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Hélène Xypas - 29/08/2011

Alexandre Maubert : "Je souhaitais donner une dimension participative au spectateur"

Alexandre Maubert © Alexandre Maubert

L'équipe-projet Mint a collaboré avec l'artiste Alexandre Maubert sur l'œuvre Monade . Cette création exposée au Studio National d'Art Contemporain Le Fresnoy durant l'exposition Panorama , du 9 juin au 24 juillet, fait appel à la détection du geste et à la réalité virtuelle.

Monade en quelques mots ?

Alexandre Maubert  : Monade est une  installation vidéo projetée sur deux écrans positionnés dos à dos. L'image nous fait parcourir un très grand quartier fermé au nord de Buenos Aires (Nord delta), microsociété où vivent 30 000 personnes dans une protection optimale.

Comment est née la collaboration avec l'équipe-projet Mint ?

Alexandre Maubert  :  J’ai présenté ce film à Transdigital qui se tenait au Fresnoy l’année dernière. Il y eut beaucoup d'émulation dans la salle. Laurent Grisoni (responsable de l'équipe-projet Mint et Christophe Chaillou (membre de Mint) étaient présents. Les choses se sont donc faites naturellement puisque mon projet appelait à la détection de geste et à la recherche dans ce domaine. L'équipe Mint avait bien aimé mon film de l’année dernière, et la collaboration s'est donc nouée spontanément. De plus, Laurent Grisoni et son équipe avaient déjà travaillé avec des étudiants du Fresnoy l’année dernière et souhaitaient renouveler cette expérience.

Avez-vous déjà collaboré avec une équipe de recherche telle que Mint ?

Alexandre Maubert  :  C’est la première fois que je travaille avec un grand labo. Je suis arrivé avec des idées complètement dingues et la dimension technique a progressivement influencé le tournage de Monade . On a donc créé un système de captations sonores en fonction des possibilités de l’installation. On a ainsi pris en compte durant le tournage, la finalité et les paramètres de l’installation. Je me suis concentré sur la détection du geste. Pour cela, l'équipe Mint a mis en place la possibilité de mapper le corps d’un être humain en temps réel et sans calibration, pour pouvoir - avec ses gestes -, remixer le son de l’installation, donner la parole aux acteurs, la reprendre,  remixer l’ambiance, les bruitages...

Travailler avec une équipe scientifique ressemble à une collaboration avec une équipe cinématographique.

J’aime beaucoup déplacer les médiums, et souhaitais ici déplacer le cinéma dans le champ de l’exposition, redonner une dimension participative au spectateur . Lorsque nous sommes devant un film, on a une dimension interactive avec le film mais plus d'ordre sentimental, de la réflexion, de ce que le film produit sur nous. À travers Monade , je voulais impliquer le corps du spectateur dans la narration et dans le déploiement sonore du film.

Comment impliquez-vous le spectateur ?

Alexandre Maubert  :  En dehors de la dimension participative possible par la gestuelle qui influe sur les plans, la musique et les bruits, tout a été filmé en vision subjective. Par moment, la vision subjective se transforme en plan moyen quand d'autres personnages arrivent. On est donc à la fois dans une exploration et dans une déambulation. Tout au long de mon travail j’ai mené une réflexion sur la représentation du territoire et la notion de communauté. C’est la concrétisation de beaucoup de mes idées, de beaucoup de mes envies. 

Monade © Alexandre Maubert Monade - © Alexandre Maubert

Utiliser à la fois le cinéma dans le champ de l’exposition , impliquer le corps du spectateur dans une dimension interactive dans l’idée de recréer une exploration, une expérience, une projection de sa déambulation, de sa représentation et de sa découverte de Nord Delta.
Il y a ainsi énormément de références cinématographiques. J’ai repris par exemple toute une scène d’Orphée  de Cocteau où Heurtebise tire Orphée entre le monde des vivants et le monde des morts.     

En ce qui concerne les autres textes que j’ai écrits, il s'agit de réflexions sur la mémoire, l’appréhension du monde. Ce qui m’intéressait aussi dans ce phénomène c’est de montrer qu’on en revient à une séparation physique et territoriale des classes sociales. Et là, ce qui est intéressant c’est qu'un geste artistique nous permette de passer d’un monde à un autre. Je voulais que l’installation nous rende aussi le fait que ce passage d'un monde à l'autre est impossible, sauf en le fictionalisant. Toutes les dix-huit minutes, les deux mondes s’inversent, chacun prend la place de l'autre sans jamais être du même côté. La boucle s'achève à l’entrée de la communauté fermée. On sort d’une communauté pour entrer dans la seconde. Ces deux mondes sont par essence complètement différents et s'excluent mutuellement.

Comment les contraintes techniques ont influé sur le projet ?

Alexandre Maubert : Lors d'un tournage cinématographique, vous avez le chef opérateur qui vous fait l’image, l’ingénieur son, et même si finalement toutes les intentions sont  les vôtres, c’est le talent et l’expertise de votre équipe qui permet tout cela. Avec une équipe scientifique j’abordais le travail de la même manière. J’arrivais avec des idées, des intentions, et je voulais qu’ils m’apportent tout ce qu’ils avaient à m’apporter en termes d’idées, de conception, de possibilités techniques, et même en termes de prospection. Dépasser ce qu'il était possible de faire tout en respectant le calendrier et le budget. Cela induit énormément de choses. Soixante personnes ont travaillé sur le projet dans l’année (image, son, construction de la structure, installation).

Tous les éléments sont interdépendants et nécessaires. J’étais venu avec mon ingénieur son pour rencontrer Samuel Degrande (membre de l'équipe-projet Mint), voir comment le mixte du son et la captation sonore pourraient être efficients avec son programme et le développement de l’interface. Ils ne se sont donc pas contentés de faire la partie détection du geste mais aussi tout ce qui permet de lire une vidéo en très haute définition, la dizaine de pistes sonores, la gestion de la parole des personnages et le repérage de leur position dans l’espace. Ce fut un travail très conséquent, et je suis ravi de la manière dont il s'est déroulé.

Mots-clés : Le Fresnoy Equipe-Projet Mint Realité virtuelle Centre de recherche Inria Lille - Nord Europe Réalité virtuelle

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