Exofinger : la recherche et le développement technologique au service du handicap

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Mis à jour le 14/04/2021
Du 20 au 22 octobre 2020 se tenait en présentiel, à Rennes, la seconde édition du Fabrikarium organisée par Ariane Groupe et MyHumanKit. Durant trois jours, en mode hackathon, des équipes pluridisciplinaires ont imaginé et créé des dispositifs d’aides techniques pour et avec des personnes en situation de handicap. Parmi les participants, des salariés d’Ariane Group, des membres de HumanLabs mais également des chercheurs et des ingénieurs d’Inria.

Pluridisciplinarité et créativité

Le réseau des Humanlabs a pour objectif d’améliorer la qualité de vie des personnes en situation de handicap, en apportant aide et conseils pour la réalisation de solutions techniques, concrètes et adaptées à leurs besoins. En 2019, l’association MyHumanKit en partenariat avec Ariane Group crée Fabrikarium, un événement qui consiste à rassembler autour d’un porteur de projet salarié d’Ariane Group, en situation de handicap, une équipe pluridisciplinaire pour l’accompagner et l’aider à concevoir et fabriquer sa propre aide technique.

Pour l’édition 2020 du Fabrikarium, quatre projets ont été retenus parmi lesquels Exofinger qui vise à concevoir une orthèse de main pour le porteur de projet, Bastien, atteint d’une tétraplégie. Autour de lui, une équipe pluridisciplinaire composée d’ingénieurs d’Inria Grenoble Rhône-Alpes (Laurence Boissieux, Christophe Braillon et Roger Pissard-Gibollet), de chercheurs de l’équipe-projet Camin d’ Inria Sophia Antipolis - Méditerranée (Christine Azevedo-Coste et Clément Trotobas), de salariés d’Ariane Group, de membres des HumanLabs MyHumanKit et Saint-Pierre et d’une documentaliste de Floss Manuals.

Leur challenge ? Imaginer et créer pour - et avec - Bastien, une orthèse de doigt motorisée, introuvable dans le commerce, même spécialisé.

Exofinger, une orthèse de pouce accessible !

Première étape, mais non la moindre, définir précisément le besoin de Bastien, en amont du Fabrikarium, pour préparer l’événement en développant quelques briques de base utilisant du matériel "grand public" : des servomoteurs pour actionner, un contrôleur Arduino et des capteurs de mouvement pour le déclenchement. Après réflexion et exploration de plusieurs hypothèses, c’est finalement le principe d’un gant guidant des câbles tirés par un moteur situé sur l’avant-bras qui permette de ramener la pulpe du pouce de Bastien au contact du bord latéral de son index pour serrer un objet qui est retenu.

prototype Exofinger
© MyHumanKit - CC BY-SA 3.0

Côté conception et réalisation de l’objet, nécessairement sur mesure, une attention toute particulière a été portée au design du gant mais également à son confort et son utilisabilité. Le gant a ensuite été instrumenté, selon les retours de Bastien, à partir des briques de base qui avaient été préparées en amont. Comme le précise Roger Pissard-Gibollet, « l'utilisateur est au centre du projet et on cherche à résoudre son problème le plus simplement possible » et au plus près de l’expression de ses besoins tels qu’il les formule. Comme ce projet est open source, tous les détails de la fabrication ont été documentés et sont accessibles sur la page Wikipédia de MyHumanKit.

Suite aux premiers retours d’expérience de Bastien, l’équipe poursuit aujourd’hui son travail en distanciel, sur une seconde version du dispositif car comme l’explique Christophe Braillon, il faut à présent "industrialiser" le concept en le miniaturisant et surtout en travaillant les aspects ergonomiques pour qu'il soit utilisable confortablement au quotidien.

La complémentarité de l’ingénierie et de la recherche

Le projet Exofinger est un exemple de projet au confluent de la recherche, de la technologie et de la médiation scientifique.

L’équipe Camin, commune à Inria Sophia Antipolis - Méditerranée et à l'université de Montpellier, est l’une des 25 équipes-projets Inria qui travaillent sur des sujets liés au handicap. Christine Azevedo-Coste, responsable de l’équipe, souhaite ainsi contribuer à amener la science et la technologie directement aux personnes en situation de handicap en intégrant les différentes parties prenantes (cliniciens, personnes en situation de handicaps, aidants). Des liens étroits existent notamment avec le HumanLab Saint-Pierre dont le fabmanager est récemment devenu membre permanent de l’équipe Camin.

Pour des projets à forte composante technologique, comme Exofinger, l’équipe Camin collabore depuis longtemps avec le SED (Service expérimentation et développement) d’Inria Grenoble Rhône-Alpes qui apporte du soutien aux chercheurs pour le développement logiciel et l’expérimentation.

Ce type de projet permet ainsi d’explorer les modalités de collaboration entre la recherche et le monde des Fablabs, dans lesquels s’inscrivent les HumanLabs, autour de l’aide au handicap. Il favorise également une réappropriation de la technologie par le grand public. Par ce type de collaborations, Christine Azevedo-Coste et Roger Pissard-Gibollet cherchent également à répondre à une problématique éthique qui vise à proposer des solutions simples et peu coûteuses à des personnes dont la très grande majorité n’a pas accès aux innovations récentes et dont les besoins ne relèvent pas directement de la recherche scientifique mais impliquent du développement logiciel ou matériel.

Ce qui nous porte est de mettre au service de la société les connaissances, méthodes et savoir-faire pour aller de besoins individuels à des solutions plus larges d’assistance. 

La direction scientifique d’Inria a soutenu financièrement la participation de l’équipe à Exofinger et vient d’élargir son soutien aux actions futures, par la création d’une Action exploratoire Inria (HLI) pour héberger ce type d’initiative.

Exofinger en vidéo

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