La culture européenne, une deuxième nature pour Laurent Romary

Date :
Mis à jour le 04/05/2020
À l’occasion d’une semaine consacrée à l’Europe, Inria Paris met en lumière l’expérience de ses chercheurs. Laurent Romary, membre de l’équipe Almanach et spécialiste en informatique linguistique, revient sur 25 années de carrière emplies de projets collaboratifs européens.
Laurent Romary
© Inria / Photo J.-M. Ramès
Inria au sénat : Laurent Romary, directeur de recherche Inria Almanach, ancien directeur de DARIAH

Pourquoi avoir participé à des projets européens plutôt qu’à d’autres formes de financements de la recherche ?

Laurent Romary : Cela fait partie de ma culture de recherche ; mon premier projet de ce type remonte au début de ma carrière en 1994. Au fur et à mesure, j’ai pris le pli européen et j’ai maîtrisé la façon dont ces projets fonctionnent : ce qu’on attend de nous en termes de contraintes administratives et scientifiques. Je suis resté dans ce modèle car il permet le développement d’un réseau, à tel point que cela devient naturel de répondre à un appel d’offre européen avec mes partenaires. Au fil du temps, les consortiums se lient car les idées sont claires, on suit l’état de l’art de près. 

Comment s’organise le montage des projets collaboratifs européens ?

LR : L’idée d’un projet européen germe environ six mois à l’avance. Idéalement, on organise une réunion pour mettre les idées autour de la table avec les partenaires pressentis et on répartit les tâches. C’est une alchimie, car si un partenaire ne réalise pas son travail au moment du montage de la proposition cela se répercute sur tous les autres. C’est pour cela aussi que l’on fait toujours confiance aux mêmes réseaux.

Dans près de la moitié des cas, les projets auxquels j’ai participé ont été montés avec l’aide d’un professionnel (consultant, agence, etc.) qui s’occupait de la partie gestion de projet. S’octroyer ces services nécessite d’avoir des fonds budgétaires. En ce sens, Inria a toujours acquis la réputation d'être un partenaire qui fonctionnait très bien au niveau des projets européens. Il y a un bon encadrement sur les aspects administratifs, financiers, ressources humaines.

Un projet coup de cœur : LIRICS

"J’ai eu la chance de monter un comité à l’ISO (organisme international de normalisation) sur la normalisation des ressources linguistiques. Il fallait attirer du monde au-delà de l’idée de ce comité et un appel d’offre européen collait, presque à la virgule près, au programme de travail que nous nous étions fixés. Chaque partenaire a trouvé immédiatement sa place, il y avait une vraie dynamique que j’ai particulièrement appréciée".

Quel rôle préférez-vous endosser dans ces projets de recherche ?

LR : J’apprécie d’avoir la responsabilité d'un groupe de travail ou « work package » qui consiste à coordonner un petit projet à l'intérieur du projet. Ce qui m’intéresse dans ce rôle, c’est la possibilité d’apporter une dynamique à une thématique précise, de sentir que tout le monde avance dans le même sens.

J’ai aussi été impliqué pendant longtemps dans l’élaboration et la gestion de l’infrastructure européenne DARIAH (Digital Research Infrastructure for the Arts and Humanities) dédiée aux sciences humaines numériques. L’Union Européenne ouvre des appels d’offre dédiés à ce genre de structure, ce qui m’a permis de participer à de nombreux projets européens et de construire progressivement un instrument pérenne pour les humanités numériques.

Quels sont les avantages de ces projets européens ?

LR : Les programmes proposés par des infrastructures comme DARIAH sont des appels ciblés. Ils offrent ainsi 60 % à 70 % de chance d’obtenir un financement. Par ailleurs, il y a une vraie différence de visibilité des résultats si l’on compare à un projet ANR (Agence nationale de la recherche). En plus des publications, les rapports produits dans le cadre d’un programme sont lus par la communauté scientifique car ils offrent un bon échantillonnage de l’état de la recherche.

Collaborer avec des partenaires européens ouvre également l’esprit. C’est une culture à part entière. On se retrouve souvent dans des situations où l’on doit gérer le multiculturel et le multilinguisme. Enfin, on apprend vite que l’on n’est pas unique ou incontournable car d’autres équipes sont très performantes sur les mêmes thématiques que nous. C’est très enrichissant.

Quelles sont les particularités de la recherche collaborative en Europe ?

LR : Il y a très peu de pilotage politique de la part de l’Union Européenne, les projets sont donc très ouverts. Par contre, il n’existe pas de réel suivi scientifique. Par rapport à la quantité de financements qui sont attribués, ce serait appréciable d’avoir un interlocuteur qui ferait remonter des priorités ressenties dans différents domaines scientifiques. Il y a tout de même une amélioration, depuis cinq ou six ans. Autre particularité européenne : la gestion est plus lourde donc c’est un peu moins confortable qu’un petit projet local, mais cela nous apporte beaucoup.

Vous avez été amené à participer à plusieurs projets H2020 simultanément. Comment avez-vous géré cette situation ?

Ses chiffres-clés :

  • 15-20 projets européens
  • 5 coordinations de projet
  • Période de participation : 1994 – 2020

LR : Pour parvenir à mener de front plusieurs projets en même temps, il faut s’arranger pour que les domaines de participation dans chacun d’eux soient cohérents. Lorsque cela m’est arrivé, je travaillais pour chaque projet sur des aspects d’extraction, de modélisation et de standardisation de données. Il était possible de créer une dynamique à l’intérieur de l’équipe Almanach qui accompagnait ces projets. C’est ce que nous essayons de faire encore aujourd’hui afin d’impliquer les différents membres de l’équipe.

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