Interview de Walid Ghanem, co-fondateur de Pressmium, une nouvelle startup accompagnée par Inria

Date :
Mis à jour le 24/03/2020
Créée en décembre 2018 par deux amis d’enfance (Walid Ghanem et Aloïs Bazin de Jessey), la startup Pressmium, incubée à Station F dans le programme EDHEC et accompagnée par Inria Startup Studio, vient d’être distinguée par Future 40, le programme qui met en avant les 40 startups les plus prometteuses de Station F.
Pressmium_produit

 

Rencontre avec le co-fondateur Walid Ghanem, promotion 2013 de l’École Polytechnique. Walid est titulaire d’un master Entrepreneurs d’HEC, d’un master en Probabilités et Modèles Aléatoires de l’UPMC et d’un master de Mathématiques Appliquées aux Sciences Humaines de PSL Paris Dauphine. Walid est un ancien membre de l’équipe-projet commune DYOGENE (CNRS, ENS, PSL, INRIA).

Pressmium, en quelques mots ?

Tout est parti du constat qu’aujourd’hui, les médias, réseaux sociaux, ou autres acteurs de l’information ne répondent plus à notre usage de consommation : 99% des lecteurs français se retrouvent stoppés face à un contenu digital premium, réservé aux abonnés ; cet abonnement est cher, car multiple (vous voulez pouvoir lire le débrief des matchs sur L’Équipe, mais également l’actualité de l’Amérique Latine sur Courrier International, etc.) ; et l’information de qualité est soumise à un abonnement payant. Les lecteurs ont donc de moins en moins accès au contenu qui, quand il est gratuit, est souvent proposé de manière linéaire sans analyse ni mise en relief, et surtout avec beaucoup de publicité qui parasite la lecture. La complexité administrative ; la pauvreté du contenu, ou encore le coût financier ont pour conséquence de frustrer le lecteur.

De là est né Pressmium (dont la plateforme a officiellement été lancée le 24 octobre 2019) : un abonnement mensuel sur une seule plateforme dédiée à l’information fiable et de qualité, qui permet d’accéder de façon simple et illimitée à l’intégralité du contenu (personnalisable et ciblé) de nos partenaires, avec des services liés à la lecture fondés sur des algorithmes d’IA (recommandation, classification, synthétisation, veille automatisée, lecture audio).

L’ergonomie de notre plateforme est un des atouts majeurs qui rompt avec les kiosques numériques plus traditionnels et offre une expérience plus fluide, plus dynamique au lecteur. Et c’est surtout plus interactif : la dimension sociale est très importante pour nous.

Aujourd’hui, pour 12,99 euros par mois, nos lecteurs ont accès aux contenus payants de plus de quarante titres français et étrangers, sans publicité (sur web), et surtout sur une seule plateforme Web en ligne et son appli, disponible sur Apple Store et Google Play.

 

Pressmium_Logo

Quelle est votre ambition ?

Derrière Pressmium, il y a surtout l’idée d’un Deezer de la presse. Aujourd’hui, notre ambition est de faire de Pressmium le réseau social européen de l’information de demain, une plateforme unique qui regroupera l’intégralité du contenu média écrit, et pourquoi pas vidéo et audio. Nous misons beaucoup sur la composante sociale active, c’est-à-dire le fait de pouvoir consulter mais surtout de réagir et d’interagir avec l’information, que ce soit par le partage ou les commentaires. Aujourd’hui, le consommateur paie pour un contenu, et aussi pour un service : on achète la simplicité de Deezer, on achète des features, c’est-à-dire les fonctionnalités de l’application, en plus de la musique. Demain, les géants de l’information proposeront plus que de l’info, et Pressmium entend être le leader qui anticipera le tournant.

La concurrence est-elle rude ?

Actuellement, nos concurrents sont surtout les kiosks numériques, dont la façon de gérer l’information est plutôt désuète. Sur le marché français, nos trois principaux concurrents sont plutôt : Le Kiosk, E-presse ou encore SFR presse. Tous trois offrent encore une lecture linéaire de l’information, une ergonomie peu adaptée et pas d’interaction possible avec le contenu.

Quelques autres initiatives ont vu le jour, comme Blendle aux Pays-Bas, qui s’appuie sur un business model de « vente à l’article » plus que sur un abonnement à du contenu illimité ; ou encore Smart News au Japon, qui vient de clôturer une ronde de financement de 92 millions de dollars.

La concurrence la plus intense vient donc plus largement des poids lourds américains comme Apple qui a lancé son Netflix de la presse (Apple News +) ou encore Facebook News, un fil d’actualité « de qualité » pour endiguer les fake news, conçu avec des médias professionnels. Pour l’instant, ces offres n’ont été lancées qu’aux États-Unis. Notre volonté est de créer un acteur fort pour contrer les GAFA et leur pouvoir grandissant, et notamment un acteur européen.

Niveau financement, ça donne quoi ?

Pressmium a été lauréat de la bourse French Tech de BPI France mais également lauréat de la bourse Entreprendre.  Nous espérons lever des fonds vers le mois de février 2020 pour pouvoir financer l’aspect technologique et lancer une campagne marketing grande échelle.

Quel a été le rôle d’Inria dans votre projet ?

Notre accompagnement par Inria a débuté au mois d’avril 2019. Grâce à Inria, nous avons pu construire une trajectoire à 5 ans, une réflexion et une vision. L’accompagnement stratégique et le soutien humain a été à la base du partenariat. Inria nous a également donné l’opportunité d’avoir un environnement de travail propice à l’entreprenariat, le Startup Studio fraichement inaugurée.

Le vrai plus chez Inria, c’est que nous sommes en contact avec les chercheurs : nous travaillons avec eux sur tous les aspects qui touchent au Machine Learning, au Natural Language Processing, au Big Data. Nous avons besoin d’un algorithme qui classifie rapidement et pertinemment l’information, mais il y a aussi tout un travail sur la synthétisation et la contextualisation des articles de presse, et Inria nous apporte son aide sur ces points. La technologie est un vrai facteur différenciant qui contribue à parfaire l’expérience utilisateur. Notre but est d’amener le lecteur à mieux appréhender et comprendre l’actualité grâce à l’innovation technologique, ce qui nous permettra aussi de rompre avec les acteurs traditionnels. En somme, l’objectif est de repenser le rapport du lecteur à l’information, et la technologie en est la clé.

La next step ?

La prochaine étape, c’est d’arriver à capitaliser sur un asset technologique, ce qui fera l’objet de la deuxième partie de notre accompagnement chez Inria. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de recherche de fonds qui nous permettra trois choses : (1) accélérer le développement commercial, (2) le développement technique, (3) et agrémenter notre catalogue média de nouveaux partenaires.

Vous pouvez d’ores-et-déjà vous balader sur notre site web ou sur notre application mobile, nous dire ce que vous en pensez, et pourquoi pas vous abonner !

 

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De gauche à droite : Ezechiel Kahn, Aloïs Bazin de Jessey et Walid Ghanem

 

Pressmium, la presse en illimité sur une seule plateforme.