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Christophe Castro - 6/09/2012

Pour apprendre l’informatique... débranchez l’ordinateur !

Binaire sur tableau noir et petit garçon © Tetra Images / Getty Images

C’est la rentrée pour 12 millions d’élèves, de la maternelle au lycée. Parmi les nouveautés, une matière sera enseignée dans certaines terminales S : Informatique et Science du Numérique, pendant 2 heures chaque semaine. Comme le souligne Roberto Di Cosmo, professeur à l'Université Paris Diderot : « la compréhension de l’informatique est devenue un enjeu sociétal important qui concerne  toutes les activités humaines ». Explications.

Du paiement de l’impôt à la réservation d’un billet de train, de l’email au dossier médical... tout passe désormais par l’informatique. Omniprésente, elle peut même apparaître comme une contrainte, un passage obligé. « C’est oublier que l’informatique et les sciences du numérique ouvrent de  magnifiques  opportunités, et cela dans tous les domaines, même ceux qui ne relèvent pas directement de l’informatique», précise Roberto Di Cosmo. « Une population mieux formée à l'Informatique pourra y avoir recours pour donner une réalité concrète à sa créativité, et  verra mieux où sont les opportunités pour créer de la valeur, des nouvelles activités et même de nouvelles entreprises.»

On peut dès lors regretter que l’enseignement de l’Informatique et des Sciences du Numérique ne commence qu ’en  terminale  S  ! « Certains principes fondamentaux sont accessibles dès la maternelle. Et un ordinateur n’est même pas nécessaire comme l’a prouvé le projet Computer Science Unplugged », poursuit Roberto Di Cosmo, qui a  écrit la préface de la  version française, téléchargeable, dont la traduction a été coordonnée par Inria (Interstices).

Un papier et un crayon suffisent pour expliquer et comprendre les algorithmes, les langages de programmation , la structure d’un ordinateur ou d’un processeur, la  logique  binaire ... Et quelques petits jeux permettent de comprendre des opérations simples mais fondamentales comme la capacité d’un ordinateur à faire un tri  numérique  ou  alphabétique  (voir à ce sujet le projet Scratch du MIT).

Le projet Unplugged est l’une des manifestations d’un courant de pensée pour lequel il existe des raisonnements spécifiques, une « pensée informatique » ou « Computational thinking ». En effet, comme l’explique Jeannette Wing, professeur d’informatique à l’Université Carnegie Mellon : « Penser en informaticien signifie beaucoup plus que savoir programmer, cela requiert de penser à  plusieurs  niveaux  d'abstraction  ».

Pour Roberto Di Cosmo : « L’une des particularités de l’informatique est de permettre des « calculs  » sur des objets qui ne sont pas forcément des nombres mais des structures  de  données  (listes, tableaux, arbres, images...). Et il faut absolument en faire comprendre les limites ! D’une part, un calcul doit s’effectuer dans un temps raisonnable et, d’autre part, la calculabilité a ses impossibilités comme l’a démontré Alan Turing. » On sait, par exemple, qu'on ne peut créer un logiciel capable de vérifier  la correction de tous les  logiciels...

La méconnaissance des limites de l’informatique peut se traduire par une confiance  exagérée  : « une question aussi importante que le vote électronique n’a pas suscité suffisamment de réactions critiques », regrette Roberto Di Cosmo, avant de donner un autre exemple : l’acharnement des entreprises et parfois des gouvernements à établir des protections  logicielles  fiables contre la copie : « c’est un combat perdu d'avance. Les informaticiens le savent : copier  l'information est l’un des comportements de base d’un processeur, c’est dans son ADN ! ».

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