Vaccin anti-Ebola : les essais de phase 2 confirment les résultats de modélisation

Date:
Mis à jour le 12/03/2020
C’est une étape encourageante vers la validation d’un vaccin anti-Ebola : les résultats des essais de phase 2 menés en Europe et en Afrique montrent une bonne réponse immunitaire un an après les injections, conformément aux prévisions du modèle élaboré depuis 2015 par l’équipe SISTM commune à l’Inserm, l’université de Bordeaux et Inria. Celui-ci continue à être amélioré pour accompagner une nouvelle stratégie vaccinale.
équipe-projet SISTM
© Inria / C. Morel

Modélisation d’une réponse au vaccin anti-Ebola

Plus de 11 000 décès en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, une autre épidémie en cours en République démocratique du Congo, une recherche de vaccin conduite à un rythme accéléré : le virus Ebola est une urgence sanitaire de premier plan. À travers son programme IMI*, l’Union européenne y répond en finançant depuis 2015 les travaux d’Ebovac1 et Ebovac2, deux consortiums de partenaires publics et privés. On y retrouve notamment l’industriel Janssen Vaccines & Prevention, fournisseur du candidat-vaccin, et l’Inserm qui collabore avec Inria et l’université de Bordeaux dans le cadre d’une équipe de recherche commune, SISTM**.

Des effets significatifs cinq ans après la vaccination

SISTM joue un rôle important : elle a modélisé la dynamique de la réponse immunitaire au candidat-vaccin. « Nous nous sommes appuyés sur les résultats des essais de phase 1  menés en 2015 et 2016 auprès d’une centaine de participants, précise Chloé Pasin, à l’époque doctorante chez Inria en charge du modèle jusqu’à la fin 2018.

Nous avons notamment montré que la réponse immunitaire était élevée un an après les deux injections, espacées de 28, 56 ou 84 jours, et que la moitié des cellules capables de générer des anticorps pouvaient persister au moins cinq ans. » Ces résultats ont été publiés en août dernier dans la revue scientifique Journal of Virology.

Mais un modèle reste un modèle. Il faut le confronter aux faits pour en évaluer la validité. Le congrès de l’ASTMH***, en novembre 2019 à Washington, a mis fin à cette incertitude pour les résultats à un an. Les essais de phase 2 menés avec 800 participants (adultes et enfants à partir d’un an) ont confirmé le bon niveau de réponse immunitaire, quel que soit l’intervalle entre les injections.

Trop tôt pour affirmer que le vaccin est efficace

« C’est une excellente nouvelle, se réjouit Chloé Pasin, d’autant qu’à ce jour, les mécanismes de réponse immunitaire aux vaccins ne sont connus que dans leurs grandes lignes. » Rodolphe Thiébaut, responsable de l’équipe SISTM et coordinateur d’Ebovac 2, est lui aussi optimiste.

La petite taille des groupes dans les essais de phase 1 (15 personnes) rendait nos prédictions incertaines. Or, elles sont confirmées par la phase 2, avec des groupes de 100 personnes et plus. À cet horizon d’un an, notre modèle est fiable.

Le scientifique tient cependant à rester prudent : « Nous nous sommes focalisés sur les anticorps alors qu’une réponse immunitaire complète mobilise également d’autres agents. De plus, nous ne connaissons pas le niveau d’anticorps nécessaire pour être protégé contre Ebola. Bref, il est bien trop tôt pour conclure sur la durée d’efficacité du vaccin. »

Le produit de Janssen Vaccines & Prevention a toutefois été choisi pour la campagne de vaccination lancée depuis novembre en République démocratique du Congo (200 000 personnes). Quant à l’équipe SISTM, elle poursuit ses travaux :

Nous allons étudier la réponse immunitaire chez l’enfant, que nous n’avions pas encore abordée. En parallèle, nous élaborons un nouveau modèle pour intégrer une troisième injection administrée un an après la seconde : les premiers essais menés avec cette stratégie sont prometteurs.

* IMI : Innovative Medicines Initiative

** SISTM : Statistics in System Biology and Translational Medicine

*** ASTMH : American Society for Tropical Medicine and Hygiene

Séquence des essais d’un vaccin

Les essais de phase 1 permettent une évaluation préliminaire de l’efficacité d’un vaccin ou d’un médicament à une dose déterminée. Les essais de phase 2 servent à confirmer l’activité du traitement et parfois, à comparer deux nouveaux traitements.

Epidémiologie

Virus Ebola
© AdobeStock

Le virus Ebola a été observé pour la première fois en 1976 au Soudan et en République Démocratique du Congo. Il appartient à la famille des Filoviridae (filovirus) qui compte cinq espèces distinctes. Les souches Ebola Bundibugyo, Zaïre et Soudan ont été responsables d’une vingtaine de flambées de la maladie en Afrique centrale entre 1995 et 2007, dans des villages isolés, à proximité des forêts. Le réservoir naturel du virus est la chauve-souris. L’infection se traduit par de fortes fièvres et des hémorragies souvent mortelles pour l’Homme. Le taux de létalité est en effet très élevé puisqu’il se situe entre 40 et 80% selon les épidémies et l'espèce virale.

En décembre 2013, le virus atteint l’Afrique de l’Ouest, région qui était jusqu’alors épargnée par la maladie. En mars 2014, une nouvelle flambée de l’Ebolavirus Zaïre a été identifiée en Guinée forestière, puis s’est étendue aux pays voisins, le Libéria et la Sierra Leone, atteignant des zones urbanisées. Le virus a ensuite été transmis par voie aérienne au Nigéria et par voie routière au Sénégal. En juin 2016, lorsque l’OMS (Organisation mondiale de la santé) annonce la fin officielle de l’épidémie, le bilan est lourd : au moins 28 000 cas officiellement déclarés, dont plus de 11 000 décès.

Une nouvelle épidémie frappe actuellement la République démocratique du Congo. Le dernier rapport de l’OMS paru le 19 novembre 2019 fait état de 3 200 cas dont 2 200 morts. Les autorités craignent une explosion du virus dans Goma, ville située à l’est du pays, qui compte deux millions d’habitants.

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L'équipe-projet SISTM

L'équipe-projet SITM

L’équipe se consacre à l’élaboration de méthodes statistiques pour l’analyse intégrative des données en médecine et en biologie. Grace aux améliorations technologiques, la recherche clinique et biologique génère des quantités massives de données : les « omiques » des données telles que la génomique (expression des gènes) et de la protéomique, mais aussi d’autres types de données, pour lesquelles les technologies modernes ont fortement augmenté la quantité d’informations (par exemple imagerie médicale et comptage de cellules).