l’extérieur. Nous avons participé à de nombreuses conférences et actions de formation.  Dans le projet Parthenos, il y a un aspect de dissémination des connaissances non négligeable.

Comment se passe la collaboration entre des historiens et des informaticiens ?

Marie Puren : Laurent est ouvert aux nouvelles perspectives. C’est très valorisant aussi d’avoir des échanges avec quelqu’un qui ne vient pas de la même discipline. En histoire nous travaillons sur le passé pour comprendre mieux le présent. Et, tout compte fait, nous avons la même philosophie. On travaille sur des données qui ont été créées pour les retravailler et les rediffuser.

Laurent Romary :  Les chercheurs de l’équipe qui viennent d’horizons divers comme Marie, ont un mode de travail très individuel. Dans une équipe interdisciplinaire, nous mettons en commun nos travaux. J’avais déjà eu des échanges avec des chercheurs extérieurs à ma communauté, mais rarement avec des historiens. Leur approche vis à vis des sources est complètement différente par rapport à la littérature par exemple. Nous avons donc initié, ensemble, de réfléchir à une charte de réutilisation des données. Le but est que chercheurs et institutions patrimoniales (musées, archives, bibliothèques…) puissent définir les conditions de réutilisation des fonds archivistiques. Et notamment sous quelles formes les contenus numériques vont pouvoir être redistribués. Il y a un gros travail à mener pour rapprocher le chercheur des institutions alors que l’information numérique peut très vite être disséminée. Les musées, les archives nationales… doivent avoir l’assurance qu’on ne fera pas n’importe quoi avec leurs documents. Le chercheur, lui,  veut avoir un certain nombre de garanties pour pouvoir illustrer une publication avec des données venant de ces institutions.

Qu’est-ce que les sciences du numériques apportent aux sciences humaines comme l’histoire ? Et inversement…

Marie Puren :  Lorsque j’ai préparé ma thèse, j’ai beaucoup  utilisé des documents numérisés, notamment la littérature populaire qui s’est beaucoup écrite dans les quotidiens. La BNF a réalisé un important travail pour numériser les journaux et les mettre en ligne sur Gallica. Pour moi, cela représente une source extraordinaire. Nous avons également l’image de l’historien qui va fouiller dans les cartons d’archives. Or, il y a aussi du matériau qui se crée tous les jours et qu’on peut utiliser, archiver, étudier… Il existe par exemple en histoire de travaux basés sur la collecte de tweets. Le numérique nous apporte aussi de nouvelles méthodes de travail. Et, en plus, il nous permet de développer de nouvelles perspectives pour étudier l’histoire, comme par exemple les méthodes quantitatives ou le text and data mining.

Laurent Romary :  De mon point de vue, un chercheur en sciences humaines est forcément en contact avec l’informatique. Cette montée en puissance du numérique dans toutes les disciplines est inexorable. Moi, je fais partie de ceux qui pensent que les humanités numériques représentent juste une transition avant l’histoire numérique, l’archéologie numérique, mai il doit y avoir une logique cohérente de gestion des matériaux pour faciliter la réutilisation de toutes les données. Ce n’est pas parce qu’on a pris des notes sur un document Microsoft qu’on peut le rediffuser largement. Par exemple, il y a un certain nombre de métadonnées, comme les descriptions des sources, qu’il faut savoir bien gérer.

Pensez-vous que les sciences humaines comme l’histoire soient suffisamment ouvertes au numérique ?

Marie Puren : Oui. Aujourd’hui, on ne peut plus se contenter de ne faire que de l’histoire. Nous oublierions alors tout un pan de l’étude de la société.

Laurent Romary : Je ne suis pas du tout d’accord « *rire » . Effectivement il y a une nouvelle génération qui va savoir utiliser une bibliographie en ligne, des sources numériques. Il est en revanche très difficile d’aborder les problématiques du numérique avec toute la génération qui est actuellement en poste dans les universités ou dans les organismes de recherche. Mais c’est vrai que désormais de plus en plus de jeunes chercheurs sont formés. Et cela donne envie de continuer encore ce travail d’évangélisation et de transmission de l’information. De notre côté ce n’est pas non plus évident, certains collègues ne sont pas toujours prêts à accepter la présence de chercheurs totalement étrangers à l’informatique. Mais cela évolue. D’ailleurs les « humanités numériques » font partie du plan stratégique Inria.

Marie Puren : Quand je parle aux jeunes chercheurs de ce que je fais, ils sont tous très enthousiastes et ont envie de s’ouvrir au numérique. Il y a un mouvement qui se crée dans la nouvelle génération.

* le projet Parthenos s’inscrit dans le cadre de Horizon 2020, programme de financement de la recherche et de l’innovation de l’Union européenne pour la période 2014-2020.

Mots-clés : EPI Alpage Historiens Informaticiens Parthenos Inria de Paris Langage Projet européen Europe

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