Le "N" d’Inria a 40 ans !

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Mis à jour le 02/03/2020
Il y a 40 ans, l’intégration de la lettre "N" a transformé le nom de l’IRIA et marqué l’histoire de l’institut. Une transformation qui a contribué à faire d’Inria un acteur national majeur de la recherche. Petit retour sur ce moment historique.

Comité de direction
© Inria - Le Comité de direction se réunit chaque semaine pour délibérer en commun des diverses décisions à prendre concernant l'un ou l'autre des services opérationnels de l'IRIA. De gauche à droite : Alain Rodé (secrétaire scientifique), Christian Borne

 

Au départ, elles n’étaient que quatre. Les lettres IRIA, formant l’acronyme de l’institut de recherche en informatique et automatique, sont apparues pour la première fois en 1967 dans le cadre du plan Calcul. L’État souhaite alors se doter d’un organisme de recherche chargé de développer des technologies de pointe et soutenir l’autonomie de la France dans le secteur de l’informatique.

Quelques repères sur le plan Calcul

Dans les années 1960, l’effondrement en bourse du constructeur français d’informatique Bull mène à son rachat par l’entreprise américaine General Electric. Constatant les difficultés de l’industrie électronique française sur le plan international, le gouvernement du général de Gaulle décide de soutenir son industrie en lançant le plan Calcul d’une durée de cinq ans. Il est marqué par la fusion de plusieurs sociétés créant la Compagnie internationale pour l’informatique (CII). Ce champion français bénéficie par la suite du soutien des recherches menées par l’IRIA. Ensemble, ils aboutiront à la production de plusieurs ordinateurs et prototypes jusqu’au terme du deuxième plan calcul en 1975.

L’IRIA recrute alors de nombreux mathématiciens et informaticiens et s’appuie sur deux structures : le Sesori[1] et le Laboria[2]. Les prémices de la marque de fabrique du futur Inria apparaissent progressivement avec une volonté forte de tisser des liens avec l’industrie et de s’engager sur des projets risqués et ambitieux.

Premières années de croissance

Les années soixante-dix sont partagées entre mûrissements de projets et occasions perdues. Les rigidités et le manque de moyens ralentissent la progression des projets. Néanmoins, ces derniers prolifèrent à l’image du programme Spartacus[3] visant à développer un dispositif pour l’autonomie des personnes tétraplégiques mais qui aboutira finalement à un robot innovant à destination de l’industrie. La réputation d’IRIA franchit également les frontières notamment grâce aux innovations issues du projet Cyclades. Les chercheurs de ce dernier inventent le transfert de données par commutation de paquets, un des principes précurseurs d’Internet.

Arrive une année charnière : 1979. À l’époque, l’IRIA est menacé par son éventuelle délocalisation à Sophia Antipolis ou une fusion avec l'IRISA de Rennes. L’institut est finalement maintenu à Rocquencourt grâce à la détermination de son directeur de l’époque, Jacques-Louis Lions. La même année, IRIA gagne sa lettre de noblesse et rajoute un « N » à son acronyme qui fait de lui un institut national. De ce moment historique ont découlé par la suite 40 années de recherches, d’innovations, de partenariats et d’engagements pour les sciences du numérique.

Quelques mots sur Jacques-Louis Lions

Jacques-Louis Lions
© Inria

Jacques-Louis Lions est un mathématicien normalien de renommée mondiale spécialiste de la théorie des équations aux dérivées partielles. Il rejoint l’IRIA à sa création et se voit confier en 1973 la direction du Laboria. Grand défenseur des mathématiques appliquées, il fait entrer la discipline dans l’institut. Il accompagne la création des centres régionaux à Sophia-Antipolis, Rennes et Grenoble puis devient président de l’IRIA en 1980. Au cours de sa carrière, il insiste sur l’importance de relations fortes entre la recherche et l’industrie. Il quitte finalement ses fonctions en 1984 pour rejoindre le CNES. Titulaire du prix John Von Neumann en 1986, il a présidé par la suite l'Académie des sciences en 1997-1998.


[1]Service de synthèse et d'orientation de la recherche en informatique

[2]Laboratoire de recherche en informatique et automatique

[3]Mené en commun avec l'Inserm, le CNRS et le CEA.