Partenariats industriels

Inria engagé dans le réseau Carnot : pour une recherche partenariale d’excellence

Date:
Mis à jour le 19/10/2022
Labellisé Carnot depuis 2011, Inria s’engage dans une politique partenariale d’excellence. L’institut adapte volontairement ses dispositifs pour les faire correspondre aux besoins des entreprises : équipes-projets communes ou encore défis communs. Avec en ligne de mire un objectif : travailler en étroite relation avec les industriels français. Entretien avec François Cuny, directeur général délégué à l'innovation d’Inria.
François Cuny parle au micro
© Inria / Photo B. Fourrier

Qu'est-ce que le label Carnot et qu'apporte-t-il à l’institut ?

Le label Carnot est un label d'excellence, porté par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, qui reconnaît l'activité de transfert des organismes publics de recherche français, en partenariat avec le monde industriel, et appuie sa grande qualité. À ce titre, ce label apporte en premier lieu une reconnaissance de l'excellence du travail d’Inria, à l'interface entre la recherche et le monde industriel : la recherche partenariale.

Ce label nous permet également de faire partie du réseau des 39 instituts labellisés Carnot, une dynamique collective d'échanges et de bonnes pratiques.

Quels sont les engagements d’Inria en tant qu’institut Carnot ?

Le label Carnot reconnait les mécaniques liées à l'excellence, en particulier la démarche qualité dans la relation avec le monde industriel. À travers ce label, Inria s'engage à maintenir un processus d'amélioration continue de sa démarche qualité.

En tant qu’institut Carnot, nous nous engageons à fournir une réponse à toutes les demandes qui nous sont adressées par le monde industriel. Il s'agit, donc, d'abord d’être en capacité de traiter ces demandes, c’est-à-dire de les analyser pour savoir si elles entrent dans le champ de compétences de l’institut, puis de revenir vers le demandeur avec une réponse adaptée allant d’une réorientation vers d’autres acteurs à la réalisation d’actions répondant à la demande et donnant généralement lieu à une démarche de contractualisation.

Les instituts Carnot disposent d’une « Charte des bonnes pratiques de Propriété Intellectuelle et de Transfert des Connaissances et de Technologies des instituts Carnot », que nous respectons dans nos relations avec les partenaires industriels.

Nous sommes également engagés à participer au fonctionnement du réseau, en interaction avec les autres Carnot, pour une offre structurée à destination des entreprises. Cela passe par des échanges, des bonnes pratiques, des partenariats…

Quelles actions concrètes ont été développées grâce au réseau Carnot ?

L'objectif principal des instituts Carnot est de développer les relations industrielles et d’accroître leur qualité. Cet objectif est au cœur de la stratégie d’Inria et de son Contrat d’Objectifs et de Performance depuis 2019, et nous y sommes naturellement engagés par ce label. Carnot, au travers de son apport financier, nous permet de conforter notre action notamment de par notre dynamique qualité. Ces dernières années, nous avons beaucoup travaillé sur les processus de contractualisation avec les industriels, du premier contact à la signature d’un accord-cadre, à travers les partenariats stratégiques déclinés dans ces objets individuels que sont les équipes projets communes, les défis communs...

Concrètement, nous avons pu financer plus de personnel pour interagir avec le monde industriel, et notamment des responsables de domaines d'innovation stratégique sur de nouveaux thèmes tels que l’agriculture ou l’énergie et l’environnement. Nous avons ainsi élargi notre champ de dynamique partenariale.

Par ailleurs, nous menons des projets un peu plus spécifiques liés à Carnot. C'est ce qu'on appelle des projets interCarnot, qui associent plusieurs instituts Carnot, et qui nous permettent de proposer des actions communes vis-à-vis du monde industriel. Je peux citer nos partenariats avec ISIFoR (regroupement de 11 laboratoires de recherche publique dédié aux enjeux énergétiques et environnementaux du sous-sol dans le Grand Sud-Ouest), Star (consortium de 9 unités de recherche, à l’interface du sport, de la santé et du bien-être), et avec le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières).

Quelle est l'ambition d'Inria à travers sa politique de partenariats stratégiques avec les industriels ?

Il s’agit de la mise en œuvre pure et simple de ce que nous avons écrit dans le contrat d'objectifs et de performance d’Inria en 2019. Nous voulons renforcer les liens avec le tissu économique français, au moyen d’une stratégie très claire : plus d'interaction, et des interactions plus fortes.

C'est un changement significatif par rapport au passé : nous ne mettons pas d'intensité sur les partenariats industriels avec les géants de la tech, car cela n’aura pas d’impact économique en France et en Europe. De plus, ils n'ont pas besoin de nous. Et pourtant, ce sont les partenariats les plus faciles, les plus attractifs, et les plus rémunérateurs. Évidemment, on n'interdit pas ces partenariats, mais nous préférons concentrer notre énergie sur le paysage industriel français.

Quand Inria entame le dialogue avec un industriel avec qui les champs d’interactions sont prometteurs, nous travaillons pour monter un partenariat stratégique. Jusqu'à présent, la plupart des partenariats étaient plutôt ponctuels, souvent construits sur des interactions de proximité. À présent, nous engageons la discussion au plus haut niveau possible, pour établir si nous avons un alignement de stratégie sur du moyen et long terme. Cela peut se décliner dans beaucoup d'objets, notamment en utilisant les dispositifs de l’institut : des équipes-projets communes, des défis communs…

Mais, il y a aussi d’autres modalités d’actions pour agir avec le monde industriel, en particulier autour du transfert de compétences :

  • Une première modalité porte sur l’accompagnement des entreprises pour monter en compétences sur nos sujets : nous proposons des formations destinées à leurs collaborateurs. Inria Academy est un objet dédié à la formation continue sur les technologies numériques qui ont été développées en particulier dans le monde public. L'idée directrice est que ces formations servent le tissu économique industriel français et permettent de diffuser ces technologies et les compétences qu’elles emportent.
  • Une seconde modalité est en cours de finalisation à travers une plate-forme RH que nous mettons en place, afin de mettre en visibilité les opportunités d’emplois dans l’industrie française à destination des plus de 800 scientifiques qui sortent chaque année d’Inria, après avoir travaillé plusieurs années en thèse, en postdoc ou sur des contrats d’ingénieurs.

Notre dynamique de partenariats est également européenne et internationale. Nous avons en particulier des International Labs à plusieurs endroits dans le monde par exemple en Europe, en Inde, au Chili ou en Afrique. Si nos partenaires industriels voient un intérêt à une collaboration dans ces territoires, nous sommes en capacité de la mettre en œuvre.

Pour résumer, notre stratégie vis-à-vis des partenariats industriels s’oriente vers des partenaires ciblés, principalement français, qui couvrent tout le périmètre de ce que l'on sait faire dans un institut de recherche et qui sont ouverts à d’autres modalités susceptibles de favoriser l’impact économique de nos actions.

À l’avenir, nous souhaitons étendre nos partenariats vers les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI). Pour une petite entreprise, se projeter sur quatre ou cinq ans, dégager en ressources l'équivalent de plusieurs personnes à temps plein, consacrer plusieurs centaines, voire parfois plusieurs millions d'euros à un partenariat, c'est parfois décalé par rapport à la réalité. Nous voulons imaginer des objets un peu différents ou adaptés, pour nos partenariats stratégiques avec des PME. Je suis assez fier, car nous avons déjà signé des partenariats stratégiques avec des ETI comme OVH et Berger-Levrault, et même avec la startup Hive. Nous allons déployer d’autres objets avec les PME et ETI, en s’appuyant notamment sur la dynamique des Inria Innovation Labs.

Quels sont les intérêts pour les industriels de développer des partenariats avec Inria ?

En 2011, Marc Andreessen a déclaré : « le logiciel dévore le monde ». Le logiciel transforme et bouleverse tous les pans, notamment économiques, de la société, il apporte des changements structurels dans les modes de fonctionnement, on l’a vu avec Airbnb pour les hôtels, Uber pour les transports, et la liste ne cesse de s’allonger.

Dans l'industrie la plus traditionnelle comme dans la plus moderne, le changement est en cours et ne va pas s’arrêter. Nous avons la conviction que les industriels qui ne se poseront pas la question de cette transformation vont être en grande difficulté. Parce que le reste du monde, lui, va s'adapter. Chez Inria, nous avons des experts mondiaux dans leurs domaines, qui peuvent accompagner ces réflexions. Ainsi, lorsque des industriels anticipent leur transformation et prennent en compte l'impact du numérique sur leur évolution, ils peuvent projeter des difficultés scientifiques, pour lesquelles ils ont de l’intérêt à travailler avec Inria.

En tant qu'organisme national du numérique, nous pouvons aussi être une interface avec la société civile et la puissance publique. Cela peut être utile au monde industriel pour faire le lien entre ses offres, la projection qu’il en fait dans le futur et les besoins exprimés par la société ou la puissance publique.

Pour le monde industriel, Inria est un vivier potentiel de connaissances, de compétences et une porte vers les scientifiques du monde entier avec qui les chercheurs d’Inria collaborent naturellement.

Quels sont les partenariats clés d’Inria?

Depuis 2019, Inria a signé 14 partenariats stratégiques avec des industriels (Naval Group, Interdigital, ATOS, Ariane Group, Berger-Levrault, OVH, La Poste, Orange, Criteo, Valeo, 3DS, EDF, Framatome, Hive). Ces partenariats ont déjà donné lieu à la création de 7 équipes projets communes et de 1 défi commun alors qu’il n’y avait aucune structure de ce type commune avec le monde industriel avant 2019.

Nos partenaires Carnot prennent la parole

Nous sommes heureux de collaborer avec Inria afin de poursuivre nos investissements dans la recherche de nouveaux moyens de production d’une énergie fiable et bas carbone. Les diverses voies d’innovation d’Inria encouragent l’excellence scientifique, numérique et technique, ce qui en fait un partenaire privilégié au moment où nous développons des solutions numériques pour l’avenir.

Alexis Marincic, Vice-président exécutif Engineering & Design Authority, Framatome | Le 16 juin 2022, à l’occasion de la signature du partenariat avec Inria

Le renouvellement de notre partenariat avec cet institut national de recherche de premier plan s’inscrit dans une collaboration bien établie, de confiance, sur le long terme.

Bernard Salha, Directeur de la R&D d’EDF | Le 16 juin 2022, à l’occasion de la signature du renouvellement de partenariat avec Inria

La virtualisation de nos sociétés requiert de nouveaux fondamentaux scientifiques et technologiques pour apporter aux individus les meilleures expériences et le plus haut niveau de confiance. Dans ce contexte, l’Europe et la France disposent de capacités de recherche et des technologies hors pair : on le voit dans le leadership d’Inria et de Dassault Systèmes ainsi que dans celui de startups innovantes dans leurs domaines. De nouveaux écosystèmes naissent pour relever ces défis, réunissant les acteurs publics et privés au service de tous.

Bernard Charlès, Vice-président du Conseil d’administration et Directeur Général, Dassault Systèmes | Le 3 février 2022, à l’occasion de la signature du partenariat avec Inria