Environnement

L'IA au service de la préservation des espèces de poissons côtières

Date:
Mis à jour le 02/01/2024
En ce 8 juin, journée mondiale des océans, Benjamin Bourel, de l'équipe Zenith, à l'antenne Inria de l'Université de Montpellier, nous présente ses travaux de recherche sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour modéliser l’impact du climat, de l’environnement et des activités humaines sur la distribution des espèces de poissons côtières. Interview.
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Par Diego Delso, CC BY-SA 4.0 - Wikipedia

On célèbre aujourd'hui la journée de l'océan, qu'est-ce que ça évoque pour vous ?

Les océans sont importants pour notre planète, mais aussi pour les populations humaines (pêche, tourisme, etc.).

En tant qu'animal terrestre, l'Homme peut constater au quotidien la dégradation des environnements émergés ; cependant, ce n’est pas le cas pour les environnements immergés. Il lui reste donc difficile de prendre conscience de l’évolution de la dégradation des environnements marins liés à l’activité humaine (la pollution, la surpêche, le changement climatique, etc.).

Cette journée est pour moi une occasion de permettre au grand public de mieux appréhender l’impact des activités humaines sur l’océan.

De mon point de vue, l’objectif final de ces journées de l’océan est la sensibilisation des citoyens à ces problématiques afin qu’ils poussent les politiques à agir davantage.  

Concrètement, quelles applications pratiques découlent de vos recherches ?

Dans le cadre du projet FISH-PREDICT du challenge IA-Biodiv, mes travaux portent sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour modéliser l’impact du climat, de l’environnement et des activités humaines sur la distribution des espèces de poissons côtières.

Ce sont des travaux qui ont pour but d’aider à mieux gérer les zones de pêches, à estimer l’intérêt de mesures de protections de l’environnement marin ou encore à prédire l’impact de nouveaux aménagements urbains le long des littoraux.

Bien évidemment, ces travaux permettent aussi de mieux anticiper l’impact du changement climatique sur les différentes espèces de poissons afin d’anticiper et de limiter leur déclin.

Comment avez-vous choisi cette thématique ?

À l’origine, je m’intéressais beaucoup à la reconstruction et la compréhension de l'évolution des formes de vie sur Terre.

Je suis alors devenu paléontologue spécialisé dans la reconstruction des paléoenvironnements. J’ai développé différentes approches basées sur l’intelligence artificielle afin de reconstituer l’évolution du climat et des environnements au cours du temps, ceci afin de comprendre leurs impacts sur l’évolution et le déplacement de différentes espèces.

Comprendre ces phénomènes dans le passé permet plusieurs choses, mais pour moi cela a surtout été l’occasion de voir comment cette compréhension de l’impact des changements climatiques et environnementaux sur les espèces dans le passé pouvait contribuer à mieux comprendre les menaces actuelles et futures pesant sur la biodiversité. J’ai donc commencé à travailler sur ces problématiques à l’aide de l’intelligence artificielle, ce qui m’a amené à réaliser actuellement un postdoctorat dans le cadre du projet FISH-PREDICT.    

Et demain, comment voyez-vous les évolutions de votre domaine de recherche ?

C’est une question difficile.

Tout d’abord, je pense que les prochaines années vont être marquées par de grandes avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle comme le laissent présumer les récents succès de ChatGPT. Cela devrait se traduire par une amélioration significative de nos modèles de distribution d’espèces et ainsi favoriser leur utilisation.

Ensuite, je pense qu’il va y avoir une évolution dans la façon d’aborder ces travaux sur les modèles de distribution d’espèces. Pour schématiser, actuellement il y a deux types de profils qui travaillent sur ce domaine. D’abord des chercheurs en informatique qui développent des modèles performants et complexes. Ensuite, il y a les chercheurs en écologie qui n’ont pas les compétences pour d’utiliser des modèles aussi performants et aussi complexes, mais qui arrivent quand même à obtenir des résultats équivalents de par une meilleure compréhension et gestion des données environnementales et taxonomiques à envoyer aux modèles.

Même si ce domaine présente déjà de l’interdisciplinarité, je pense qu’il va évoluer pour devenir encore plus interdisciplinaire avec des chercheurs qui auront de plus en plus une double spécialité en informatique et en écologie.

Benjamin Bourel

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Postdoctorant