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Théorie des jeux

Nathaly Mermet, Technoscope - 12/11/2012

Prix France Telecom : au-delà de la reconnaissance, de belles perspectives pour la théorie des jeux

Eitan Altman et Joël Cibert, lauréats du Prix France Télécom et Philippe Taquet - © Brigitte Eymann - Académie des Sciences

Le prix France Télécom de l’Académie des Sciences a été remis conjointement le 15 octobre dernier à Eitan Altman, chercheur Inria et membre associé de l’UPMC (Paris 6) et Joël Cibert, directeur de recherche CNRS à l’institut Néel à Grenoble. Prix prestigieux, il marque la reconnaissance d’un domaine en plein essor.

 Le prix représente beaucoup plus que la reconnaissance de mes contributions au domaine des télécommunications » déclare le lauréat Eitan Altman, soulignant que c’est la reconnaissance du domaine de recherche que représente la théorie des jeux qui est importante.

Selon lui « il y a vingt ans encore, il était fréquent qu'un article dans ce domaine soit rejeté sans même être lu car jugé sans relation avec les réseaux ! » Fort heureusement, une jeune communauté scientifique s'est depuis constituée autour des jeux dans les réseaux de télécommunications, et s’est imposée à la fois à travers ses contributions aux applications et grâce à ses outils et concepts de la théorie des jeux. Le prix annuel France Télécom vient ainsi récompenser des chercheurs ou ingénieurs effectuant en France un travail de recherche fondamentale ou appliquée, concernant les télécommunications et pouvant avoir un impact important sur les services, réseaux, équipements ou composants.

« La théorie classique des jeux s’est développée dans un monde d’économie théorique »  confirme Pierre Bernhard, directeur de recherche émérite à Inria Sophia Antipolis - Méditerranée dont il a été le fondateur et premier directeur. « En fait, avec la théorie des jeux les gens pensaient faire de l’économie ! »  s’amuse-t-il, soulignant qu’Eitan Altman a eu, quant à lui, l’intuition d’utiliser le concept de cette théorie des jeux dans le domaine des télécommunications.


« Pour toute bonne application il faut être très fort en théorie » observe Sylvain Sorin, chercheur à l'UPMC (Paris 6) et théoricien des jeux reconnu. « Ce qui est impressionnant chez Eitan est à la fois la maîtrise des outils conceptuels de la théorie des jeux, de la recherche opérationnelle et des aspects technologiques » pointe t-il, affirmant aussi que le prix France Télécom joue un rôle majeur dans la reconnaissance du domaine.


Dans l'air du temps des Nobel

« Mon travail sur les jeux non-coopératifs est fortement lié à celui de Loyd Shapley, l'un des deux lauréats du prix Nobel d'Économie cette année »  déclare Eitan Altman. Son domaine de prédilection est définitivement à l’honneur et « la communauté de la théorie des jeux attend depuis longtemps l'attribution du prix Nobel à Shapley » affirme t-il, notant que puisqu’il n'existe pas de prix Nobel sur la théorie des jeux ce prix a été attribué en économie. Pour Pierre Bernhard, la parenté entre les travaux d'Eitan et ceux de Shapley sur les jeux coopératifs est assez lointaine ! « Il n'est pas impossible qu'Eitan ait utilisé quelque part la "valeur de Shapley", un concept si important que tout utilisateur de la théorie des jeux est susceptible de s'en être servi un jour » déclare t-il, rappelant que ce pour quoi il est récompensé est vraiment d’avoir été pionnier dans l’utilisation de la théorie des jeux pour de nouvelles applications.  « Or découvrir l'utilité d'un outil dans un domaine différent de celui dans lequel il a vu le jour est toujours scientifiquement très riche, et fait progresser tant le nouveau domaine d'application que l'outil lui-même »  ajoute-t-il.

Eitan Altman répond concernant l’utilisation de la valeur de Shapley : « Nous avons proposé d'utiliser cette approche de partage des gains lors du débat sur la loi Hadopi, avec l’objectif d’inciter les fournisseurs de services à profiter au maximum de la demande conséquente en termes de contenu plutôt que lutter contre le téléchargement non-autorisé  en le rendant illégal. » Pour lui, une contribution importante de Shapley a été l’introduction de la programmation dynamique pour étudier les jeux stochastiques non-coopératifs, la sienne ayant été d’étendre ces travaux aux problèmes avec contraintes. Une de ces extensions, majeure, a d’ailleurs reçu le prix du meilleur article de la conférence IEEE Globecom.

Et maintenant ? …La vie après le prix France Télécom !

L’axe de recherche prioritaire d'Eitan actuellement est la compétition sur la popularité et la visibilité de contenus dans les réseaux sociaux. « Le premier pas consiste à rassembler beaucoup de données sur la propagation de contenu dans les réseaux qui nous permettent de tester des modèles mathématiques (processus de branchement, modèles d'épidémies, etc.) » explique t-il. Ainsi toute l’équipe ne se prive pas de créer elle-même du contenu (vidéos sur Youtube, pages Facebook, groupes sous LinkedIn, etc.) et de le diffuser dans les différents réseaux sociaux. « Nous utilisons ensuite des outils de la théorie des jeux pour modéliser la compétition entre les contenus et pour utiliser nos ressources de la manière la plus efficace possible afin d'accélérer leur propagation dans les réseaux ! » Sylvain Sorin rappelle quant à lui l’importance de l’impact du travail de construction des règles du jeu sur la recherche et souligne la nécessité de réseaux de collaborations scientifiques renforcés en la matière.

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