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Interview

5/05/2015

Jean-François Abramatic, 20 ans aux côtés du W3C

Jean-François Abramatic Jean-François Abramatic - © Inria / Photo G. Cohen

Président du W3C de 1996 et 2001, Jean-François Abramatic est aujourd’hui conseiller du Directeur Général Délégué au Transfert et aux Partenariats Industriels d'Inria. À l’occasion du vingtième anniversaire de cet organisme en charge de la normalisation du Web, il revient sur l’histoire du W3C et les nouveaux défis qu’il mène pour ce consortium.

Comment avez-vous été impliqué dans l’histoire du W3C ?

- En mai 1994, j’ai fait la connaissance de Tim Berners-Lee* lors de la première conférence du World Wide Web à Genève, alors que j’étais directeur de recherche au sein d’Inria. Lorsque nous nous sommes revus cinq mois plus tard, à l’occasion de la seconde conférence internationale à Chicago, il y avait une telle affluence qu’on ne pouvait plus entrer dans les salles. Nous avons alors pris conscience de l’ampleur du phénomène qu’allait devenir le Web. La même année, Tim annonçait la création du W3C, le consortium international chargé de créer des standards pour le Web.

J’ai continué à échanger avec Tim et j’ai ainsi été amené à organiser avec Inria la 5ème conférence, qui a eu lieu à Paris en 1996. Parce qu’il avait travaillé au CERN avant de poursuivre sa carrière au MIT aux États-Unis, il tenait à ce que le W3C soit réellement une instance internationale. Pour représenter l’Europe, il a d’abord contacté le CERN qui a décliné. Sur proposition du MIT et de la Commission européenne, Inria déjà membre du W3C a été sollicité pour représenter l’Europe, ce qui était logique au regard de sa mission. Compte tenu de mon expérience antérieure, j’ai été nommé vice-président du W3C en 1995. Une équipe de chercheurs européens installée à Sophia-Antipolis a alors été constituée tandis que je sillonnais le continent pour recruter de nouveaux membres, entreprises, universités ou centres de recherche. En 1996, le MIT m’a proposé de prendre la présidence de cet organisme. J’ai accepté sans hésiter cette opportunité unique de participer activement au fantastique essor d’Internet.

Quelles sont les missions du W3C ?

- En tant qu’instance chargée de promouvoir des standards techniques facilitant la communication, notre premier dossier d’envergure a consisté à mettre tous les acteurs autour d’une même table afin de promouvoir le langage html, utilisé aujourd’hui pour écrire toutes les pages Web. Créer un consensus autour d’un standard est plus compliqué qu’il n’y paraît, en témoigne la diversité des prises électriques d’un pays à l’autre. Mais avec le html, les feuilles de style (graphiques, polices de caractères…), l’accessibilité aux handicapés ou encore avec le XML qui permet de partager des données, le W3C est parvenu à chaque époque à créer des standards libres de droit, que tous les acteurs de l’Internet peuvent utiliser gratuitement. Et ce conformément à sa devise : Leading the Web to Its Full Potential (Donner au Web son plein potentiel). Tous ces résultats, nous les avons obtenus grâce au dialogue puisque le W3C n’a qu’un pouvoir de recommandation. Celles-ci ont toujours été bien suivies pour les standards anciens, mais pour les plus récents il faut laisser aux acteurs du Web un minimum de temps pour s’y conformer.

Après un passage dans les sociétés ILOG puis IBM dans la décennie 2000, vous êtes revenu à Inria. En quoi consiste votre nouvelle mission ?

- Je suis conseiller du directeur général délégué au transfert et aux partenariats industriels d'Inria. En particulier, je travaille à mi-temps sur les sujets de gouvernance de l'internet en tant que W3C Fellow. J'ai été choisi pour faire partie du conseil de coordination inaugural de l’initiative NETmundial. Cette nouvelle instance, au sein de laquelle vont dialoguer toutes les parties prenantes de l’Internet (communauté technique, entreprises, gouvernements, société civile) avec des représentants issus de toutes les grandes zones géographiques, ambitionne de promouvoir une gouvernance mondiale multiacteurs, afin que le réseau stimule le progrès économique et social. Pour ma part, je représente la partie technique pour l’Europe. Avec trois milliards d’usagers de l'Internet, les questions politiques, économiques et sociétales telles que la cybersécurité, la protection de la vie privée, le respect des libertés, l’accessibilité pour les personnes handicapées doivent faire l’objet de contributions multiples si l’on veut progresser au service du plus grand nombre.

Comment concevez-vous votre rôle ?

- J’ai une formation scientifique mais j’ai conscience que les décisions techniques concernant le Web peuvent avoir un impact économique, politique et sociétal. Grâce à l’expérience que j’ai acquise dans le monde de la recherche et de l’entreprise, je pense pouvoir faire preuve du recul nécessaire pour prendre de bonnes décisions. Cette nouvelle expérience m’intéresse tant sur le plan professionnel que citoyen : c’est une véritable chance que de pouvoir dialoguer à égalité avec des interlocuteurs aussi différents.

* Chercheur britannique, Tim Berners-Lee est l’inventeur du World Wide Web.

 

Internet et Web, quelle différence ?

Si Internet est un réseau par lequel transitent des données (messages électroniques, informations multimédias, fichiers) le Web (raccourci de « World Wide Web », traduit en français par toile mondiale) correspond à l’une des applications utilisant ce réseau, la principale. Le Web est un système de publication et de consultation de documents (textes, sons, images) faisant appel aux techniques de l’hypertexte dont les technologies de base ont été mises au point en 1989-1990 par Tim Berners-Lee et Robert Cailliau, alors chercheurs européens au CERN.

Mots-clés : W3C Cybersécurité Web Internet

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