Mission médiation : pour créer le déclic chez les jeunes

Date :
Mis à jour le 25/03/2020
Expliquer simplement les sciences du numérique n’est pas chose si aisée qu’il y parait. Certes, on dit que le numérique est partout. Pourtant, comprendre comment cela fonctionne concrètement nécessite quelques explications… et pour cela on a besoin d’un médiateur scientifique, à l’image d’Alain Couvreur. Portrait d’un passionné de mathématiques et d’informatique, spécialiste du codage et de la cryptographie, qui rend fun les sciences du numérique !
Couvreur
© Inria / Photo S. Erôme - Signatures ​

Rendez-vous a été pris au sein de la coque de verre et d’acier du centre de recherche Inria Saclay – Île-de-France, à deux pas de l’École polytechnique. Alain Couvreur nous guide depuis l’accueil pour rejoindre son bureau dépouillé. Un grand écran plat, de nombreux ouvrages professionnels, un tableau noir couvert d’équations… Il y a peu de place pour le doute : nous sommes dans l’antre d’un informaticien.

Ou plutôt d’un mathématicien. Car c’est avant tout parce qu’il pouvait continuer à faire de l’algèbre et de la géométrie que ce normalien, agrégé de mathématiques, s’est orienté vers la théorie des codes. L’objectif : trouver des solutions mathématiques pour éliminer le "bruit" parasite ou les dégradations liés aux faiblesses du support physique de l’information et de son infrastructure de transport. Une thématique qui répondait bien au goût d’Alain Couvreur pour l’expérimentation et le concret.

La cryptographie, qui permet de protéger l’information contre des personnes mal intentionnées, viendra plus tard dans son parcours. Les rencontres avec Daniel Augot, responsable de l’équipe-projet Grace, qui l’introduit à la discipline, et avec Jean-Pierre Tillich, chercheur au centre Inria de Paris dans l'équipe Secret, l’aident à s’y former. Alain s’est donc forgé deux thèmes de recherche principaux, pas complètement indépendants.

Dans les deux cas, il s’agit de protéger l’information, mais on a affaire à un monde sans méchant d’un côté, avec des méchants de l’autre

résume-t-il, amusé.

Si sa recherche l’occupe largement, il trouve « un peu triste de travailler sur un campus universitaire sans jamais interagir avec les étudiants ». En 2014, il a l’occasion d’encadrer le projet de recherche en laboratoire d’un étudiant de 3e année du cycle ingénieur de l’École polytechnique. Une expérience qui lui donne envie d’en faire un peu plus. L’École a justement un besoin pour des TD de cryptographie des 3e années du cycle ingénieur. Alain débute alors une activité d’enseignement en parallèle, qui lui convient et lui change les idées : « Parfois on peut passer beaucoup de temps sur la recherche et ne pas du tout avancer. Dans l’enseignement, on avance toujours un petit peu : au bout du cours, le cours est fait », plaisante-t-il.

De l’enseignement à la médiation… pour toucher un maximum de jeunes

Et puis, il y a moins d’un an, sa collègue Sylvie Boldo, qu’il connaît depuis toujours comme "Madame Médiation", est nommée déléguée scientifique adjointe et doit renoncer à son rôle de médiatrice scientifique du centre de Saclay. Alain a déjà une expérience dans le domaine, sous la forme de conférences tout public ou d’interventions dans des établissements scolaires à l’occasion de la semaine des mathématiques … Elle lui propose de prendre la relève, après une période de copilotage des actions de médiation. S’il hésite un peu, par peur de manquer de temps pour sa recherche, Alain accepte finalement rapidement. Un choix qu’il ne regrette pas : « C’est une charge supplémentaire, mais qui est assez rafraîchissante. »

C’est aussi, et surtout, quelque chose qui l’amuse et qui lui « permet de sortir de [sa] bulle ». Car Alain a conscience de mener sa recherche dans un environnement très privilégié… et d’enseigner à des étudiants triés sur le volet, qui ne seraient pas là s’ils n’avaient pas le goût de la science.

Montrer à des élèves de collèges ou lycées que les mathématiques peuvent être amusantes et concrètes est un autre défi !

Pour le mathématicien, père de trois enfants, chercher à créer un déclic chez des jeunes, notamment ceux qui sont en difficulté, est une façon de se confronter un peu plus au monde réel. Mais aussi de participer au travail énorme que fournissent certains professeurs en essayant d’attirer les adolescents dans le giron scientifique. Une forme de vocation qui lui vient peut-être de sa première mission de médiation réalisée pour l'École polytechnique, en 2012, dans le cadre du programme « Une grande école, pourquoi pas moi ? », où il avait accueilli de jeunes lycéens, issus de milieux éloignés des études, pour une visite de laboratoires suivie d’une séance de discussion ouverte. Objectif : leur faire découvrir l’École, parler sciences et orientation afin d’accroître leurs chances de poursuivre des études ambitieuses dans le supérieur.

Assurer l’existant, pérenniser la nouveauté

Depuis sa prise de poste, il a principalement participé à l’organisation de la Fête de la Science 2019. Il a surtout mis en œuvre le dernier projet de médiation de Sylvie Boldo, à savoir l’organisation du premier « Rendez-vous des Jeunes Mathématiciennes et Informaticiennes » au centre Inria Saclay- Île-de-France les 21 et 22 octobre derniers. Un événement qui visait à encourager les lycéennes à se tourner vers ces filières, en leur permettant de travailler en petits groupes sur des problèmes de mathématiques ouverts, mais aussi de rencontrer des femmes ayant suivi ces études.

Si ses premiers événements ont été un succès, Alain a encore l’impression de prendre ses marques. Pour l’instant, sa priorité est de mener correctement les actions engagées plutôt que d’en monter de nouvelles. D’autant que se profile, pour l’année 2020, un grand projet de médiation engagé par la direction d’Inria en réponse à l’ouverture d’options informatiques dans les programmes de lycées. L’ambition, fixée par Bruno Sportisse, président-directeur général d’Inria, est que chaque élève de seconde rencontre durant l’année scolaire un chercheur en chair et en os . Un projet pharaonique, auquel les médiateurs scientifiques des différents centres Inria ont répondu « Chiche ! ».

Alain Couvreur en 5 dates

  • 2005-2008 : Thèse de mathématiques sur la théorie des codes, à l’Institut de mathématiques de Toulouse, sous la direction de Marc Perret ;
  • 2008-2009 : ATER (Attaché temporaire d'enseignement et de recherche) à l’Institut de mathématiques de Luminy (Marseille) ;
  • 2009-2011 : Postdoctorats au centre Inria Saclay – Île-de-France & au LIX (Laboratoire d’informatique de l’École polytechnique), puis à l’Institut de mathématiques de Bordeaux (Université Bordeaux I) ;
  • Octobre 2011 : Recrutement par Inria au LIX (Laboratoire d’informatique de l’École polytechnique) ;
  • Février 2019 : Prise en charge de la médiation scientifique du centre Inria Saclay - Île-de-France.

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