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Conférence

3/08/2017

Stéphane Grumbach à la conférence des Humanités de l’Unesco

Responsable de l’équipe-projet Datasphere au centre Inria de Grenoble, Stéphane Grumbach participe à la conférence mondiale des Humanités, organisée par l’Unesco. Ce rendez-vous exceptionnel réunit des chercheurs de tous les domaines pour réfléchir à l’avenir des Humanités dans un monde en mutation. 

Quel va être votre rôle dans cette conférence des Humanités ?

Stéphane Grumbach : La conférence mobilise tous les champs disciplinaires autour de la question suivante : “Challenges and Responsibilities for a Planet in Transition”. J’interviens dans le cadre de la section environnement. Avec trois autres chercheurs, nous co-organisons un séminaire sur l’anthropocène qui s’intitulera : "Developing Transformative Knowledge to Navigate the Anthropocene".

Qu’est-ce que l’anthropocène ? 

Stephane Grumbach

Il s’agit d’une ère géologique dont le principal acteur est devenu l’humain ; la principale force de transformation géologique de la planète est l’activité humaine. Les milieux scientifiques sont assez unanimes aujourd’hui sur le fait que nous sommes entrés dans cette ère. Il y a débat en revanche pour savoir quand elle a commencé. Ce séminaire sera donc pluridisciplinaire. Il y a des informaticiens, des biologistes, des philosophes… L’objectif est de réfléchir aux transformations du monde et de la société du point de vue du climat, de l’écosystème de la planète mais aussi de la transformation numérique. C’est justement sur ce dernier aspect que j’interviens.

Il s’agit d’un sujet au cœur des recherches de l’équipe-projet Datasphere, dont vous êtes responsable ? 

Avec Datasphere, nous cherchons à comprendre en quoi les données changent notre société et la planète. Nous faisons l’hypothèse que la révolution numérique accompagne un changement d’organisation du monde. Nos recherches sont donc très proches des sujets qui seront développés à Liège. Mais la conférence présente une vision plus large et complètement pluri-disciplinaire de l’anthropocène.

En quoi cette pluridisciplinarité est-elle importante pour vous ? 

Dans le numérique, nous nous intéressons aux technologies et aux aspects scientifiques. C’est ce que fait Inria. Là, il est question de savoir en quoi le numérique génère une autre organisation du monde. Or, nous sommes vraiment au tout début de l’ère numérique et nous comprenons encore assez peu toutes les implications. Pour aborder ces transformations, il faut des gens de disciplines différentes avec des modes de pensée très ouverts. C’est un sujet qui fait intervenir la science des réseaux, la théorie de la complexité… mais aussi les sciences humaines et sociales.

Quelle est la thèse que vous développerez lors de ce séminaire ?

Nous cherchons à comprendre la transformation numérique en allant au-delà des paradigmes classiques des technophiles enthousiastes ou des technophobes anxieux, en étant un peu caricatural. Pour nous, la transformation numérique accompagne un changement de notre interaction avec l’écosystème de la planète et donc, l’émergence d’une gouvernance différente de l’Humanité. Nous entrons dans une époque incertaine pour des raisons nouvelles du point de vue historique : la planète atteint probablement les limites de ce qu’elle peut supporter de l’activité humaine. Les changements de l’écosystème vont devenir un souci essentiel pour les humains. C’est toute la géopolitique du monde qui va s’en trouver bouleversée. Il est très probable que la planète devienne la première priorité politique devant le confort à court terme des humains qui l’occupent. Cela représente un changement radical de paradigme.

Nous défendons la thèse que la transformation numérique et la mutation de l’écosystème de la planète constituent une même révolution. Le numérique permet un partage différent des ressources, comme le démontre le covoiturage, notamment. Il centralise le pouvoir de décision, ce qui parait crucial pour répondre à des enjeux globaux, comme la production de CO2 par exemple.

Que représente pour vous le fait de participer à un événement de cette importance ? 

C’est motivant pour un scientifique de contribuer à accompagner le politique dans ce changement radical et qui nous dépasse. Dans l’équipe Datasphere nous pensons que les sciences sociales tout comme les sciences naturelles et celles de la modélisation doivent être plus intensément mises à contribution pour guider la politique. Les chercheurs doivent développer le dialogue avec les décideurs pour construire en commun une nouvelle compréhension du monde, de nouveaux modes d’action. C’est tout l’objet de cette grande conférence internationale organisée par l’Unesco.

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