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Journée internationale du droit des femmes

Sarah Alzieu - 7/03/2016

Le Comité-Parité Inria : engagement et volonté d’exemplarité

logo comité-parité Comité-Parité

En Janvier 2015 était inaugurée une instance exemplaire née de la préoccupation d'Inria de se saisir d’une problématique sociétale majeure : le Comité-Parité. Chargé de garantir la prise en compte des axes de parité et d’égalité dans l’ensemble des activités de l’institut, il peut s'autosaisir ou être saisi de tout aspect éthique relevant du domaine paritaire et nécessitant de transiger. État des lieux, un an après, avec deux de ses membres fondateurs : Liliana Cucu-Grosjean et Serge Abiteboul...

Liliana, votre parcours de chercheure vous semble-t-il emblématique d’un mouvement global d’affranchissement des stéréotypes de genre dans le milieu de la recherche ?

Liliana Cucu-Grosjean  : Hélas, je ne le pense pas. J’ai effectué la plus grande partie de mes études en Roumanie, où les femmes sont aussi nombreuses que les hommes, dans les sciences en général, et dans l’informatique également. En France, nous ne semblons pas encore avoir compris à quel point l’absence de parité pose problème actuellement !

Il y a un paradoxe ici, qui veut que les femmes qui travaillent dans la recherche en informatique ne considèrent pas cela comme particulièrement "exceptionnel". Or, les conditions qui leur ont permis d’y parvenir le sont bel et bien : en effet, ces femmes représentent une rareté dans la société française. Dans le cadre d’études, on leur pose toujours la mauvaise question : "Êtes-vous exceptionnelle ?". Nous devrions en fait leur demander : "Savez-vous qu’en France, c’est exceptionnel qu’une fille/femme de tout milieu social puisse faire de la recherche en informatique si elle le désire ?"


Serge, avez-vous fait le constat d’une évolution dans ce sens, dans vos relations avec vos collègues chercheures ?

Serge Abiteboul : J’ai été naïf : j’ai d’abord cru à l’idée répandue voulant que puisque nous avions pris conscience du problème, il allait se corriger de lui-même… Grosse déception !  Pour ce qui est de mes relations personnelles avec mes collègues chercheures, j’ai eu la chance d’être très tôt exposé à des idées féministes. Jeune chercheur, c’était plutôt théorique, mais par la suite, j’ai eu la chance de collaborer avec des chercheures exceptionnelles, en France comme Sophie Cluet, ou hors de France comme Jennifer Widom ou Tova Milo. Liliana a utilisé le mot "exceptionnelle" ? Oui. Moi aussi.


Y a-t-il eu un déclic à l’origine de votre décision à tous deux de prendre part à la création du comité parité ?

Liliana Cucu-Grosjean : Après une certaine progression dans les années 2000, nous avons constaté une inquiétante diminution des nouvelles recrues de chercheures, et un ralentissement dans les progressions de carrière, particulièrement après une grossesse. Ce phénomène s'est encore accentué avec l’allongement de l’âge de recrutement des chercheur.e.s. Les groupes de travail sur la parité qui ont accompagné la commission d’évaluation à l'époque ont tiré un signal d’alarme qui a été, parmi d’autres motivations, le point de départ de notre comité !


Quel était l’axe d’action prioritaire défini par le comité lors de sa création ?

Serge Abiteboul : Principalement : égalité des chances à l’embauche et parité dans les événements, deux recommandations adoptées par la direction. Que demander de plus ? Nous avons la chance d’avoir une direction soucieuse de ces questions, qui partage les préoccupations des personnels sur le sujet. À nous, ensuite, de faire des propositions réalisables… 

L’un de nos chantiers de l’année à venir est la sensibilisation des personnels à ces questions, et de nous faire davantage connaître en interne. Soulignons que nous ne fonctionnons pas en club fermé : s’il existe une liste officielle de membres plus ou moins figée dans le temps, toute personne désireuse de s’impliquer est la bienvenue... Nous ne distinguons pas entre membres nommés et adhérents dans le travail du comité !


En tant que chercheur-e-s, quel serait votre souhait paritaire pour cette année 2016 ?

Liliana Cucu-Grosjean et Serge Abiteboul : Une augmentation importante de la proportion de femmes chercheures, indispensable au vu de notre retard à rattraper… Et pour les ITA, moins de spécialisation genrée ! Dans l’enseignement également : atteindre le même pourcentage de filles que de garçons dans les filières scientifiques devrait être l’objectif. Et évidemment, il faut enseigner l'informatique à tous, garçons et filles, au collège et au lycée.


Pour conclure : qu’est-ce qui est fait et reste à faire chez Inria, en termes de parité ?

Liliana Cucu-Grosjean et Serge Abiteboul : On peut progresser ! Après une seule année avec des jurys de concours Inria comportant davantage de femmes, nous avons doublé le nombre de chercheures admissibles (niveau CR2) en 2015. Quant à nos prochains chantiers : pourquoi ne pas les définir avec nous ? Et pour un avant-goût, consultez notre site web ! 

Mots-clés : Parité

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