Tester à distance les performances de nos objets connectés IoT

Date:
Mis à jour le 05/06/2020
Thomas Watteyne, expert des technologies de l’Internet des objets (IoT), a coordonné les travaux d’Inria de Paris sur le projet européen F-Interop. L’objectif ? Fédérer les acteurs des IoT autour de la fiabilité de technologies industrielles. Un enjeu crucial pour un secteur en pleine expansion. Le projet, achevé fin 2018, a relevé le défi. À la clé, un outil de test à distance, qui a fait la preuve de son utilité : il est désormais adapté par de grandes organisations internationales garantes de la standardisation de l’Internet.

Du confort de nos habitations à la surveillance d’installations industrielles ou d’ouvrages d’art, en passant par la collecte de données dans l’agriculture, les IoT connaissent un développement sans cesse croissant. L’Internet des objets est l’un des domaines d’expertise de l’équipe EVA* à Inria de Paris, qui s’intéresse de façon plus large aux technologies de réseaux sans fil. Thomas Watteyne, chercheur en informatique et coordinateur pour Inria du projet F-Interop, a rejoint l’équipe en 2015, après un doctorat obtenu en France en 2008 et plusieurs années passées en Californie. À l’université de Berkeley et dans une startup de la Silicon Valley, il a développé de nombreuses applications IoT.

L’interopérabilité, la force des technologies IoT

La fiabilité de ces nouvelles technologies est, entre autres, garantie par leur interopérabilité, c’est-à-dire la capacité d’objets ou de marques différents à respecter sans erreur des protocoles de communication communs. « Comptant des concepteurs d’objets, comme d’utilisateurs, toujours plus nombreux, le secteur de l’IoT est en forte progression et l’offre de solutions technologiques explose, explique Thomas Watteyne. 

Assurer l’interopérabilité des objets connectés est donc crucial pour les acteurs de ce domaine, qui élaborent ensemble des règles de standardisation des produits, en particulier au sein d’organisations professionnelles internationales, comme l’IETF**.

Trois fois par an, ingénieurs, chercheurs ou concepteurs issus d’une quinzaine de grands groupes industriels, de startups ou de centres de R&D, se réunissent afin d’élaborer des bonnes pratiques de développement, de réaliser des tests de conformité et de performance sur des matériels nouveaux, d’éprouver des solutions ou du matériel et d’échanger leurs résultats.

« Ces événements d’interopérabilité, qui se tiennent pendant deux jours consécutifs aux États-Unis, en Europe ou en Asie, sont vitaux pour le secteur, mais aussi assez contraignants parce qu’ils astreignent les participants à un rythme de travail particulièrement dense ou nécessitent le transport de matériel »,commente Thomas Watteyne. Difficile dans ces conditions de faire participer, pour des raisons de coûts ou de disponibilités, toutes les entreprises du secteur.

Dématérialiser les événements d’interopérabilité

Logo F-Interop

C’est ainsi qu’a germé l’idée du projet F-Interop***, financé dans le cadre du programme européen H2020. Doté d’un budget de quatre millions d’euros sur trois ans (novembre 2015-octobre 2018), il regroupe onze partenaires académiques et industriels, dont Inria, issus de six pays : Allemagne, Angleterre, Belgique, France, Luxembourg et Suisse.

Son objectif ? Développer une plate-forme collaborative offrant la possibilité à différents contributeurs de participer à des évènements d’interopérabilité… à distance. Thomas Watteyne résume : 

Les intérêts sont multiples : réduire les frais de transport, proposer des événements plus fréquents, faire contribuer un plus grand nombre de participants, être plus flexible et réactif, etc.

L’équipe de développement — douze personnes mobilisées à temps plein pendant trois ans — est partie d’une feuille blanche, travaillant sur toutes les étapes du projet : spécification, programmation, validation et diffusion de l’outil, aujourd’hui adopté par différents organismes internationaux de standardisation.

H2020 – Appels ICT (ou TIC en français) :

Appels d’offres du deuxième pilier du programme européen H2020. Ce deuxième pilier reflète l’une des trois grandes priorités européennes : la « primauté industrielle ». La philosophie de ce pilier est d’investir de façon ciblée sur des technologies industrielles clés pour la compétitivité des entreprises européennes, de relever les défis sociétaux, d'optimiser le potentiel de croissance des entreprises et d'aider les PME européennes innovantes à devenir des acteurs majeurs. Les appels liés aux technologies de l’information et la communication ne sont qu’une partie de ce deuxième pilier d’H2020. Plus d’informations ici.

À distance, mais collaboratif de bout en bout

Actuellement hébergé sur des serveurs de l’université Pierre et Marie Curie en France et de l’institut de recherche iMinds en Belgique, l’outil est accessible à l’ensemble de la communauté IoT, laquelle est également invitée à l’enrichir en proposant des tests ou des protocoles nouveaux. L’esprit collaboratif est en effet l’une des marques du projet F-Interop, qui a également intégré des participants ponctuels, lauréats des deux appels à contribution lancés par le consortium pour développer des fonctionnalités spécifiques de l’outil.

Avec quelques mois de recul après la conclusion du projet, Thomas Watteyne en tire un bilan très positif : 

F-Interop, qui a également abouti à la création d’une association centralisant les développements et la diffusion de l’outil, participe pleinement à la simplification des technologies IoT.

Pour le chercheur, participer à un projet européen de cette envergure constitue indéniablement une expérience personnelle intéressante et enrichissante pour tous ses partenaires. « Contrairement à une idée reçue, de nombreux projets de recherche américains, comparables à leurs homologues européens, sont souvent conduits seulement avec des contributeurs universitaires.

La dimension plus collaborative des projets européens fait leur spécificité autant que leur intérêt : elle stimule les applications industrielles de recherches académiques.


*EVA : Wireless Networking for Evolving & Adaptive Applications 

**IETF : Internet Engineering Task Force est une organisation internationale de normalisation qui élabore et promeut des standards pour l’Internet.

F-Interop*** : Platform for online interoperability and performance test (Plate-forme pour l’interopérabilité et le test de performances à distance des IoT).