Ida Tucker, jeune talent L’Oréal-UNESCO

Date:
Mis à jour le 09/10/2020
Ida Tucker, doctorante en cryptographie à l’École normale supérieure de Lyon et à l’université de Bordeaux, fait partie des 35 lauréates 2020 du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science. Encadrée au sein de deux équipes-projets Inria, LFANT (Centre Inria Bordeaux - Sud-Ouest) et ARIC (Centre Inria Grenoble Rhône-Alpes), nous revenons sur son parcours.
Portrait Ida Tucker
©Fondation L’Oréal

La Fondation L’Oréal, aux côtés de l’UNESCO, soutient chaque année de jeunes chercheuses dans le monde au travers du Prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science. En France, plus de 250 jeunes femmes ont à ce jour bénéficié de ce prix. En 2020, 20 doctorantes et 15 postdoctorantes sont distinguées par les membres du jury de sélection de l’Académie des sciences

Parmi les lauréates, la doctorante bordelaise Ida Tucker est récompensée ce jeudi 1er octobre lors d’une cérémonie à distance. Du fait de la crise sanitaire, celle en présentiel a été décalée à l’an prochain avec la promotion 2021. La jeune chercheuse recevra une bourse de 15 000 € et bénéficiera d’une formation au leadership.

Décryptage d’une jeune scientifique

Ida Tucker est en 3e année de doctorat en cryptographie qu’elle réalise entre Lyon et Bordeaux, au sein du Laboratoire de l’informatique du parallélisme* et de l’Institut de mathématiques de Bordeaux**. La doctorante conçoit des systèmes cryptographiques avancés à la fois versatiles et efficaces, c’est-à-dire alliant sophistication et sécurité des systèmes. 

Elle travaille notamment sur le chiffrement fonctionnel, qui permet un accès mesuré à l’information. « À partir d’une même base de données chiffrées, on peut donner différents privilèges à différents utilisateurs, au travers de clés secrètes dites fonctionnelles », précise Ida Tucker. Les utilisateurs peuvent ainsi déchiffrer uniquement les informations auxquelles la clé donne accès. « C’est très utile pour les hôpitaux dans le cadre d’études cliniques qui souhaitent partager certaines informations sur leurs patients, tout en en gardant d’autres confidentielles. »

La jeune femme travaille également sur les signatures distribuées. « Dans ce cas, la clé secrète est partagée entre différents périphériques ou utilisateurs, qui doivent collaborer pour faire une opération sensible. Cela rend le vol de la clé bien plus difficile pour un hacker. » Cette technique est notamment utilisée dans la protection de cryptomonnaies.

« Je trouve cela frustrant d’entendre surtout parler de Marie Curie quand il s’agit de femmes en science : c’est une femme incroyable, mais difficile à atteindre comme modèle ! »

Née à Manchester au Royaume-Uni, c’est à Helette, un village du Pays Basque français, qu’elle grandit. Baccalauréat en poche, elle quitte son village d’enfance pour l’université de Bordeaux, puis l’École normale supérieure de Lyon. L’intérêt d’une carrière en recherche scientifique s’exprime tard dans le parcours académique de l’étudiante. C’est en master lors d’un stage dans un laboratoire de recherche à Montpellier qu’elle se découvre une réelle passion pour la recherche en cryptographie. « Cette discipline offre un parfait équilibre entre mathématiques et informatique, s’enthousiasme la jeune chercheuse. Il y a aussi un aspect très appliqué qui me plaît particulièrement. »

Ida Tucker se dit très flattée de recevoir ce prix qui va lui permettre de financer ses recherches et de travailler avec d’autres scientifiques à l’étranger. Il fait aussi gage de soutien pour son statut de femme en science et l’encourage à témoigner de son parcours auprès de jeunes filles.

Encourager les filles à étudier les sciences

En tant qu’ambassadrice « jeunes talents L’Oréal-UNESCO », elle souhaite montrer que tous les domaines scientifiques leurs sont accessibles, cryptographie inclue. « D’ailleurs, les premières personnes qui programmaient avec des ordinateurs étaient surtout des femmes ! »

La doctorante soutiendra sa thèse en octobre 2020 et rejoindra l’IMDEA software institute à Madrid pour y réaliser un postdoctorat de deux ans. À terme, elle vise un poste d’enseignante-chercheuse, avec toujours la même volonté de pouvoir y transmettre sa passion pour les sciences.

*Thèse codirigée par Fabien Laguillaumie au Laboratoire de l’informatique du parallélisme – LIP (CNRS, École Normale Supérieure de Lyon, Inria et université Claude Bernard Lyon 1), membre de l'équipe-projet ARIC **Thèse co-dirigée par Guilhem Castagnos à l'Institut de mathématiques de Bordeaux– IMB (CNRS , Bordeaux INP, Inria et université de Bordeaux), membre de l'équipe-projet LFANT

Propos recueillis et mis en forme par Hélène Katz du service communication de l'Université de Bordeaux