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Prix Inria 2013

Pascale Vicat-Blanc : Prix Inria – Académie des sciences – Dassault Systèmes de l'innovation 2013

Pascale Vicat-Blanc

Fondatrice de l’entreprise Lyatiss, Pascale Vicat-Blanc vient de recevoir le prix de l'innovation lnria - Académie des sciences - Dassault Systèmes. Elle voit dans cette distinction personnelle, une reconnaissance pour son équipe et sa société – et un intérêt pour les jeunes femmes qui pourraient s'en inspirer. Consciente d'être une sorte de role model, elle milite pour le décloisonnement européen des mondes de la recherche, de l'entreprise et de l'investissement.

Trois rencontres fondamentales orienteront toute la carrière de Pascale Vicat-Blanc. La première a lieu très tôt : à l'âge de huit ans, elle découvre l'ordinateur. C'est une révélation. Elle déclare à qui veut l'entendre qu’elle sera chercheuse en informatique. Une vocation très inhabituelle, à cette époque (le PC n’existait pas encore), pour une petite fille. « Je voulais savoir comment ça marche : j'ai toujours été, et reste, extrêmement curieuse » se souvient-elle. Et de fait, elle se lance dans des études scientifiques. À l'Insa Lyon, lorsqu'elle déclare vouloir faire de l'informatique industrielle en temps réel, on lui fait remarquer qu'il n'y a pas de femme dans ces branches. Raison de plus... De par sa soif de comprendre en profondeur, elle s'intéresse d'abord aux aspects hardware et operating system. L'informatique la fascine justement par cette alliance entre l'abstraction des logiciels et des concepts, d'une part, et le support matériel de leur mise en œuvre d'autre part.

La magie des réseaux

Dûment diplômée et destinée à devenir ingénieur, Pascale Vicat-Blanc ne s'en satisfait pas. Toujours attirée par la recherche, elle se lance dans une thèse en robotique. « Les robots doivent communiquer entre eux et agir sur le monde, j'ai donc très vite travaillé sur les problèmes logiciels de synchronisation et de coopération » se souvient-elle. Cette problématique de la communication et des systèmes distribués restera une constante de son travail. C'est durant sa thèse qu'elle découvre Internet, alors émergent. Une deuxième rencontre déterminante pour elle. « Quand j'ai compris la puissance et la simplicité des protocoles et de l’architecture d'Internet, je me suis dit qu'il y avait un potentiel immense derrière ça ». La possibilité d'étendre “la machine” à des dimensions infinies », selon ses mots, la fascine. C'est maintenant décidé : chercheuse, elle travaillera sur les réseaux et les systèmes distribués. Maître de conférences durant une dizaine d'années à Centrale Lyon, elle décide ensuite de se consacrer exclusivement à la recherche et intègre Inria. Bientôt, elle dirige l'équipe Reso dédiée aux réseaux à très haut débit permettant la mise en commun des ressources informatiques et la résolution de grands problèmes. Reconnue comme experte du domaine, Pascale Vicat-Blanc coordonne plusieurs projets internationaux de clusters et grilles de calcul comme DataGRID, eToile, Grid5000 ou Hipernet, entre autres. Toujours une affaire de communication, entre machines ou avec des humains.

Elle travaille alors intensément avec le CERN, à Genève, qui met en place une grille de calcul mondiale pour exploiter ses données expérimentales. Visiblement, « il se passe quelque chose qui va dépasser Internet et le web », pressent-elle. Peu après, la firme américaine Amazon enfonce le clou en proposant Amazon Web Services (AWS). Cette fois ça y est : même si l'idée était en germe depuis plusieurs années, en particulier dans la communauté scientifique, le cloud computing émerge sur le devant de la scène. C'est la troisième rencontre clé pour Pascale Vicat-Blanc. « Le cloud était pour moi LA révolution qui allait changer la face de l'informatique » témoigne-t-elle. Dès 2005, l'équipe Reso se consacre à la virtualisation des réseaux dans le contexte du Cloud, cherchant à dépasser les limites d'Internet dont les protocoles ne sont pas adaptés à la nouvelle demande.

De Lyon à la Californie

En 2010, après plus de vingt ans de recherche dans des laboratoires publics, Pascale Vicat-Blanc saisit l'opportunité offerte par la « révolution du cloud » pour franchir le pas. Avec des doctorants et ingénieurs de l'équipe, elle fonde Lyatiss, une société commercialisant CloudWeaver. Héritier de certains travaux et des brevets de l'équipe, en particulier du logiciel Hipernet, CloudWeaver se présente comme un service en ligne permettant d'interconnecter à la demande des ressources informatiques disponibles dans le monde entier, de visualiser et de contrôler le réseau virtuel que l'on vient ainsi de se créer. Le tout avec une interface aussi intuitive et transparente que l'est aujourd'hui Internet. « Nous développons cette plateforme pour fournir le vrai potentiel du cloud aux utilisateurs » précise-t-elle, persuadée que la recherche ne doit pas seulement augmenter les connaissances humaines mais aussi contribuer au développement économique par l’innovation.

Devenue P-DG de Lyatiss SaS (France) et CEO de Lyatiss Inc. (États-Unis), elle ne fait pas les choses à moitié et part s'installer à Mountain View (Californie) en 2011. C'est le début d'une nouvelle vie pour celle qui pense que l’ « on ne naît pas chercheur, et on ne devrait pas rester indéfiniment chercheur. Aujourd'hui, je me présente comme créatrice d'entreprise. “Création” et “entreprise” sont des mots “clés” magnifiques, comme “prise de risque”, d'ailleurs » estime-t-elle.

Dominique Florack, directeur général adjoint de Dassault Systèmes, en charge de la recherche et du développement.

Pourquoi avoir choisi de distinguer Pascale Vicat-Blanc ?

Chez Dassault Systèmes, nous plaçons la Recherche et le Développement au cœur stratégique de la chaine de création de valeur. Le parcours de Mme Vicat Blanc est exemplaire car il démontre une continuité remarquable sur toute cette chaine : de l’excellence scientifique, avec plus de 20 ans de recherche de tout premier plan (CNRS, Ecole Normale Supérieure de Lyon, Université Claude Bernard-Lyon 1, Inria), de l’entrepreneuriat avec la création de la société Lyatiss, en passant par l’identification de la valeur pour le client et l’utilisateur final jusqu’à l’activité économique et une trajectoire commerciale. Ce parcours souligne que Recherche, Développement et Commercialisation ne peuvent s’envisager indépendamment et qu’un projet industriel est bien plus qu’un aboutissement d’une innovation amont mais au contraire constitue un champ fertile et vertueux. C’est pourquoi Dassault Systèmes conduit depuis sa création une politique extrêmement ambitieuse en Recherche et Développement, et encourage, dans le monde entier, des projets d’innovation porteurs de progrès tant scientifiques qu’économiques à l’instar de ceux  récompensés en France par le prix de l’Innovation Inria – Académie des Sciences – Dassault Systèmes.

Quelle est votre vision de l'évolution du cloud-computing ?

Pour moi, le cloud est beaucoup plus qu’une infrastructure ou un mécanisme de déploiement : le cloud, c’est un véritable mode de travail. C’est là que les consommateurs expriment leurs exigences, leurs idées et leurs opinions, c’est sur le cloud que l’éducation et l’innovation sont catalysées et que les idées prennent forme, c’est sur le cloud que des programmes d’ingénierie d’envergure se structurent, c’est enfin sur le cloud que des communautés scientifiques s’organisent et vivent au fur et à mesure des projets et des avancées. Nous pensons que le cloud est donc en train d’évoluer vers une étape nouvelle, bien au delà des couches techniques et permet désormais de connecter et fusionner de manière agile et vivante des informations intelligentes et des communautés, permettant ainsi des usages digitaux qui vont avoir une empreinte incroyable dans nos sociétés. La plateforme 3DEXPERIENCE que nous offrons dévoile et libère ce potentiel : le cloud donne aux personnes et aux industriels une vision holistique et unifiée de leurs activités, des écosystèmes pour créer de meilleures expériences à l’attention de l’ensemble des parties concernées. En quelques sortes, le cloud, grâce à ses qualités sociales, sémantiques, élastiques et médiatiques nous fait rentrer dans une ère d’Expérience Digitale Réaliste d’une nouvelle nature.

Mots-clés : Pascale Vicat-Blanc Prix Inria 2013

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