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Médecine numérique

Françoise Breton - 31/01/2012

Jacques Marescaux : « Les sciences du numérique ont révolutionné la pratique chirurgicale »

© Ph. Eranian / IRCAD

Entretien avec Jacques Marescaux, président de l’Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif (Ircad), à Strasbourg, et porteur du projet d’institut hospitalo-universitaire (IHU) MIX-Surg.

Quand et comment les sciences du numérique sont-elles entrées dans vos pratiques et dans votre activité de recherche à l’Ircad?

Jacques Marescaux : Les sciences du numérique se sont imposées avec la chirurgie laparoscopique ou mini-invasive. On ne travaillait plus en regardant le patient mais une image sur un écran. C’était une véritable révolution. Ensuite, lorsque j’ai créé l’Ircad en 1994, j’ai visité l’équipe Inria de Nicholas Ayache et j’ai pu y découvrir des logiciels qui permettaient de voir l’évolution de la sclérose en plaques. Tout d’un coup, j’ai réalisé qu’un logiciel offrait la possibilité d’introduire une certaine rigueur dans une démarche très empirique . J’ai recruté un directeur pour le département d’informatique qui venait de cette équipe Inria pour contribuer à la recherche sur la réalité virtuelle et la robotique chirurgicale qui débutait à l’Ircad.

Quels types de recherche avez-vous menés dans ce domaine?

J.M. : Nous avons beaucoup travaillé par la suite sur le clone digital du malade , c’est-à-dire sur la reconstruction en 3D de l’organe à opérer. Cela permettait de faire une classification des gestes chirurgicaux et de faire des simulations pour déterminer où placer au mieux les microcaméras et les instruments pour éviter qu’ils ne se gênent mutuellement pendant l’intervention. Cette imagerie virtuelle, tout à fait nouvelle, a transformé notre quotidien. Par exemple, aujourd’hui, le chef du département des sciences informatiques est présent tous les matins à la réunion de service pour montrer la reconstruction 3D du malade à opérer, la planification opératoire, la voie d’abord assurant le meilleur geste possible. C’était tout simplement inimaginable il y a 15 ans !

Quels autres progrès attendez-vous aujourd’hui des sciences du numérique en chirurgie mini-invasive ?

J.M. :  Nous n’en sommes qu’aux balbutiements ! Nous cherchons en particulier à améliorer la simulation et la planification afin de rendre le geste semi-automatique puis automatique. Nous devons également développer une robotique dont le fonctionnement sera compatible avec le champ magnétique de l’IRM qui est l’appareil clé du bloc opératoire. Je suis convaincu qu’une autre révolution de la chirurgie passera par le fait d’avoir accès à toutes sortes d’images pendant l’intervention elle-même . Et cet objectif ne peut être atteint qu’avec des chercheurs comme ceux d’Inria, qui arrivent à numériser l’ensemble de la procédure.

Qu’est-ce qui fait le caractère exemplaire de l’IHU MIX-Surg?

J.M. :  C’est le fait de réunir en un lieu unique l’ensemble des acteurs intéressés par les innovations dans le domaine. Cette approche globale permet d’inclure du travail d’ingénieur, de l’analyse économique et d’impact mais aussi d’avoir la capacité d’organiser un transfert de technologie rapide. Cette capacité de transfert est décuplée par les compétences de l’Ircad qui forme 4000 chirurgiens de 94 pays par an et offre donc une plateforme exceptionnelle pour la validation des nouveaux appareillages et logiciels, et facilite leur dispersion. Cette conjonction est unique au monde et attire de ce fait de très grands noms comme Thomas Krummel, Chairman de Stanford University, qui sera président du conseil scientifique de l’IHU, ou Lee Swanström, chirurgien à l’université de Portland, qui sera le responsable du transfert technologique de l’IHU.

L’autre point fort de MIX-Surg est de pouvoir mettre des informaticiens en contact direct et permanent avec les patients, les chirurgiens, les radiologues, les oncologues. Pour moi, Inria est en parfaite adéquation avec l’esprit d’entrepreneur et de transfert de technologie de l’IHU. Nous partageons la même vision, travailler avec les chercheurs Inria est donc très facile. 

Mots-clés : Jacques Marescaux Ircad IHU Chirurgie

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