Cybersécurité

Mission Sécurité-Défense : premier bilan avec Frédérique Segond

Date:
Mis à jour le 27/07/2021
Début 2020, Inria créait la Mission Sécurité-Défense en réponse à son objectif "Appui aux politiques publiques" de son Contrat d’Objectifs et de Performance pour la période 2019-2023. Près d’un an plus tard, l’heure est au bilan avec Frédérique Segond, directrice de la mission. Focalisée pour le moment sur la cybersécurité et le renseignement, cette mission travaille au développement de technologies répondant aux besoins des partenaires actuels et futurs de l'institut.
Portrait de Frédérique Segond
© Inria / Photo B. Fourrier

Quel est l’objectif de la Mission Sécurité-Défense ?

La Mission a été créée en 2020 et s’est développée dans le cadre d’un des quatre axes stratégiques de notre Contrat d’Objectifs et de Performance pour la période 2019-2023 : celui de l’appui aux politiques publiques, notamment auprès des ministères répondant aux fonctions régaliennes de sécurité, le ministère des Armées et le ministère de l’Intérieur. Nous avons donc à la fois fédéré les forces d’analyse et d’expertise chez Inria – de telle sorte qu’elles répondent davantage aux besoins de ses partenaires publics – et développé des partenariats pour capter les besoins de nos partenaires.

Plus d’une année après la création, nous faisons à présent un retour d’expérience pour construire avec nos partenaires institutionnels l’organisation qui sera la plus efficace en matière d’impact.

Comment travaillez-vous avec ces partenaires ?

Certains partenariats, industriels comme institutionnels, existaient avant la création de la Mission, notamment avec l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information), la DGA (Direction générale de l’Armement) ou Naval Group avec qui nous avons signé un accord en 2019 pour la création d’un Laboratoire commun en intelligence artificielle. Un partenariat avec l’Agence innovation défense est également en cours pour réaliser un certain nombre d’études en intelligence artificielle comme, par exemple, la détection et le suivi de personnes, la détection de chaînes d’intrusion dans des objets connectés ou encore la réduction de la taille des réseaux de neurones afin d’améliorer, entre autres, leur rapidité.

Ces études permettent tout à la fois de dresser un état de l’art et de développer des démonstrateurs Proof of Concept. Elles s’ajoutent à des programmes d’expertise, sur un temps plus court, qui ciblent des besoins précis des experts de la DGA. La Mission structure l’ensemble des projets pour répondre plus logiquement aux demandes, et avoir une meilleure visibilité de l’impact de nos actions.

Si nous nous focalisons, dans un premier temps, sur la cybersécurité et le renseignement, notre raison d’être est claire : travailler sur des technologies qui répondent aux besoins de nos partenaires actuels et futurs. Capter les besoins est complexe, car l’opérationnel et le stratégique ne sont pas toujours en contact rapproché, et les besoins du terrain ne sont pas toujours couverts par les industriels. Nos partenaires définissent leurs besoins et nous formons les projets en réponse à ces besoins. Notre volonté est aussi de former un cercle vertueux d’écoute et de développement technologique qui satisfasse les métiers opérationnels tout en orientant les travaux à venir.

Et puis, je suis persuadée que des actions de ce type peuvent renforcer les flux de talents dans un sens ou dans l’autre et accélérer les mobilités, ce qui est clé dans le numérique.

Pouvez-vous nous donner un exemple sur cette recherche appliquée et ciblée ??

Pour capter les besoins des analystes du renseignement, rien de plus utile que de se mettre dans la peau de ceux-ci pendant une journée. Dans le cadre d’un partenariat avec la direction du renseignement militaire, nous avons ainsi créé un centre de simulation et d’expérimentation basé au siège d’Inria à Rocquencourt, qui permet à des scientifiques et à des industriels de "jouer des cas" ensemble, via une plate-forme, afin d’imaginer en commun des technologies et même des recherches à plus long terme qui pourraient répondre aux besoins de ce métier. L’expérience tourne autour d’un scénario écrit spécialement : des pays fictifs avec un type particulier de conflits, mettant en scène des gouvernements et des armées spécifiques. Les "joueurs" ont à leur disposition des bulletins de renseignements qui expliquent la situation politique et militaire des forces en présence. Pendant une journée, ils doivent répondre à une commande de l’État-Major qui peut être : y-a-t-il un risque d’embrasement dans tel pays à telle date ? Quels sont les risques éventuels pour la région ?

Pendant une journée, académiques et industriels travaillent sur ces matériaux bruts et prennent ainsi conscience des processus impliqués dans ces métiers, des méthodes requises et donc des besoins en matière de travaux de recherche et de développement de technologies dans notre domaine, le numérique. Quels outils pourraient par exemple aider à la visualisation des informations et faciliter la prise de décisions ? Ces sessions aident les scientifiques à créer des briques technologiques utiles tout en favorisant également aussi le rapprochement avec les industriels : nous avons construit une plate-forme d’interactions très riche.

La thématique du renseignement apporte une perspective très pluridisciplinaire, en particulier pour ce qui est du renseignement d’intérêt militaire avec des scientifiques en géopolitique comme à Sciences Po Grenoble, ou bien pour ce qui est du renseignement intérieur avec des scientifiques en sociologie pour aider à la compréhension de phénomènes de radicalisation. Nous sommes, sur ce dernier sujet, partenaire d’un projet européen qui vise à la prévention de la radicalisation en ligne de communautés.

Cette même plate-forme de simulation permet également d’expérimenter sur les mêmes données et les mêmes scénarios les technologies développées, afin de s’assurer, via un retour des opérationnels des métiers, de l’adéquation de la technologie avec leurs besoins. Le nombre de technologies transférées dans les ministères ou sur des plates-formes industrielles sera un bon indice de réussite.

Verbatim

Notre collaboration avec Inria s’inscrit dans la stratégie numérique de la DRM face à la massification des données issues de capteurs de plus en plus performants.

Nous construisons ensemble une plate-forme qui simule des opérations de renseignement et permet aux chercheurs de découvrir nos métiers : ils transforment ainsi nos problématiques en objets de recherche qui mènent à des innovations concrètes pour nos opérationnels.

Auteur

Eva Crück, ingénieure en chef

Poste

Intelligence Campus, Direction du renseignement militaire