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Fabien Gandon - 28/06/2011

Web : de la bibliothèque universelle à la machine virtuelle ubiquitaire

© Ademe

Fabien Gandon, chercheur de l'équipe-projet Edelweiss, nous raconte l'histoire du web et nous en présente les différentes facettes.

La naissance

En 1945, Vannevar Bush propose dans l’article As we may think  le « Memex»  (Memory Extension ) une machine hypothétique inspirée de l’idée que chaque fois que nous consultons une information, nous la lions et la comparons à d’autres informations. En 1965, en citant cette idée, Ted Nelson propose une structure de fichiers susceptible d’évoluer en permanence : l’hypertexte et l’hypermédia, des documents où chaque fragment est susceptible d’être lié à un autre fragment laissant au lecteur le choix de construire son propre parcours. En 1983, Tim Berners-Lee rejoint le CERN et propose d’organiser les documents et données scientifiques du centre avec un hypertexte sur une machine multi-utilisateur. En 1989 il introduit un changement décisif : les liens (URL) entre des documents structurés (html) ne sont plus forcément sur la même machine mais peuvent traverser le réseau (http). Le Web est né.

Le web documentaire

Parmi les métaphores les plus prégnantes dès la naissance du web est celle d’une gigantesque bibliothèque universelle. Le web est alors perçu comme un système documentaire où les pages seraient des documents entre lesquels on navigue en suivant des liens et que l’on peut marquer d’un signet comme on le ferait d’un livre,  mais il perd immédiatement ce statut purement documentaire. Sa première mutation sera due aux moteurs de recherche : pour permettre d’afficher les résultats d’une recherche l’architecture des serveurs web est modifiée et une page n’est plus forcément un document stocké et servi mais peut être générée à la volée (cf. CGI : interface standard entre un serveur web et un autre programme produisant un contenu généré dynamiquement)… le document devient calcul.

Le web sémantique

En parallèle et dès la première conférence sur le web (WWW 1994, Genève), Tim Berners-Lee explique que réduire le web à un espace documentaire avec des liens entre les documents c’est ne prendre en considération qu’un seul plan de la problématique. L’utilisateur ne parcourt pas le web de façon aléatoire, il mobilise des modèles qu’il a du monde. Si on arrive à comprendre ces modèles, à les représenter même partiellement et à les lier aux ressources du web, on peut alors espérer améliorer nos interactions avec le web. C’est ce que le W3C appelle le web sémantique et il faudra 10 ans pour en concevoir les standards.

Le web des données

Une première étape consistera à structurer les données sur le web d’abord en séparant le fond (structure documentaire de la page web) de la forme grâce à CSS (1996) puis grâce à la galaxie XML (1998) qui fournira un format pour de multiples langages, mais aussi des moyens de validation, d’interrogation et de transformation. Au-dessus de ce web structuré, on construit alors un web de données liées grâce au langage RDF (1999, 2004) qui nous permet de tisser un graphe mondial distribué où chaque nœud, chaque valeur et chaque arc peut être typé (RDFS, OWL, 2004) pour mieux en fixer la signification et identifier les traitements pouvant lui être appliqués.

Le web des services

Si le web 1.0 était essentiellement documentaire, les documents sont vite sortis de leur rôle d’archive pour devenir des résultats de calculs. Le web 2.0, ou web social, a rendu au web sa nature inscriptible et collaborative permettant aux gens de commenter, d’échanger, d’éditer, etc. changeant radicalement et parfois subrepticement la nature de certains de nos actes, transformant, par exemple, la lecture en un acte public. Dans le web 3.0 le web se dirige vers une gigantesque machine virtuelle offrant un nouveau paradigme de conception, développement et déploiement applicatif au sein duquel le web sémantique fournit le méta modèle des structures de données.

Le web des objets

A la richesse toujours grandissante des ressources multimédia du web s’ajoute maintenant les objets de notre quotidien qui sont de plus en plus connectés entre eux par réseau et visibles sur le web.  Tous les jours un peu plus, le web se plaque en augmentation de notre réalité.

Il y a donc  beaucoup de facettes au web, et le web sémantique offre un élément de réponse à l’intégration de ces facettes : il propose d’utiliser des métadonnées pour annoter les ressources du web et d’exploiter la sémantique des schémas de ces annotations pour les traiter avec intelligence. Je suis persuadé que demain, ceux qui contrôleront les métadonnées, contrôleront le web.

Le saviez-vous ?

Dans le prototype de navigateur de Tim Berners-Lee en 1991, on trouve dans le menu la fonction « Edit » : à l’origine, le web était donc modifiable. N’importe quel document pouvait être édité par n’importe qui où qu’il soit. Pour un tas de mauvaises raisons, la fonction « Edit » a disparu lorsque les premiers navigateurs grand public sont sortis dans les années suivantes et on mettra du temps à la redécouvrir notamment à travers l’émergence des wikis dans la deuxième moitié des années 90.

Mots-clés : Web sémantique Web documentaire Web des données Web des objets Web des services Ubiquitaire EPI Edelweiss Web Inria Sophia Antipolis - Méditerranée

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