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Parcours européens

A.D. (*) - 9/11/2015

Frédéric Loiret : Chercheur et citoyen européen dans le grand Nord

Installé en Suède, mais travaillant à mi-temps en Allemagne, Frédéric Loiret est très impliqué dans des projets européens de standardisation d’outils informatiques industriels. Un défi passionnant qui l’amène à évoluer au-delà de son métier de chercheur.

Quel est votre champ de recherche actuel ?

Je travaille aujourd’hui dans l’intégration d’outils d’ingénierie logicielle, notamment dans le secteur automobile. Concrètement, quand un constructeur conçoit des logiciels embarqués, il doit suivre un processus industriel précis. Il faut d’abord déterminer les exigences, puis développer le logiciel, enfin le tester afin de s’assurer qu’il fonctionne correctement. Toutes ces phases nécessitent des outils d’ingénierie, or ces outils sont très hétérogènes : c’est donc compliqué de les faire communiquer entre eux. Je cherche à résoudre ce problème.

Quel est votre parcours ?

J’ai commencé à m’intéresser aux sciences dès le lycée, mais à l’époque j’étais plutôt passionné d’astronomie. Arrivé à l’Université, j’ai réalisé que la recherche en astrophysique était trop mathématique et abstraite pour moi. Je me suis alors orienté vers l’informatique. Après une licence puis un master, je me suis lancé dans un DEA en informatique distribuée, une discipline qui vise à assurer et optimiser le fonctionnement d’ordinateurs connectés en réseau. J’ai ensuite fait une thèse au sein du CEA et de l’université de Lille sur des problématiques d’ingénierie logicielle, visant par exemple à maximiser la réutilisation de code d’une application à une autre. À l’issue de ma soutenance en 2008, Lionel Seinturier, un de mes directeurs de thèse, m’a alors proposé d’intégrer en tant que postdoc l’équipe-projet ADAM d’Inria Lille Nord – Europe. Après quatre années passées au sein d’Inria, j’ai quitté la France pour un poste de chercheur à KTH, la plus ancienne université technologique de Suède, où je suis désormais chercheur permanent depuis février dernier. En parallèle je suis également chercheur invité chez Scania , un constructeur de poids lourds suédois. Et depuis un an et demi, je travaille aussi à mi-temps avec OFFIS , un organisme de recherche situé à côté de Brème en Allemagne.

Qu’est ce qui vous a donné envie de partir en Suède ?

Je nourrissais le regret de n’avoir pas pu faire de stage à l’étranger lors de mes études. En parallèle, j’étais attiré par l’Europe du Nord : j’aime bien leur rapport à la nature, vivre un peu isolé, entouré de lacs et de sapins, et je savais qu’il y avait une vraie dynamique informatique en suède. Toutes ces raisons m’ont poussé à rejoindre KTH . J’ai été intégré dans une équipe très active sur de grands projets européens : c’était nouveau pour moi et j’ai tout de suite été séduit par la dimension internationale de cette mission, dont je me sentais coupé lorsque j’étais en France.

Votre champ d’activité a beaucoup évolué ces dernières années…

Effectivement, je travaille de plus en plus sur des thématiques qui vont au-delà de mon champ d’expertise initial. Je fais beaucoup de management et de coordination dans le cadre de collaborations européennes. Après avoir travaillé pour les projets européen iFEST et MBAT sur l’interopérabilité d’outil d’ingénierie, je participe actuellement au projet CRYSTAL sur ces même thématiques, appliquées dans le domaine de l’aéronautique, le ferroviaire, la santé… Je suis notamment en charge d’une action de coordination européenne CP-SETIS qui touche aux activités de pré-standardisation. Je suis très impliqué dans cette aventure où de nouveaux enjeux émergent, avec de gros intérêts commerciaux, et même politiques !

Quelles sont les différences marquantes entre la France et la Suède ?

À KTH , il y a une très grande flexibilité concernant nos contrats et c’est très appréciable. Je suis à mi-temps en Allemagne et je travaille pour un industriel, mais cela ne pose aucun problème. Cette liberté insuffle une dynamique qui manque en France.

Autre différence, en France quand on est sous contrat universitaire, la propriété intellectuelle d’une découverte appartient à l’employeur alors que c’est l’inverse ici. Cela peut parfois changer la manière d’exploiter commercialement certains travaux.

D’un point de vue culturel, les choses sont également assez différentes. Dans la culture suédoise, il y a une vraie volonté de toujours rechercher le consensus. Les Suédois sont beaucoup moins dans la confrontation qu’en France. À tel point que je trouve qu’ils sont parfois un peu obsédés par l’égalité. Lors de réunions, on cherche à avoir les opinions de tous les participants, ce qui ralentit parfois la prise de décision. Alors qu’aux États-Unis, un leader doit s’affirmer, ici au contraire, c’est plutôt mal vu, il faut mieux rester en retrait. Moi j’ai tendance à être un peu plus affirmé, bien que cela ne m’ait jamais posé de problèmes.

Quels souvenirs gardez vous de votre expérience à Inria Lille Nord – Europe ?

Je suis très content de mes années passées à Lille. Il y avait une bonne dynamique au sein de l’équipe avec beaucoup de camaraderie. Nous avions la possibilité de recruter des ingénieurs. C’est à la fois pratique et important, car nous avons besoin de valider nos idées. Nous arrivions ainsi à concevoir des logiciels presque prêts à être commercialisés !

Mais j’ai quand même l’impression que nous sommes un peu trop éloignés des problématiques des industriels. En Suède et en Allemagne, du moins au sein des organismes dans lesquels je travaille, on essaye d’être au plus près de leurs besoins et d’adapter nos recherches à leurs exigences.

Finalement, peut-on dire que vous avez trouvé votre bonheur en Suède ?

Ce qui est certain, c’est que ce pays offre un environnement de travail agréable. Nous avons du temps pour faire du sport et l’université rembourse les frais. Nous sommes aussi équipés de bureaux avec des moteurs qui nous permettent de travailler debout si nous en avons envie ! Les Suédois sont très conscients de la limite entre travail et temps personnel et sont moins stressés qu’en France. Des collègues peuvent partir 6 à 8 mois en congé parentaux et il n’est pas rare de voir des hommes avec des poussettes l’été en train de boire des bières. Il faut dire que Stockholm, avec ses nombreuses îles et sa réserve naturelle en centre ville, est un cadre remarquable et apaisant.

 

Frédéric Loiret a 36 ans et est chercheur permanent au sein de l’Institut royal de technologie (KTH ) de Stockholm. Installé en Suède depuis 2011, après avoir passé quatre années au sein de l’équipe-projet ADAM d’Inria Lille Nord – Europe, il a pris goût aux longs hivers suédois, mais regrette parfois la chaleur et l’ambiance si françaises des cafés avalés le matin debout au comptoir.

En 3 dates

2001 : Découverte de l’informatique à l’Université

2008 : Soutenance de sa thèse au sein d'Inria

2011 : Arrivée en Suède

Localisation

Mots-clés : Ingénierie logicielle Intégration d’outils Allemagne Suéde

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