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Journée internationale des droits des femmes

Marie-Laetitia Gambié - 8/03/2018

Pour la fin des discriminations liées au genre, commençons par le langage !

Etablissement public à caractère scientifique et technologique, Inria compte, de manière encore plus marquée que les autres EPST français, une proportion de femmes bien moindre que celle de la société civile parmi ses personnels, aussi bien scientifiques que de support à la recherche. Cette proportion se révèle également très inférieure à celle du vivier de talents féminins de niveau doctorat.  

À l’occasion de la 41e édition de la Journée internationale des droits des femmes , Inria a souhaité mettre l’accent sur un point fort de son année 2017 : la signature par son ex-P.-D.G. Antoine Petit de la Convention d'engagement pour une communication publique sans stéréotype de sexe .

Il s’est agi pour l’institut, à l’occasion de ses 50 ans, de marquer, d’une manière claire et visible, sa volonté de parvenir à un meilleur équilibre de représentation des sexes au sein de ses personnels, en s’imposant de respecter à l’avenir dans toute sa communication les principes énoncés par le HCEfh (Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes) concernant une communication inclusive, paritaire, n’excluant ni le féminin ni les femmes.

Envoyer le signal fort que les femmes sont les bienvenues

Veiller à une communication paritaire et sans stéréotypes de genre, comme le notent Liliana Cucu-Grosjean et Serge Abiteboul, qui coprésident depuis sa création le Comité parité – égalité des chances de l’institut, c’est « envoyer le signal fort que les femmes sont les bienvenues » . Liliana Cucu-Grosjean ajoute que l’objectif ici n’est pas de mettre en place un système de discrimination positive, mais simplement de « compenser les effets des mécanismes discriminants à l’égard des femmes. »

La représentation des femmes parmi les scientifiques chez Inria a été, pendant une période, plutôt meilleure que la moyenne nationale, nous dit la chercheuse, mais « quand on regarde l’évolution sur dix ans, on constate qu’à un moment donné la courbe s’est nettement inversée, la proportion de femmes souhaitant venir à l’institut et de femmes retenues par les jurys a cessé d’augmenter et a amorcé une diminution. On avait stoppé les mesures en direction des femmes, en considérant qu’on avait fait assez d’efforts et que c’était suffisant, et l’effet s’en est très vite fait sentir. Rester vigilants c’est indispensable ! »

Un Comité parité - égalité pour mettre en place des contre-mesures

Confronté à un sex ratio en nette défaveur des femmes dans ses recrutements et ses promotions internes, l’institut s’est légitimement interrogé sur cet état de fait qu’il n’a pas voulu voir comme une fatalité.

Sous l’impulsion du Comité Parité – Egalité, il a mis en place plusieurs groupes de travail, dont le GT "Recrutement", qui a œuvré à tous les niveaux pour comprendre les raisons de l’érosion des candidatures féminines au fil des années d’études puis au long des carrières, et proposer des contre-mesures. Grâce à ce travail d’analyse, chaque jury dispose aujourd’hui d’un référent et d’une référente "parité" outillés pour souligner les mauvais réflexes comme les biais cognitifs dans l’examen des candidatures.

Des travaux parallèles sont menés pour comprendre aussi les mécanismes à l’œuvre, différents, dans les carrières des femmes travaillant en support à la recherche, pour lesquelles on constate également des différences très significatives de progression et la présence là aussi d’un "plafond de verre".

L’analyse des chiffres qui commencent à être remontés concernant les chercheuses montre que ce dispositif a commencé à produire des effets positifs, toutefois insuffisants pour l’instant à compenser la chute du nombre de talents qui s’est amorcée depuis trop longtemps, mais qui marquent un début d’inversion de la courbe. Ils ont eu l’immense mérite de montrer scientifiquement que, « contrairement au ressenti de nombre de chercheurs et ITA internes à l’institut , comme le souligne Serge Abiteboul, tout ne va pas mieux chez Inria qu’ailleurs ! »

Une prise de conscience pour un travail de longue haleine

C’est une véritable prise de conscience qui est à l’œuvre. Pour l’institut, il ne s’agit donc pas de se contenter de ce « frémissement », et il faut au contraire poursuivre et renforcer les efforts entrepris. « Maintenant , insiste Liliana Cucu-Grosjean, il faut se faire aussi l’avocat du diable ! Ce n’est pas du tout parce que les premières mesures ont marché sur deux ans que c’est gagné : il faut voir l’évolution sur plusieurs années. (…) On l’a constaté dans les pays du Nord de l’Europe : tant qu’on soutient la présence des femmes par des mesures volontaires, le pourcentage progresse, dès qu’on lâche prise, ça s’inverse, les mauvaises habitudes reviennent. » On parle ici d’un soutien à l’échelle d’« une voire deux générations » pour instaurer un « changement en profondeur des mentalités ».

Et « au-delà des phases de recrutement, il s’agit également de proposer aux femmes un milieu professionnel qui soit propice à leur épanouissement », insiste Serge Abiteboul. « On a tendance par exemple lorsqu’une femme et un homme travaillent en tandem à donner le crédit des réussites à l’homme, cela non plus ne doit pas perdurer ! »

Déconstruire rationnellement les discriminations

La mise en place d’une communication paritaire s’inscrit donc dans la logique d’une volonté de déconstruire fermement et rationnellement les discriminations, conscientes et inconscientes, à l’égard des femmes. Donner à celles-ci leur juste place, les rendre visibles à égalité avec les hommes en renonçant à une langue qui les efface, c’est un signal important en direction des jeunes femmes.

« On ne peut tout simplement pas se priver de 50% de talents potentiels », rappellent également Serge Abiteboul et Liliana Cucu-Grosjean. L’objectif étant que l’on puisse, chez Inria, « se sentir chercheuse, se revendiquer maîtresse de conférences ou autrice d’un article », sans que les mots employés ne soient porteurs d’un rabaissement du travail, des qualités, de l’intelligence, simplement parce qu’ils sont féminisés.

En 2017, Inria célébrait son cinquantenaire. 2018 est l’année qu’il place sous le signe de la mixité, la diversité et l’égalité.

Mots-clés : Serge Abiteboul Journée internationale des droits des femmes Parité Liliana Cucu-Grosjean

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