Mis à jour le 14/04/2021
Convaincue du rôle crucial de la motivation dans les apprentissages, Hélène Sauzéon intègre en 2018 l’équipe-projet Inria FLOWERS, spécialisée en intelligence artificielle (IA) et apprentissage autonome avec pour approche la modélisation de l’apprentissage et du développement cognitif chez l’enfant à travers les mécanismes de curiosité. Son leitmotiv : que ses recherchent aient un réel impact sociétal. Portrait en trois questions.
Hélène Sauzeon
© Inria / Photo G. Scagnelli

Comment êtes-vous arrivée dans le milieu de la recherche ?

Au départ, lors de mes études, ce qui a créé l’étincelle pour la recherche, ce sont les cours dispensés en Epistémologie et histoire des sciences, et notamment la révolution scientifique qui a amené la psychologie à devenir une science. Des auteurs comme G. Bachelard ou K. Popper m’ont ouvert les yeux sur les conceptions de la science et la culture scientifique. C’était passionnant pour une jeune étudiante.

Cela m’a naturellement orientée vers les approches cognitives qui me semblaient les plus proches de ces visions de la science ; et ces dernières m’ont amenée à faire un stage dans un des rares laboratoire de sciences cognitives qui existaient à l’époque et où j’ai pu assister à des séminaires de philosophes, linguistes, psychologues, physiologistes, neuroscientifiques, informaticiens, mathématiciens qui m’ont fait découvrir la pluridisciplinarité, leur enthousiasme à confronter leurs savoirs pour s’éclairer les uns les autres pour plus d’exigence scientifique. Ça foisonnait (explosait aussi !), et je découvrais que derrière telle ou telle modélisation d’un processus cognitif se cachaient une conception de l’esprit, une formalisation de concepts, des règles bio-inspirées ou non, etc. Et, c’était grisant !

Quels sont vos axes de travail, aujourd'hui ?

J’ai actuellement deux axes principaux de travail. Le premier est plutôt fondamental et s’intéresse à mieux comprendre le rôle des motivations intrinsèques (autodétermination, curiosité) dans les apprentissages et les activités cognitives, et ce, tout au long de la vie (de l’enfant à l’adulte âgé) ainsi que dans des situations de handicap cognitif (troubles neurodéveloppementaux comme l’autisme ou la déficience intellectuelle).

Le second est plutôt appliqué avec des études visant à concevoir et à évaluer de nouvelles technologies numériques dans un but éducatif ou bien de rééducation/réhabilitation ; cela implique des travaux alliant des approches numériques (i.e., conception d’IHM (Interface Homme-machine) et de technologies adaptables et adaptatives aux besoins de l’utilisateurs pour la tâche en cours), des approches facteurs humains (ergonomie, expérience utilisateur et acceptabilité) et des approches psychoéducatives ou neurorééducative selon les objectifs ciblés par la technologie.

Quels sont vos objectifs/ambitions à long terme ?

Comme beaucoup de collègues, mes objectifs sont de diverses natures. Individuellement, j’espère continuer à faire vivre ma passion pour ce métier par des projets qui suscitent mon émerveillement et m’enthousiasment grâce aux collaborations scientifiques qu’ils impliquent. Mais aussi et surtout, j’espère continuer à participer à la construction d’une société plus inclusive avec moins d’inégalités sociales notamment celles qui sont liées à l’âge et/ou à la diversité cognitive, raison pour laquelle j’ouvre de plus en plus mes recherches vers des collaborations avec des entreprises ou des projets de sciences citoyennes pour que les transformations soient coportées et plus rapidement effectives. Plus on avance sur ces thématiques, et plus je m’impatiente !

Hélène Sauzéon est professeure de psychologie et de sciences cognitives à l'université de Bordeaux depuis 2014. Sa thématique de recherche concerne principalement les technologies numériques pour la cognition à tous les âges de la vie avec ou sans handicap cognitif. Ses travaux chez Inria sont menés au sein de l’équipe-projet FLOWERS (Inria Bordeaux Sud-Ouest). Elle est également cheffe de l'équipe HACS (Handicap, activité, cognition & santé, au BPH lab, Inserm-Univ. Bordeaux) depuis 2019.