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Cybathlon 2016

Aline BRILLU - 2/11/2016

Cybathlon : pari réussi pour l’équipe Freewheels

Les tous derniers réglages Cybathlon 2016 - © Inria / photo C. Morel

Le 8 octobre dernier se tenait à Kloten, en Suisse, la première édition du Cybathlon, une compétition sportive pour athlètes handicapés équipés d’appareillages high-tech. Jérôme Parent, paraplégique, a pris le départ de la course de cyclisme assisté par stimulation électrique. L’aboutissement d’un an et demi de travail avec les chercheurs de l’équipe Camin d’Inria et les cliniciens du centre de rééducation DIVIO de Dijon. Retour sur une aventure hors du commun.

Samedi 8 octobre, sur la piste de la patinoire de Kloten en Suisse, Jérôme Parent, paraplégique depuis plus de vingt ans, réussit l’impensable : franchir la ligne d’arrivée d’une course cycliste. L’aboutissement d’un an et demi de travail de l’équipe Freewheels. « Au moment du départ, j’ai ressenti une certaine appréhension , se souvient Jérôme Parent. Mais je me suis senti dans de très bonnes conditions intellectuelles et physiques. Et j’avais confiance en l’équipe. »

 « Il y a eu une véritable émulation entre toutes ces équipes de recherche du monde entier qui étaient tous là pour faire avancer les choses !  », s’enthousiasme de son côté Benoît Sijobert, ingénieur doctorant au sein de l’équipe Camin d’Inria. Avec Christine Azevedo, directrice de recherche, ils ont adapté un vélo couché à trois roues et ont élaboré un programme de stimulation électrique spécialement conçu pour Jérôme Parent. Six canaux électriques lui permettent de contracter quadriceps et ischio-jambiers et donc de pédaler. Il a fallu plus d’un an de travail et d’entrainements pour ajuster le dispositif. En parallèle un médecin, Charles Fattal, et une kinésithérapeute, Anne Daubigney, se sont chargés de la préparation musculaire du pilote. C’est donc une véritable équipe multidisciplinaire qui a accompagné Jérôme jusqu’à cette épreuve du Cybathlon.

 « Une réussite »

Après s’être qualifié pour la finale, Jérôme Parent termine la compétition à la sixième place. « Nous n’y allions pas pour une médaille. Nous avons atteint notre objectif, donc pour nous c’est une réussite  », remarque Christine Azevedo. Première édition de la compétition les équipes n’avaient pas de point de comparaison sur les performances des pilotes.  N’ayant pas accès à la piste avant la course et  ne connaissant pas précisément le revêtement du sol, l’équipe a préféré se fixer un objectif réaliste : parcourir les 750 mètres en 8 minutes. Le stimulateur était réglé en fonction et le pilote entrainé pour pédaler précisément à cette vitesse. « Il a parfaitement réussi dès le premier tour des qualifications. Nous étions alors tous très heureux. Mais nous n’avions pas, sur place, les moyens d’améliorer ce temps. C’est d’ailleurs une piste de travail pour la suite : avoir un dispositif plus adaptable qui nous permettrait de modifier plus facilement la vitesse. »

Défi sportif mis à part, le Cybathlon a aussi permis de promouvoir la recherche en électrostimulation et ses applications. « Il y a eu un grand intérêt autour de ces tous premiers jeux olympiques bioniques. Le Cybathlon aura aussi permis de faire connaître au grand public et de vulgariser l’usage de la stimulation électrique fonctionnelle au travers d’une application concrète et bénéfique qu’est le cyclisme assisté par stimulation », confie Benoît Sijobert. Pour l’équipe l’évènement a aussi été l’occasion d’échanges fructueux avec d’autres chercheurs. « Nous allons suggérer aux différentes équipes de publier une ‘special issue’ dans un journal afin de rassembler des articles avec des informations sur les stratégies des différentes équipes. L’idée est de faire le point sur ce qui a fonctionné ou non en fonction des caractéristiques des différents pilotes. L’objectif est d’aller encore plus loin dans la stimulation électrique et d’élargir son utilisation. », ajoute Christine Azevedo.

Prochain défi : travailler l’endurance

L’aventure Cybathlon terminée, toute l’équipe va se retrouver prochainement pour se lancer dans de nouveaux projets. « Jérôme s’est énormément investi pendant plus d’un an. Il n’était donc pas question que tout s’arrête du jour au lendemain  », annonce Christine Azevedo. Un rendez-vous est déjà fixé fin novembre pour un test grandeur nature sur une piste d’athlétisme. Il s’agira, cette fois, de tester la résistance de Jérôme sur une longue distance, à un rythme moins soutenu. Objectif : parcourir deux kilomètres en une trentaine de minutes. « Pour le Cybathlon, il fallait réussir à pédaler vite dans un temps très court. Or, ce n’est pas l’objectif premier de nos travaux. Nous sommes plutôt dans l’optique de proposer quelque chose qui soit adaptable au plus grand nombre et qui permette de prendre du plaisir le plus longtemps possible. Nous allons donc travailler d’avantage sur l’endurance . » explique Christine.

Un nouveau protocole clinique va être déposé. Il permettra de suivre Jérôme Parent tous les deux mois au moins. « J’étais préparé à ce que l’aventure s’arrête après le Cybathlon, reconnaît Jérôme.Mais nous avons vécu une telle aventure humaine, que je suis très heureux que cela continue.  » D’autant plus que cette année de travail a eu de véritables effets physiques pour le quadragénaire. « Mon corps est plus harmonieux, ma densité osseuse a légèrement augmenté et j’ai amélioré mes capacités respiratoires.  »

L’équipe Camin d’Inria prévoit également de tester la technique sur d’autres patients. Les chercheurs ambitionnent, à terme, de mettre au point des neuroprothèses et des stimulateurs électriques qui permettraient de faciliter le quotidien des personnes souffrant de déficience sensori-motrices comme l’hémiplégie ou la maladie de Parkinson.

 « L’aventure Cybathlon nous a permis de donner du sens à nos travaux de recherche, elle nous a enrichis » précise Christine Azevedo.


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