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Distinction

Françoise Breton - 14/03/2011

Un pionnier de la théorie des jeux appliquée aux réseaux reconnu par ses pairs

Eitan Altaman © INRIA / Photo Jim Wallace

L’Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE) vient de décerner à Eitan Altman, directeur de recherche de l’équipe Maestro, Inria Sophia Antipolis - Méditerranée le grade de Fellow IEEE  pour sa contribution au domaine de l’analyse, de l’optimisation et du contrôle des réseaux de télécommunication. Un domaine jeune que ce chercheur a contribué à établir et enrichir en adaptant des outils créés dans d’autres branches de la théorie des jeux. Entretien.

Pourquoi appliquer la théorie des jeux aux réseaux ?

Eitan Altman :  La théorie des jeux peut être utilisée dans tous les domaines où interviennent des questions de compétition stratégique. Cela va de l’économie à l’étude du réseau routier. La percée de cette théorie dans les réseaux de télécommunication (Networking Engineering Games)  date des années 1990. Un nouveau domaine d'étude a émergé autour du routage, du contrôle de flux, du contrôle d’accès et de puissance, et de la sécurité du réseau. L'intérêt de la théorie des jeux pour la conception même des réseaux s’est imposé avec la multiplication d’opérateurs concurrents et la compétition accrue entre fournisseurs de service, fournisseurs de contenus et fabricants d’équipements pour les réseaux. Un grand nombre de problèmes intéressant la théorie des jeux ont surgi avec le succès des téléphones mobiles. Celle-ci permet en particulier d’étudier et de concevoir des réseaux autonomes, comme les DTN (dont les connexions se font par proximité et non par un opérateur), en tenant compte des fortes contraintes liées aux ressources énergétiques limitées de ces appareils.

Pouvez-vous donner quelques exemples d’applications de ces recherches ?

Eitan Altman :  Nous avons par exemple conçu, au sein du projet européen Bionet, des algorithmes de routage et de gestion de l’énergie capables de porter des applications comme l’échange automatique de fichiers sur des réseaux autonomes. Un autre exemple est le réseau de téléphone intelligent MediaFaun sur lequel je travaille actuellement en collaboration avec des spécialistes de théâtre et d’informatique de la nouvelle SFR (Structure Fédérative de la Recherche) de l’université d’Avignon qui porte sur les « Sciences et technologies des cultures et sociétés numériques ». Nous avons étudié la possibilité de fournir des services multimédia lors de grandes manifestations comme le Festival d’Avignon ou la Fête de la musique qui réunissent beaucoup de monde sur une courte durée. Ces services peuvent concerner des annonces sur les spectacles en cours ou sur le point de commencer, accompagnées de clips vidéos trop volumineux ou chers pour être diffusés via  les réseaux des opérateurs cellulaires. 

Où en est-on aujourd’hui et quelles sont les perspectives ?

Eitan Altman : Le domaine des jeux dans les réseaux est jeune et beaucoup de voies restent à explorer. La compréhension de la dynamique de la compétition devient aussi importante que les notions d’équilibre. Une source d’inspiration intéressante est la biologie qui traite également de systèmes autonomes et de compétition pour des ressources. Les jeux dits évolutionnaires me paraissent de ce point de vue très fructueux car ils s’appliquent à des systèmes dynamiques, en évolution. J’ai d’ailleurs contribué à développer les aspects théoriques de cette approche. L’épidémiologie est également une source d’inspiration pour comprendre comment un virus se propage ou comment améliorer un réseau pour qu’il soit plus rapide et plus performant. On sait par exemple aujourd’hui accélérer la propagation d’une information avec des outils comme les caches ou les graphes de recommandation.

Un autre aspect encore trop peu étudié et dont l’apport pourrait s’avérer conséquent sont les jeux coopératifs ou de coalition. Ils permettent en effet d’identifier des situations où la coopération peut créer une valeur ajoutée par rapport au comportement non coopératif. Cette approche est adaptée par exemple aux questions posées par la neutralité du Net dont on parle beaucoup actuellement et dont l’aspect principal est de garantir le traitement équitable (non discriminant) des paquets d’information acheminés par les opérateurs (discrimination du point de vue de la vitesse, du coût, du protocole, du service, de la source ou de la destination du paquet, etc.). Elle peut contribuer à établir des modèles économiques alternatifs de tarification d’internet et de partage des profits qui soient capables de stimuler le développement des réseaux, un grand enjeu économique à l’heure actuelle. Je travaille sur ces questions dans le cadre du SFR d’Avignon ainsi que dans l’action de recherche collaborative Meneur financée par l’Inria.

Parcours en quelques dates

1990 : thèse en Electrical Engineering , Technion, Israël

1990-1992 :  post-doctorat à l’Inria, à Sophia Antipolis (projet Meval)

1998  :  Thèse d'habilitation, Université de Nice-Sophia-Antipolis (Constrained Markov Decision Processes)

1992- ... :  il partage son temps entre l’Inria et l’université d’Avignon

2008 :  il devient membre du laboratoire commun Alcatel-Lucent Inria

2010 : il se voit décerner le grade de Fellow IEEE  pour ses contributions à l'analyse, l'optimisation et le contrôle des réseaux

Mots-clés : IEEE Théorie des jeux Inria Sophia Antipolis - Méditerrannée Réseaux Eitan Altman

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