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Mediathena - VP - 10/07/2019

Inria Sophia Antipolis Méditerranée innove dans l’accompagnement de ses start-up

Au centre Inria de Sophia Antipolis Méditerranée, l’équipe de valorisation dont fait partie Guillène Ribière est chargée d’accompagner les personnels qui pourraient commercialiser une technologie inédite, issue de travaux de recherche Inria, et devenir entrepreneurs.

Mieux que « tout faire pour eux », le process d’accompagnement utilisé ici leur donne du temps et une méthode itérative pour y voir clair avant de se lancer.

Au sein des 35 équipes de recherche Inria établies à Sophia Antipolis Méditerranée, ingénieurs et chercheurs mènent des travaux aux résultats innovants qu’il est parfois tentant de vouloir valoriser par la création d’une startup .

Mais pour franchir ce pas décisif, une innovation ne suffit pas. Il faut avoir une vision claire à la fois de l’usage qui peut en être fait et du segment de marché qu’elle est susceptible d’intéresser. Accompagner les potentiels créateurs de startup sur ce chemin est tout l’art de l’équipe de valorisation d’Inria Sophia Antipolis - Méditerranée dont fait partie Guillène Ribière. Et cette chargée de mission sait quels méandres jalonnent la naissance et la vie d’une entreprise : ingénieure de formation, elle a travaillé dans la Silicon Valley, a vécu la fermeture du site de son entreprise sur la Côte d’Azur puis a co-fondé une start-up en informatique avec quatre anciens collègues, tout en suivant les cours du MBA (Master of Business Administration) « Leadership and Innovation » à l'IAE d'Aix-en-Provence.

Les débuts de sa start-up, aussi éprouvants qu’enthousiasmants, Guillène Ribière les a partagés dans un livre qui décrypte la vie interne d’une jeune entreprise (voir encadré ). Et c’est le même message qu’elle partage depuis en tant que chargée des partenariats et des projets d'innovation au sein d’Inria : créer une entreprise basée sur une technologie innovante n’a rien d’un pari ; il faut explorer ses marchés potentiels avant de se lancer !

« Lorsque quelqu’un pense pouvoir amener une innovation sur le marché, il lui faut du temps pour identifier un ou des cas d’usage pour lesquels des entreprises seraient prêtes à payer pour utiliser une solution » explique Guillène Ribière. « Il est primordial que l’innovation proposée s’insère dans un marché réel. C‘est un gage d’excellence et une conditionsine qua nonpour la viabilité d’une entreprise. Mais ça ne s’improvise pas : nous donnons du temps via un CDD d’un ou deux ans au sein d’Inria Sophia Antipolis Méditerranée, et une méthodologie adaptée aux résultats qui sortent de nos labos. »

Une méthodologie itérative originale

Durant cette période de maturation, les porteurs de projet utilisent le lean startup , une méthodologie qui consiste à avancer par itération, sur des cycles courts. L’idée est d’adopter, aussi bien en prototypage technologique qu'en exploration de marché, une approche « hypothèse – test – validation ou invalidation ». A la fin de chaque cycle itératif, l’hypothèse initiale est validée ou invalidée, ce qui permet de passer à une nouvelle hypothèse et à une nouvelle phase de test suivie de validation ou invalidation.

Pour un produit donné, une hypothèse peut être par exemple que le marché cible est celui des adolescents. Le test peut alors être une campagne de publicité visant cette tranche d’âge et la mesure de validation du test un taux de clic de 1 %. Si l’objectif n’est pas atteint, l’hypothèse n’est pas validée : les adolescents ne sont en fait pas une bonne cible pour ce produit.

Ainsi, de proche en proche, le projet avance par itération jusqu’à converger, à un point de rencontre entre les savoir-faire de l’institut et un ou des marchés. « L’intérêt d'utiliser cette approche est qu'elle est adaptée aux projets de start up qui naissent naturellement à Inria car ils sont basés sur des technologies en avance de phase par rapport à l’état de l’art, forcément disruptives et rarement commercialisables directement » souligne Guillène Ribière.

Des hauts et des bas sans dommage pour un envol au bon moment

Dans le cas de l'équipe GraphDeco, une technologie mature a un potentiel de création d’entreprise puisqu’il s’agit d’un logiciel capable de transformer un ensemble de photographies d'un environnement en une scène 3D où l’on peut évoluer en réalité virtuelle. Le logiciel permettait également d’effacer des objets présents dans la scène et de reconstruire l'espace qu'ils occupaient.

Une première cible naturelle semblait être le marché des jeux vidéo : le logiciel peut construire en quelques heures un environnement de jeu 3D basé sur des scènes réelles. L’équipe a donc exploré la pertinence de cette idée en allant rencontrer des entreprises de ce secteur. Elle a ainsi appris qu’au delà d’un manque de moyens financiers, les entreprises de jeux vidéo n’y voyaient pas un intérêt commercial immédiat via la création automatique d’environnements de jeu, mais qu’elles y voyaient l’intérêt de pouvoir créer de multiples scènes à proposer à leur scénariste, bien plus rapidement qu’en faisant appel à un designer à qui il faut plusieurs jours pour arriver à un résultat similaire.

L’équipe a ensuite exploré le marché de la construction neuve, potentiellement intéressé par la création en 3D de l'environnement dans lequel allaient être construits les futurs bâtiments pour s’y promener virtuellement. Cet usage n'ayant pas non plus été validé, l'équipe s'est un peu découragée... jusqu’à une rencontre, lors d’une conférence, avec un grand constructeur automobile qui cherchait un moyen de créer des scènes d'environnements routiers réalistes pour entraîner ses véhicules autonomes !

« Être soutenu dans le prototypage et l’étude de marché est, pour les futurs entrepreneurs, une opportunité précieuse de faire le point, d’affûter leur savoir-faire entrepreneurial voire, parfois, de renoncer » résume Guillène Ribière. « C’est grâce à cette période d’évaluation personnelle que les start-up qui prennent effectivement leur envol ont toutes les chances de faire longue route !  ».

 

« Les startup expliquées à ma fille »

« Tous ces millions d'euros consacrés à des projets ne seraient-ils pas mieux investis pour pallier le manque de médecins et d'équipements hospitaliers ? Est-ce qu’on n’en ferait pas un peu trop pour les start-up ? » C’est ainsi interpellée par sa fille étudiante en médecine que Guillène Ribière a décidé de rédiger un manuel des start-up, vues de l'intérieur, pour expliciter la démarche de création de valeur pour notre économie de l’entrepreneuriat et les étapes nécessaires pour « faire naître une entreprise ». Dans cet ouvrage, l’auteur décrit aussi l’impact sur sa famille et son entourage qu’a eu sa volonté de devenir entrepreneur. Une lecture utile à tous : créateurs de start-up technologiques ou non, et à toute personne curieuse de ce monde toujours un peu mystérieux de la création d’une entreprise.

« Les startup expliquées à ma fille », éditions Pearson, novembre 2018.

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