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AB - 13/04/2015

Michel Gien, fondateur de Chorus Systems

Michel Gien est un serial entrepreneur : cofondateur, avec Marc Guillemont et Hubert Zimmermann, de Chorus System racheté en 1997 par le géant Sun Microsystems, il s’est intégré à la nouvelle structure avant de créer une deuxième société, VirtualLogix, puis une troisième, Twinlife, toujours en activité ! Il nous raconte son parcours, des débuts de l’informatique européenne chez Inria à son expérience d’entrepreneur sur plus de quarante ans.

Chorus System : fruit des connexions européennes et de la recherche

J’ai commencé ma carrière comme ingénieur au centre de calcul d’Inria qui participait au projet de réseau européen Cyclades. Nous étions au démarrage d'Internet, qui s’appelait Arpanet aux États-Unis et était en relation étroite avec le projet Cyclades. En 1979, sous l’impulsion de Louis Pouzin, Cyclades a commencé à essaimer d'autres projets pilotes sur la sécurité informatique et les bases de données. Louis Pouzin m'a alors proposé de diriger la création de notre propre système d’exploitation. Le projet, en génie logiciel, s'appelait SOL.

En 1986, nous nous sommes dit qu’il était temps de sortir de la recherche et de confronter nos résultats et nos compétences au monde industriel. Nos amis aux États-Unis créaient leur boîte dans la Silicon Valley. J'ai fait le tour des groupes que je connaissais outre-Atlantique, au MIT, à Berkeley, à Stanford, en leur expliquant notre projet de système d’exploitation UNIX distribué. Leur réaction positive nous a confortés dans l'idée de nous lancer.

Entre un prototype que l'on recherche et un produit que l'on vend, il y a un monde.

Il n'y avait pas vraiment de capital-risque à l'époque, alors on a monté un projet européen, Chorus System, avec les collègues d'Angleterre et d'Italie rencontrés dans le réseau Cyclades. Bien aidés par Inria et par France Télécom (aujourd’hui le CNET, Centre national d’études de télécommunications), notamment en termes de financement, nous avons pu alors développer un nouveau système d'exploitation.

Ce qui était valable pour un projet recherche n’était pas suffisant pour l'industrie. Entre un prototype que l'on recherche et un produit que l'on vend, il y a un monde. Nous avions un groupe d'actionnaires et une clientèle internationale de plus en plus demandeuse de service aux États-Unis : la filiale américaine a donc été créée à Portland, dans l'Oregon ; une deuxième filiale s'est installée au Japon en 1990.

Au bout de quelque temps, le marché des super calculateurs a ralenti : nous nous sommes réorientés, grâce à notre parcours en télécommunication, vers les systèmes destinés aux infrastructures de réseaux. Les relations industrielles entre jeunes start-up étaient motivantes. Nous avons vendu nos nouveaux systèmes à Alcatel, à Nokia, à Lucent, à Nortel, à Fujitsu, à Canon, à tous les équipementiers de réseaux qui commençaient à intégrer de l'informatique dans leurs équipements télécom. Et nous nous sommes parfaitement relancés dans la première moitié des années 1990. Cela nous a donné une grande visibilité qui a conduit en 1997 à notre rachat par Sun Microsystems.

 

De nouvelles conquêtes

J'étais devenu distinguished engineer , et je travaillais avec le CTO (Chief Technical Officer ) de Sun et ses filiales pour trouver des synergies entre les différents centres techniques. En 2001, la crise est arrivée, les entreprises de Télécom ont commencé à tomber les unes après les autres, et Sun, qui avait en 1997 contenté tous les clients qui utilisaient le système Chorus, a décidé d’abandonner Chorus. Avec une majorité de l’équipe, nous avons donc décidé de profiter de l’occasion pour retrouver notre indépendance et nous confronter à nouveau au marché : VirtualLogix est ainsi née et s’est développée en France et aux États-Unis. Progressivement, nous nous sommes éloignés de l'infrastructure de réseaux pour nous concentrer sur les smartphones : j'ai continué à évangéliser la technologie dans le monde et à synchroniser nos équipes internationales. Au bout de huit ans, en 2010, nous avons été rachetés par RedBend Software, une entreprise israélienne qui fait du management de téléphones portables et qui voyait dans notre technologie un moyen de se revitaliser.

Le plus important dans la création d'entreprise, c'est l'équipe et l’esprit que l'on développe ensemble.

Au bout d'un an, nous avons racheté nos parts et quitté RedBend,  et TwinlLife est née : notre objectif était d'utiliser notre expérience pour essayer de rendre service aux gens directement plutôt que de développer une technologie intégrée ensuite par d'autres dans des produits finis. Nous avons créé un système qui permet d'utiliser différents supports (téléphones, ordinateurs, tablettes) pour faciliter les interactions entre les générations dans les familles, tout en protégeant les données privées. Au moment de l'affaire Snowden, notre approche s’est élargie aux communications texte, audio et vidéo privées et confidentielles entre smartphones. L’application « Twinme » est téléchargeable aujourd'hui pour les terminaux Android et Apple. Nous nous sommes autofinancés jusqu’à présent et démarrons actuellement une première levée de fonds en vue de trouver des associés et développer la société aux États-Unis.

Le plus important dans la création d'entreprise, c'est l'équipe et l’esprit que l'on développe ensemble. Les compétences sont importantes, mais l'affectif l'est tout autant. Personnellement, je me suis amusé toute ma vie !

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Mots-clés : Chorus System Infrastructure informatique Réseaux #StartUpsInria

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