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Start-up - ActiveEon

Cécile Fradin - Technoscope - 6/10/2008

Interview de Denis Caromel

Deni Caromel Chapo © INRIA Denis Caromel

La société ActiveEon édite des solutions open source pour le calcul distribué et parallèle afin d'accélérer les applications et la virtualisation. Rencontre avec Denis Caromel, chercheur à l'institut, spécialiste de la programmation parallèle et distribuée, fondateur et conseiller scientifique d'ActiveEon.

Nommé professeur à l'Université de Nice Sophia-Antipolis en 1991, vous êtes depuis plus de deux ans responsable du projet OASIS. Qu'est-ce qui vous a poussé à lancer simultanément ActiveEon ?

Denis Caromel : J'avais en fait cette idée depuis longtemps, mais le parcours, à la fois pour se décider puis pour faire aboutir le projet, a été assez long. J'ai en fait franchi le cap pour plusieurs raisons. À commencer par la volonté de voir les recherches que nous menions être appliquées dans un cadre plus large que celui du laboratoire. Je souhaitais rendre les choses les plus utilisables possible dans l'industrie et la recherche scientifique. De plus, après avoir encadré quinze doctorants, je voulais voir notre travail se concrétiser dans une start-up créatrice d'emplois, et ayant sa vie propre. La frustration de ne pouvoir collaborer que de façon temporaire avec des étudiants/chercheurs  compétents qui partaient ensuite à l’étranger, a aussi joué son rôle. L'un des objectifs était donc de garder cette compétence ici, en France. Nous nous sommes décidés fin 2005. Ensuite, nous avons pris nos marques assez facilement, car le parcours était en quelque sorte balisé. Nous avons d'abord été accompagné à l'institut par des experts de la valorisation et de la création d’entreprise. Puis en juillet 2006, nous sommes entrés dans l'incubateur PACA-Est, ce qui a été très appréciable.

ProActive Parallel Suite était déjà utilisé dans l'industrie avant la création d'ActiveEon, notamment par la société Amadeus. Vous étiez donc sûrs que votre technologie avait sa place ?

Denis Caromel : Complètement. Il faut comprendre que nous sommes aujourd'hui à un tournant de l'informatique. Auparavant, tous les dix-huit mois, les ordinateurs doublaient leur vitesse ; en cas de problème de performance, il suffisait donc d'attendre pour avoir une machine adéquate. Cette époque est révolue : les constructeurs n'arrivent plus à maintenir le rythme. Pour pouvoir traiter correctement les informations, il faut maintenant les paralléliser sur plusieurs machines. Notre logiciel n'est peut-être pas la seule solution existant sur le marché, mais nous avons l'originalité de faire des programmations en Java, ce qui est réellement adapté aux besoins industriels.

Les acteurs économiques semblent vous faire déjà confiance, malgré la ''jeunesse'' de votre entreprise...

Denis Caromel :  C'est vrai, mais il faut préciser que les contacts que vous évoquez ont été pris alors que nous étions déjà dans l'incubateur PACA-Est. Il faut donc considérer qu'ActiveEon était déjà en marche, même si l'officialisation ne date que de novembre 2007. Nous avons vécu une période d'inquiétude, lorsque les partenaires économiques et administratifs ont tardé à verser les subventions promises. Nous nous sommes rendu compte à cette occasion que certains n'ont pas encore vraiment intégré la fragilité des start-up à leur démarrage. Mais même si les choses ne sont pas toujours simples, il ne faut pas se décourager ! ActiveEon est en ce moment en discussion avec des intégrateurs pour répondre à des appels d'offre. En parallèle, nous avons un peu diversifié nos activités, et nous comptons déjà des clients à Boston, qui suivent des cours et du consulting autour de ProActive Parallel Suite. ActiveEon, c'est aujourd'hui sept personnes (dont six sont passées par OASIS), et nous prévoyons d'embaucher trois employés de plus en septembre. Vous voyez que nous gardons une bonne dose d'optimisme !

ActiveEon en bref

Pour faire face à une demande croissance des performances, la répartition des applications « lourdes » entre plusieurs machines s'avère souvent plus efficace et plus rentable que l'attente d'un hypothétique nouveau processeur surpuissant. Afin de répondre à ce besoin, Denis Caromel et des membres de l'équipe Inria OASIS ont décidé dès la fin 2005 de s'investir dans la création d'une start-up. A l’Inria, Denis étudie la programmation parallèle et distribuée, et effectue des recherches sur les grilles. Dans ce cadre, il travaille depuis dix ans sur le logiciel ProActive Parallel Suite. Leur projet de création d'entreprise remporte rapidement quelques succès : lauréate à deux reprises du Concours national d'aide à la création d'entreprises de technologies innovantes, en 2006 puis en 2007, l'équipe est de plus sélectionnée pour un projet autour du logiciel ProActive Parallel Suite, avec une orientation services. Les scientifiques ont alors pour partenaires Oracle et Hewlett Packard. ActiveEon voit le jour le 5 novembre 2007. Et l'entreprise s'est déjà associée avec Thales Avionic sur la simulation des alimentations électriques des avions. Elle a en outre noué des contacts avec la société Cadence Design Systems. La start-up propose également une formation professionnelle autour de la technologie des grilles, du conseil, de l'intégration, et de la souscription pour des contrats liés à l'open source .

Le logiciel ProActive Parallel Suite

Le logiciel ProActive Parallel Suite améliore la gestion des infrastructures informatiques. L'équipe-projet OASIS qui l'a conçu travaille en effet sur la parallélisation des applications, méthode qui permet de mettre en commun la puissance de plusieurs ordinateurs et donc d'optimiser le traitement des informations. Une rationalisation entraînant une diminution du nombre de machines, des coûts de gestion et de la consommation énergétique. En migrant vers les Architectures Orientées Services (SOA), il faut certes gérer les infrastructures des entreprises, mais il faut en plus répartir des morceaux d'applications sur des machines qui ne sont pas fixes. Le logiciel ProActive Parallel Suite offre donc la possibilité d'aller plus vite et de façon plus simple, en fournissant des outils qui vont aider les programmeurs à ''découper'' leurs applications. Les scientifiques d'OASIS ont de plus travaillé sur une technologie autour du Java, qui est le langage de programmation du monde de l'entreprise.Le but était d’égaler en rapidité les langages classiquement utilisés pour des logiciels de ce type : Fortran et C++.box

Mots-clés : Programmation parallèle Programmation distribuée Virtualisation

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