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Instituts Carnot : 10 ans de politique d’innovation

AB - 1/10/2015

Entretien avec Alain Duprey, directeur général de l'Association des instituts Carnot

Alain Duprey, directeur général de l'AiCarnot

Créé en 2006 pour rapprocher le monde de la recherche de celui des entreprises, le réseau des instituts Carnot a prouvé la force de son engagement en faveur de la recherche partenariale et son efficacité pour l’économie : il a en effet plus que doublé son chiffre d’affaires avec les entreprises, passant ainsi de 186 millions d’euros de contrats de recherche partenariale la première année à 458 millions en 2014. Avec seulement 15 % des effectifs de la recherche publique française, il réalise plus de 55% de la recherche externalisée par les entreprises à la recherche publique.

Retour, avec Alain Duprey, directeur général de l’Association des instituts Carnot, sur ces 10 années de politique d’innovation au service des entreprises :


Quelles sont les grandes étapes de la création et du développement du réseau Carnot ?

La réflexion de certains représentants de l’État et chefs d’entreprises, dès la fin des années quatre-vingt-dix, sur les évolutions à apporter à la relation public/privé pour valoriser les résultats de la recherche vers l’industrie, a conduit l’État a la mise en place d’un dispositif inspiré du modèle du Fraunhofer allemand : le dispositif Carnot.

En 2005, un premier appel à candidature a été lancé par le ministère de la Recherche et vingt instituts Carnot ont été labellisés. L’année suivante, le ministère a annoncé le passage du budget de 40 à 60 millions d’euros avec confirmation d’un deuxième appel à candidatures pour renforcer le tissu des instituts Carnot. Fin 2006, pour enraciner solidement le réseau et avoir une cohésion d’ensemble au travers d’une structure légère, nous avons mis en place une entité d’animation et de fédération du réseau : l’Association des instituts Carnot (AiCarnot), dont sont membres les instituts Carnot et dans laquelle la grande majorité d’entre eux s’est largement investie au profit de tous.

En 2008, nous avons créé une grande convention d’affaires annuelle, les Rendez-vous Carnot, spécifiquement orientée vers les rencontres entre laboratoires et industriels. Nous avons ainsi largement joué notre rôle d’entraînement désiré par les pouvoirs publics, auprès d’un grand nombre de laboratoires publics puisque, aujourd’hui, les Rendez-vous Carnot sont la principale convention d’affaires public/privé avec plus de 9 000 rendez-vous et 800 exposants.

Fin 2010, le dispositif a été renouvelé pour une nouvelle période de cinq ans. Le rapport quinquennal a reconnu la simplicité et l’efficacité des résultats de Carnot et notamment la capacité des patrons des Carnot à travailler ensemble au sein d’un réseau très diversifié, à parler d’une même voix, y compris à l’international.

Depuis 2013, les instituts Carnot s’organisent en filières, avec le soutien de l’État, pour relever les défis économiques d’innovation et de compétitivité, notamment des PME et ETI. Le réseau cherche donc aujourd’hui à se structurer davantage pour mieux répondre aux appels à projets thématiques et affirmer la marque Carnot, désormais dépositaire d’une exigence et d’une qualité de prestations reconnues par les entreprises.


Concrètement, quel est le rôle opérationnel des instituts Carnot dans la politique d’innovation française?

L’innovation ouverte fait partie intégrante des missions principales des Carnot. Cela consiste à développer la recherche contractuelle pour les entreprises, et donc à développer l’innovation et la compétitivité des entreprises, au service de la création de richesse et de l’emploi.

Pour cela, le réseau se construit avec les meilleures structures sélectionnées selon leur capacité de transfert et leur excellence scientifique. Une entreprise choisira de travailler avec un institut labellisé Carnot si elle est convaincue par les compétences scientifiques et techniques de celui-ci pour apporter une solution viable et concrète à ses problèmes. Il y a donc trois points majeurs de sélection et de développement au sein du réseau Carnot qui sont l’engagement partenarial, la qualité scientifique, et la mise en place d’une organisation interne efficace pour prendre en compte les intérêts et les contraintes des entreprises et la satisfaction des partenaires.


Le développement des passerelles entre recherche et industrie passe par plusieurs instruments dont la formation des jeunes chercheurs…

Les instituts Carnot investissent beaucoup dans la formation doctorale : nous avons 8 000 doctorants chaque année, soit 2 800 docteurs diplômés chaque année, parmi lesquels 1 400 sont "estampillés" CIFRE et ont donc vocation à être embauchés dans l’entreprise où ils font leur thèse. Les chercheurs formés, à la fois par un laboratoire Carnot et une entreprise (PME ou GE), deviennent alors de formidables points de dialogue entre public et privé. Après leur thèse, ces chercheurs sont souvent à l’origine de nouveaux contrats et de nouvelles formes de partenariats. De nombreux stages de Licence ou Master qui se font par ailleurs dans des Carnot changent la représentation du monde de la recherche et développent la mentalité partenariale.

Nous voulons accentuer encore cet axe de formation en développant également la mobilité des chercheurs confirmés entre laboratoires et entreprises. Cela créera de nouvelles passerelles entre les mondes de la recherche et de l’industrie.


Le développement à l’international est aussi un axe majeur de la stratégie Carnot…

L’innovation est intrinsèquement diverse et internationale. Même les derniers secteurs à s’être ouverts à l’innovation ont besoin de cultures différentes. Le phénomène est planétaire : toutes les entreprises ont compris qu’il était plus bénéfique de "faire son marché" en R&I à l’échelle de la planète. Nous faisons déjà du collaboratif à l’international en emmenant de nombreuses PME à l’Europe dans le cadre du programme Horizon 2020 ; les Carnot sont souvent mieux armés que les PME pour monter des projets européens.

L’autre volet de la stratégie internationale Carnot est d’aider les entreprises en termes de business pour aller conquérir de nouveaux marchés, en s’appuyant sur les Carnot qui ont des antennes dans le monde et connaissent les marchés locaux. Nous allons davantage ouvrir ces ancrages aux PME qui ne savent pas toujours comment s’y prendre.


Prochaine étape : l’appel à projet Carnot 3, prévu le 15 novembre. Quelles seront les grandes lignes directrices de Carnot 3 ?

Au début, peu d’organismes mettaient en valeur leur appartenance à Carnot. En janvier 2015, Geneviève Fioraso a réaffirmé son appui au dispositif et au réseau Carnot. Le dispositif ayant fait ses preuves, il s’agit maintenant de le pérenniser. L’installation dans la durée de notre réseau est contenue dans Carnot 3 : les instituts pourront ainsi investir davantage dans la marque Carnot sur le long terme.

Le réseau demandait aux instituts Carnot de définir une stratégie de recherche partenariale pour l’ensemble de leur périmètre, ce qui était sans doute plus simple pour les instituts déjà structurés comme Inria. Mais la majorité des instituts sont multicomposants : plusieurs laboratoires regroupés dans un Carnot qui mettent en place une gouvernance et une stratégie commune. Avec Carnot 3, il y a une volonté forte de l’État de clarifier le paysage partenarial, et de faciliter l’accès aux compétences par les entreprises. La structuration en filières des Carnot avec la mise en place de forces commerciales coordonnées illustre cette tendance.


Finalement, quels enseignements peut-on tirer de ces 10 ans de politique d’innovation ?

Nous sommes partis de 186 millions d’euros de chiffre d’affaires pour les entreprises en 2006 avec 33 instituts pour arriver aujourd’hui à un chiffre d’affaires de 458 millions et 34 instituts. L’effet Carnot a donc induit une croissance forte (x 2,5) sur la période 2006-2014. Le fait de professionnaliser la relation partenariale pour mieux répondre aux besoins des entreprises, fonctionne : les entreprises gagnent en compétitivité et lancent de nouveaux contrats. L’étape suivante sera de réussir à poursuivre notre croissance d’activité pour les entreprises en nous organisant en intra- et en inter-Carnot pour encore plus de qualité et de performance. Nous devons pouvoir atteindre de nombreuses entreprises dites "traditionnelles", notamment de nouvelles PME et ETI qui n’ont pas encore franchi le pas de l’innovation en s’appuyant sur la recherche publique.

Enfin, l’un des apports majeurs du réseau Carnot est aussi l’évolution culturelle de l’ensemble des chercheurs des instituts Carnot vis-à-vis des entreprises. Il y a dix ans, certains laboratoires étaient encore réticents lorsqu’il s’agissait de recherche partenariale. Cette méfiance a aujourd’hui disparu au sein du réseau et le dispositif Carnot a largement légitimé le processus de collaboration entre l’industrie et une recherche de qualité. La recherche partenariale est maintenant vue comme une opportunité de financement et de développement des laboratoires, au-delà de la subvention de base de la recherche publique. Enfin, à partir de besoins concrets et pratiques des entreprises, elle permet d’engager et de conduire des travaux de recherche au meilleur niveau international. Le réseau Carnot va donc poursuivre sa mission et son rôle d’acteur majeur d’une recherche à fort impact sur notre économie !

Mots-clés : Institut Carnot Institut Carnot Inria Transfert Innovation Recherche partenariale

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