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Culture numérique

Françoise Breton - Technoscope - 9/09/2013

L'ISN : de l’implication et de l’huile de coude !

Un groupe d'adolescents assiste à une présentation © Inria

Les enseignants, tous volontaires pour prendre en charge la nouvelle spécialité ISN, sont nécessairement investis et enthousiastes pour la nouvelle discipline. Un aspect sans aucun doute important dans la satisfaction éprouvée par les élèves de cette première année d’ISN. Mais de leur côté, comment ont-ils géré au quotidien cette première année de cours ? Quel bilan en font-ils ? Témoignage de trois pionniers.

Un réseau d'entraide

« Il était plus que temps que l’informatique soit enseignée au lycée !  » s’exclame Ghislaine Mesnil , professeur de maths au lycée Raymond Queneau à Yvetot qui, dès la réforme passée, est descendue chez le proviseur pour faire valoir sa formation d’ingénieur en informatique. « L’académie de Rouen nous a proposé une formation très universitaire qui, bien que peu orientée vers la pratique, nous a remis à niveau. » De son côté, Élisabeth Blond , enseignante de mathématiques au lycée Rabelais à Meudon, souligne l’importance de l’investissement personnel que recouvre la décision de prendre en charge l’enseignement de cette nouvelle discipline. « La formation proposée par l’académie de Versailles est lourde, même si elle correspond à un réel besoin, car nous n’avons pas de décharge de cours. Du coup, des collègues ont abandonné en cours de route...  »

La formation finie, il faut ensuite encore beaucoup de motivation pour mettre les cours et les TD en forme. Pour cela les professeurs se sont appuyés sur les centres documentaires destinés à les aider (SIL:O ! réalisé par Inria et le CNDP, Site du zéro, France IOI, etc.) et sur les réseaux permettant aux professeurs de communiquer entre eux et avec les chercheurs et professeurs d’université. « Les contacts avec les chercheurs Inria étaient essentiels car nous devions réaliser de petits robots très simples, explique Abdelkrim Djebali qui a demandé à ses élèves de réaliser un programme commandant un dispositif extérieur (capteurs, etc.) Ils ont pu nous fournir des panels de possibilités. Ils nous apportent une aide précieuse car ils donnent toujours des réponses très concrètes à nos idées et à nos questions.  »

Travail en binôme

Les professeurs ont aussi travaillé à plusieurs pour mieux répondre aux besoins de l’enseignement, au nombre trop important d’élèves pour les manipulations pratiques ou pour réduire les temps de préparation. « J’ai travaillé avec une collègue professeur de physique , explique Ghislaine Mesnil. Nous nous sommes réparti les cours en fonction de nos domaines de compétences : moi pour la robotique, internet et le web, et ma collègue sur le hardware, la structure de l’ordinateur, les réseaux. On enseigne à tour de rôle et l’autre aide dans la classe. » De son côté, Abdelkrim Djebali a accueilli 18 élèves dans sa classe : « Quand on commence la programmation on est vite bloqué. Le temps de donner des explications à un groupe, les autres n’avancent pas et une partie des élèves décrochent. » En accord avec le proviseur, il a pu travailler avec un autre enseignant d’ISN, Gérard Clignez, ce qui leur a permis d’être très présents pour assister les élèves dans leur travail. « De plus, la conjugaison de sa compétence en langage Python et de la mienne en électronique a été très stimulante et nous a permis d’obtenir de très bons résultats. »

Seule enseignante ISN dans son lycée, Elisabeth Blond a travaillé en binôme avec une collègue électronicienne d’un autre établissement, rencontrée lors de la formation, pour alléger le travail de préparation des cours : « L’une fait le diaporama, l’autre la documentation à destination des élèves. C’est très enrichissant pour les élèves car ils voient deux manières de poser les questions, mais aussi pour moi, souligne l’enseignante. Je n’ai pas l’habitude de travailler avec des collègues d’autres disciplines. Ne pas avoir la même culture de base permet de pointer des choses qui sont simples de mon point de vue mais ne sont pas évidentes pour tout le monde ! »

Et le programme ?

« Il est impossible de tout faire ! » C’est le constat sur lequel s’entendent les trois enseignants. « On a surtout utilisé le livre pour se rendre compte des attentes, du niveau d’exigence et du style de progression logique. » explique Abdelkrim Djebali. « Il faudrait enlever un bon quart du programme, affirme pour sa part Ghislaine Mesnil. En accord avec l’inspecteur, nous avons identifié les chapitres incontournables (numération, algorithmique, image, son, etc.) et des chapitres à la carte (robotique, serveurs…) qui peuvent être choisis en fonction du projet de fin d’année par exemple. Nous allons aussi tester un enseignement sur trois heures, deux semaines sur trois, afin de pouvoir conjuguer une heure de théorie et deux heures de pratique. »

L’aspect chronophage de la programmation a fait aussi surgir une difficulté imprévue : « Un de mes problèmes a été de savoir comment les empêcher de travailler trop au détriment des maths qui ont un plus gros coefficient au bac, explique Elisabeth Blond. Je fonctionne maintenant sur clé USB. Je les ramasse en fin de cours afin qu’ils ne puissent pas travailler chez eux ! »

Mots-clés : Lycée Enseignement informatique et sciences du numérique ISN Enseignants

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