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Start-up - Therapixel

Patrick Philipon - Technoscope - 30/07/2013

Interview croisée d'Olivier Clatz et Pierre Fillard

Olivier Clatz et Pierre Fillard Olivier Clatz et Pierre Fillard

Therapixel, start-up issue d'Inria, propose un dispositif permettant de consulter données et images sans toucher ni un écran ni un clavier. Une solution très attendue par les chirurgiens qui ne peuvent se permettre le moindre contact en salle d'opération avec du matériel non-aseptisé. Les regards croisés de Pierre Fillard, directeur technique, et Olivier Clatz, président de la société.

Quels sont vos parcours personnels ?

P. Fillard :  Ingénieur généraliste de formation, je m'intéressais au traitement de l'image. En 2002-2003, j'ai passé un an à l'Université Chapel Hill (Caroline du Nord) où j'ai découvert l'imagerie médicale. J'ai fait une thèse au centre Inria Sophia Antipolis, un post-doc au CEA (Neurospin) et j’ai été recruté au centre Inria de Saclay en 2009.

O. Clatz : Également ingénieur généraliste, j'ai fait un master, une thèse (Inria et Harvard à Boston) et un post-doc, tous sur le traitement de l'image médicale. J'étais en thèse depuis deux ans dans l'équipe Asclepios lorsque Pierre y est arrivé. J'ai été embauché chez Inria (Sophia) en 2007.

Comment est venue l'idée de créer conjointement une start-up, et comment vous répartissez-vous les rôles ?

P. Fillard :  Nous en parlions dès la thèse. Je voulais pousser le développement technologique jusqu'au bout, faire que mes algorithmes soient utilisés ! C'est une sorte de défi aussi, une manière de redémarrer à zéro. Je ne l'aurais pas fait seul, toutefois : il y a une alchimie avec Olivier.

O. Clatz :  Aujourd'hui je m'occupe plutôt du business et de l'administratif. Les études de marché, la recherche de financement, la rencontre avec les utilisateurs, etc. prennent énormément de temps. Étant donné son extrême compétence, Pierre dirige l'équipe technique. Cela dit, je participe à toutes les réunions techniques, et la maîtrise de cet aspect est indispensable lors des relations avec les utilisateurs. 

Avez-vous été accompagnés dans cette démarche ?

O. Clatz :  Inria nous a octroyé un soutien inestimable en termes de liberté scientifique, de moyens humains et financiers et d'aide au transfert. Nous sommes suivis par l'incubateur Paca Est, à Sophia, qui nous accompagne dans nos démarches et nous a également apporté une enveloppe financière. Nous suivons aussi des formations à l'entrepreneuriat. Toutes ces structures ne donnent pas la recette du succès mais permettent d'éviter les pièges.

P. Fillard :  Nous avons participé au barcamp  organisé annuellement par IT-Translation, qui par ailleurs nous suit  depuis deux, trois ans. Comme l'indique Olivier, nous sommes passés par la formation Challenge Plus  d’HEC, qui nous a bien "ouvert les yeux". Nous allons suivre celle d'EM Lyon, réservée aux lauréats du concours (lire ci-contre).

D'où provient la technologie de Thérapixel ?

P. Fillard :  Il est vite apparu que notre première idée – une technologie d'imagerie cérébrale – n'aurait guère de marché. Nos interlocuteurs médecins nous ont cependant fait part d'autres préoccupations. L’accès aux images et données d'un patient pendant une opération chirurgicale est ressorti comme un point essentiel, avec les problèmes de stérilité que cela implique. Nous avons alors décidé de développer un système de contrôle de l'image sans contact.

O. Clatz :  La conjoncture s'y prêtait, avec l'émergence des technologies d'interprétation des gestes, tirées par les jeux vidéo : Microsoft a lancé son dispositif Kinect fin 2010. Cela dit, nous ne l'utilisons plus : la technologie des capteurs évolue très vite. Nous choisissons le meilleur et le proposons avec notre logiciel. Le reste (ordinateurs, écrans, etc.) dépend du parc du client.

Peut-on décrire rapidement votre produit ?

P. Fillard :  Nous avons développé la reconnaissance et l'analyse des gestes de la main à une vingtaine de centimètres de l'écran, pour créer une sémantique. Cette partie du logiciel est basée sur le travail de recherche d'Olivier. Par ailleurs, nous reconfigurons totalement l'interface visuelle des fonctions de traitement d'images et de données : on ne commande pas un ordinateur par gestes comme avec une souris ! En cela, nous nous distinguons de la concurrence.

O. Clatz :  Notre "plus", outre cette ergonomie unique, est l'intégration au système d'information de l'hôpital, ce que ne peuvent pas faire nos concurrents. Ils proposent une surcouche à des logiciels standards, conçus pour la souris et un schéma d’utilisation radiologique-diagnostique différent de l’environnement interventionnel et chirurgical. Nous maîtrisons intégralement la conception et le développement de notre logiciel, ce qui nous permet de coller au besoin et à l’environnement.

Où en est Therapixel, et quelles sont ses perspectives ?

O. Clatz :  Un prototype du logiciel est en test depuis un an et demi au CHU de Nice et au Centre Antoine Lacassagne (Nice). Il nous reste encore du travail, dont le marquage CE, obligatoire pour les dispositifs médicaux, qui concerne les procédures qualité. Nous visons l’obtention de ce marquage en fin d’année.

P. Fillard : Therapixel a été créé en juin par une équipe de chercheurs et d’ingénieurs issus d’Inria. Le marquage nous permettra de commencer à vendre tout début 2014. Un tour d’investissement impliquant IT-Translation est prévu avant la fin de l’année.

Mots-clés : Therapixel Olivier Clatz Pierre Fillard Imagerie cérébrale Interprétation des gestes Start-up Imagerie médicale

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