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Françoise Monfort - 8/03/2011

Chaire Informatique du Collège de France en 2011 : pour un monde numérique plus sûr

Martin Abadi

Nouveau titulaire de la chaire Informatique et sciences numériques  au Collège de France, Martin Abadi va prononcer sa leçon inaugurale le 10 mars. Elle sera consacrée à la sécurité informatique, sa spécialité. Chercheur au centre de recherche de Microsoft dans la Silicon Valley, il enseigne à l'université de Californie. Au Collège de France, il prend aujourd'hui la suite de Gérard Berry, chercheur à l'institut depuis 2006. Passage de relai entre ces pionniers de la jeune chaire. Même passion, même plaisir de transmettre, même volonté d'asseoir cette discipline au milieu des sciences canoniques.

Quel va être le sujet de votre leçon inaugurale et le programme de votre cours ?

Marti n Abadi :  La leçon inaugurale débutera par un exemple de la vie courante : le problème du spam. Il mènera vers des thèmes plus larges, comme la correction des programmes, les techniques de chiffrement et les dimensions économiques et sociales de la sécurité. Je compte ensuite entrer dans le vif du sujet : les objectifs de la sécurité informatique, certains de ses outils, mais aussi certaines des difficultés rencontrées. Le cours présentera à la fois des idées de base sur la sécurité informatique et, au moins brièvement, quelques sujets plus avancés et récents. J’aborderai les modèles généraux de sécurité, les techniques et mécanismes de protection correspondants et leurs garanties, leurs limitations et leurs failles. Je décrirai notamment les systèmes de contrôle d’accès, des méthodes cryptographiques et les protocoles pour communiquer sur des réseaux comme Internet.

Quels sont les enjeux liés à la sécurité informatique ?

Martin Abadi : Si le monde devient numérique comme l’a expliqué Gérard Berry dans un cours de 2007-2008, il est clair que la sécurité le devient également. À l’heure actuelle, des questions de sécurité informatique se posent dans tous les domaines, non seulement dans le renseignement militaire mais aussi dans l’industrie, la finance, le commerce, la gestion de données médicales, la vie sociale... La sécurité informatique est d’autant plus délicate à garantir que nous utilisons des systèmes relativement ouverts, malléables et hétérogènes, comme le Web. Les motivations des attaques et les procédés qu’elles mettent en œuvre y sont variés et parfois surprenants. Malgré cette diversité, les mêmes principes et les mêmes méthodes s’appliquent dans de nombreux contextes.

En sécurité, il faut souvent se résigner à ne pas tout savoir ou tout comprendre. Je crois pourtant que ce sujet mérite d’être étudié, et aussi d’être expliqué.

Quelles relations existe-t-il entre les sciences numériques et les autres sciences ?

Martin Abadi : Les sciences numériques fournissent un formidable outil aux autres sciences. Mais à l’inverse l’informatique doit beaucoup aux autres sciences, même aux sciences humaines. Par exemple, depuis longtemps, la conception et l’étude des langages de programmation s’appuie en partie sur des idées issues de la linguistique. Plus récemment, des informaticiens ont adopté des idées issues des sciences économiques, par exemple pour développer les enchères électroniques mais aussi dans le but de comprendre les motivations et les enjeux des systèmes de sécurité informatique.

Gerard Berry

Quel bilan pour cette année de cours au Collège de France et ce cours intitulé  « Penser, modéliser et maîtriser le calcul informatique » ?

Gérard Berry : Bien qu’il ait été beaucoup plus technique que le précédent, il a eu un fort impact, avec un public un peu plus spécialisé. J’ai eu de nombreuses invitations pour des conférences et des émissions de radio. En septembre 2010, j’ai redonné certains des cours en anglais à l’Université et à la Royal Society d’Edimbourg. Ils sont diffusés par l’Inria, notamment dans le cadre du site Fuscia dédié aux ressources pédagogiques.

Quelles ont été les retombées de cette initiative en termes d’enseignement de l’informatique en France ?

Gérard Berry :  Le succès de mes deux chaires a été un point décisif, puisque j’ai été contacté par le ministère de l’Education nationale pour évoquer la question de l’enseignement de cette science. La création d’une spécialité scientifique en terminale a été décidée, avec mise en place à la rentrée 2012. Gilles Dowek, directeur scientifique adjoint de l’Inria, philosophe des sciences et grand vulgarisateur, ainsi que l’association EPI (Association Enseignement Public et Informatique) travaillaient depuis longtemps sur ce sujet. Mais c’est à ce moment-là que le mouvement final a été enclenché.

Comment expliquez-vous que la science informatique soit enseignée de manière si tardive en France ?

Gérard Berry : Pour beaucoup de gens, l’informatique se résume à la technologie et aux usages. Or, c’est aussi une science majeure qui pénètre aujourd’hui la société et toutes les autres sciences (biologie, physique, chimie, médecine, etc.). Par exemple, c’est grâce à la science informatique que les avions sont conçus sur ordinateur, que leurs maquettes sont virtuelles et qu’un pilote américain a pu atterrir sans casse sur l’Hudson River parce qu’il avait reçu un entraînement sur simulateur. La R&D informatique au sens large représente 29% de la R&D mondiale totale, mais seulement 18% en Europe. Elle devient centrale dans tous les domaines, et son enseignement est donc devenu essentiel pour créer le monde de demain.

Le monde de l’informatique est un monde de créateurs et sur ce point, il reste des progrès à faire. Mon devoir et celui de l’Inria est d’être aux côtés de ceux qui créeront et expliqueront ce qu’ils créent.

Mots-clés : Martin Abadi Chaire Informatique Sciences informatiques Gérard Berry Sciences numériques Collège de France

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