Intelligence artificielle

ORIGINS : ancrer l’intelligence artificielle dans les origines des comportements humains

Date:
Mis à jour le 13/04/2021
Inria valorise celles et ceux qui inventent de nouveaux défis, c’est pourquoi depuis 2019, un dispositif dédié a été mis en place : les actions exploratoires. Imaginez, par exemple, chercher dans les théories de l’évolution du comportement humain des principes originaux qui pourraient être intégrés dans des algorithmes d’intelligence artificielle… tel est le défi de Clément Moulin-Frier et Eleni Nisioti, membres de l’équipe-projet Flowers. Regardons ensemble les débuts de ce projet prometteur, appelé ORIGINS.
paysage de savane avec des robots
©Images Pixabay_DJSuderman_D1TheOne /Montage L.Chevillot

Une action exploratoire

Clément Moulin-Frier, chercheur au sein de l’équipe-projet Flowers depuis 2019 obtient en 2020 un soutien de l’Institut grâce au dispositif « Actions exploratoires ». Cette action vise à renforcer les moyens en faveur de la prise de risque scientifique, dans le but de contribuer à la vitalité de nos recherches, en favorisant aussi bien le renouvellement de nos thèmes de recherche que l’émergence de nouveaux sujets. Clément, avec sa proposition, se positionne comme challenger dans un domaine pourtant déjà très étudié : l’intelligence artificielle (IA). Pour l’aider dans le défi qu’il s’est lancé, il va être accompagné de Eleni Nisioti, postdoctorante dans l’équipe, dont l’arrivée a été rendue possible avec l’obtention de l’action exploratoire.

Un recrutement au profil interdisciplinaire atypique …

Le recrutement commence en juillet 2020, le profil recherché est interdisciplinaire, à la croisée de thèmes qui ont peu l’habitude de se rencontrer, aussi, trouver un tel profil avec des connaissances sur l’intégralité des sujets est déjà un défi en soi ! Finalement, les candidatures révèlent des personnes avec des fondamentaux sur de nombreux domaines souhaités et totalement pertinents pour le projet et contre toute attente, le plus dur à cet instant du recrutement est de sélectionner parmi les potentialités que chacun peut apporter. C’est finalement Eleni Nisioti, qui termine sa thèse au Royaume-Uni, à l’université d’Essex, qui rejoint l’équipe Flowers sur ce projet. Son arrivée, ce 1er novembre 2020, dans un contexte des plus particuliers, puisqu'au lendemain d’un nouveau confinement national lié à une pandémie internationale, ne met pas à mal son enthousiasme quant à son implication dans ce projet innovant.

Pour une recherche transversale atypique au confluent de l’IA et l’écologie comportementale humaine !

 À bien des égards on le voit, cette recherche sort des sentiers battus. Clément et Eleni ont pour mission de déterminer si l’acquisition de comportements complexes par des systèmes d’IA peut être améliorée par la modélisation de conditions écologiques ayant pu jouer un rôle dans l’évolution humaine.

Aujourd’hui en intelligence artificielle, le focus se fait presque exclusivement sur la proposition d’algorithmes permettant à des machines d’apprendre comment résoudre certaines tâches par l’expérience. Or, dans le monde du vivant et en particulier dans l’espèce humaine, l’acquisition de comportements complexes (par exemple l’utilisation d’outils ou le langage) a été fortement guidée par la dynamique de l’environnement dans lequel nous avons évolué. Il existe en fait tout un domaine de recherche, appelé Écologie du comportement humain, qui cherche à comprendre comment les comportements qui nous semblent caractériser l’espèce humaine peuvent être considérés comme des réponses adaptatives à des changements majeurs de notre environnement au cours de notre évolution. Toutefois, pour chacun de ces comportements, il existe généralement plusieurs théories, complémentaires ou contradictoires, sur les conditions écologiques ayant pu faciliter leur émergence.

Tout l’enjeu de ce projet va être de se plonger dans le vaste champ de recherche de l’Écologie du comportement humain pour en extraire des principes forts qui pourront permettre la conception de nouveaux algorithmes d’intelligence artificielle, en leur intégrant des processus ayant pu guider l’émergence de capacités cognitives complexes au cours de l’évolution humaine, nous explique Clément.

Ainsi, l’action exploratoire « ORIGINS – Ancrer l’intelligence artificielle dans les origines des comportements humains » va permettre de créer des interactions nouvelles entre deux domaines de recherche qui ont peu l’habitude de communiquer. L’écologie du comportement humain a bien sûr déjà pu bénéficier des recherches en informatique (modélisation, simulation, etc.) mais intégrer cette discipline comme un élément central de l’intelligence artificielle est totalement nouveau. L’objectif à long terme, c’est donc de concevoir l’IA comme une discipline profondément ancrée dans nos connaissances de l’histoire évolutive humaine.

Un programme qui rappelle que l’humain est bien au cœur d’une intelligence dite artificielle !

Portrait de Clément Moulin-Frier

Portrait de Clément Moulin-Frier

Clément Moulin-Frier a obtenu son doctorat en Ingénierie de la Cognition, de l'Interaction, de l'Apprentissage et de la Création à l'université de Grenoble en 2011. Ses recherches s’intéressent principalement à l’émergence de comportement sociaux dans des populations d’agents biologiques ou artificiels, dans une approche centrée sur la modélisation et la simulation informatique. En 2009, il a été chercheur invité dans le laboratoire de Michael Arbib à l'université de Californie du Sud à Los Angeles.

Après un passage par le Collège de France à Paris, où il a travaillé sur le contrôle optimal probabiliste pour les robots bipèdes, il a ensuite mené ses recherches entre 2011 et 2014 dans l'équipe Flowers du centre de recherche Inria Bordeaux – Sud-Ouest dans le domaine de la robotique développementale. Puis, de 2015 à 2017, il a rejoint le laboratoire SPECS à Barcelone (Synthetic, Perceptive, Emotive and Cognitive Systems laboratory), au sein duquel il a participé à de grands projets européens de robotique sociale tels que WYSIWYD et SocSMCs.

De 2017 à 2019, il a été chercheur pour l’entreprise américaine de recherche en intelligence artificielle Cogitai (devenue depuis Sony AI America). Enfin, depuis octobre 2019, il a réintégré l’équipe Flowers, cette fois en tant que chargé de recherche permanent.

Portrait d'Eleni Nisioti

Portrait d'Eleni Nisioti

Eleni Nisioti est originaire de Grèce où elle a passé son diplôme en génie électrique et informatique à l’université d’Aristote de Thessalonique, où elle a particulièrement travaillé sur l’apprentissage automatique. Elle a poursuivi dans le monde de la recherche au sein de l’université d’Essex au Royaume-Uni avec un doctorat, fraichement obtenu, sur l’application de l’apprentissage par renfoncement dans les réseaux de communication.  Depuis ce premier novembre elle est membre de l’équipe Flowers comme postdoctorante et ce pour deux ans.