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Portrait

Médiathena - AA (*) - 13/06/2019

Christine Azevedo, d’une chercheuse engagée au service de l’humain, sur la voie de l’autonomie

À la tête de l’équipe-projet CAMIN, Christine Azevedo développe des solutions d’électrostimulation pour permettre à des personnes ayant une paralysie d’un ou plusieurs membres de retrouver une partie de leur mobilité. Aider à la marche, au changement de posture, et maintenant à la préhension avec le projet Agilis : cette automaticienne de formation explore tous les domaines du handicap où son apport pourrait faire gagner concrètement en confort de vie. Portrait d’une chercheuse engagée au service de l’humain.

Au départ, il y a une hésitation. Que choisir entre les sciences de la vie, la médecine, et une carrière d’ingénieur ? Christine Azevedo se décide pour l'IUSPIM (actuel Polytech ), à Marseille, une école d’ingénieur généraliste, avec une coloration en automatique, la science des systèmes dynamiques. En 1997, elle fait son stage de fin d’études dans une PME chargée de logistique pour les champs pétroliers. Elle y est recrutée comme responsable qualité. Mais au bout d’une petite année, le constat est sans appel : le métier ne lui convient pas. « Je n’avais pas fini d’avoir envie d’apprendre et j’avais trop de curiosité pour rester enfermée dans quelque chose que je trouvais répétitif.  »

Retour aux études donc, pour un master en automatique et robotique à l’Institut national polytechnique (INP) de Grenoble, obtenu en 1999. Pour son stage de recherche, elle intègre l’équipe BIP, dirigée par Bernard Espiau, qui travaille sur les débuts des robots bipèdes. À l’époque, le domaine vient de prendre un tournant : Honda a sorti le tout premier robot capable de marcher et de monter des escaliers.

Christine Azevedo reste auprès de Bernard Espiau pour une thèse sur le contrôle de la posture et de la marche en robotique humanoïde.

Du robot à l'Homme

Dès le début, ce qui l’intéresse en automatique, c’est le contrôle-commande des mouvements. Comment faire pour reproduire artificiellement, chez le robot à deux jambes, la posture humaine équilibrée et permettre la déambulation ? Christine Azevedo fait l’état de l’art de ce que les neurosciences savent sur le contrôle moteur humain.
En dernière année de thèse, elle fait la connaissance de David Guiraud, qui participe au projet européen Stand Up And Walk  : la restauration de la marche chez des personnes souffrant d'une paraplégie par l’implantation d’un stimulateur électrique au niveau du bassin relié à des électrodes réparties sur les muscles des jambes. C’est sa première rencontre avec la stimulation électrique fonctionnelle. Et une révélation. « Je me suis dit, mais oui bien sûr, c’est ça que je veux faire ! Tout ce que je fais en robotique, tout ce qui m’intéresse, tout ce qui me plait, je veux l’appliquer à une problématique de handicap.  » 
À ce moment-là, David Guiraud commençait à créer l’équipe DEMAR (Déambulation et mouvement artificiel) chez Inria à Montpellier et Christine Azevedo veut en être. Pour muscler sa connaissance de la physiologie humaine, elle fait un postdoc sur la gestion de la posture et de la locomotion chez l’humain, à Marseille. Elle y reste un an, à l’issue duquel elle tente le concours d’entrée à Inria. Si sa candidature est bien perçue, elle manque d’une expérience internationale. Ce sera le Danemark, au centre d’interaction sensorimotrice de l’université d’Aalborg. Elle s’y forme à la stimulation électrique fonctionnelle auprès de grands noms du domaine des neuroprothèses, ces interfaces avec le système nerveux qui permettent d’activer la contraction des muscles des personnes paralysées.

Développer des solutions concrètes

En 2004, Christine Azevedo est recrutée dans l’équipe DEMAR. Elle y lance des projets sur l’assistance au transfert assis-debout, l’aide à la marche chez la personne ayant une hémiplégie ou une maladie de Parkinson et s’insère dans les travaux existants avec sa contribution d’automaticienne. Car ici, tout est affaire de travail d’équipe.

Outre la multidisciplinarité des compétences de recherche mobilisées (informatique, microélectronique, neurosciences…), les interactions avec les médecins et industriels sont fondamentales. « On essaye de développer des solutions qui puissent avoir une réalité auprès des patients un jour, donc l’étape de transfert clinique et industriel est très importante  ». Jusqu’au patient, qui devient un membre à part entière de l’équipe, qu’il nourrit de son retour d’expérience. « Dans ce domaine, le facteur humain est premier, tout le reste doit s’adapter.  »

En 2016, se pose la question de l’avenir de DEMAR. L'équipe a fourni un gros effort de développement technologique (stimulateurs, logiciels…), qu’une équipe de recherche n’est pas conçue pour porter et valoriser. Décision est prise de créer une startup, Neurinnov , pour assurer le transfert des technologies et le développement lourd lié aux travaux de recherche de l’équipe. David Guiraud et son collègue David Andreu s’y attellent. Christine Azevedo prend en charge la partie recherche académique et scientifique, en créant à la suite de DEMAR l’équipe CAMIN (Contrôle Artificiel de Mouvements et de Neuroprothèses Intuitives), commune à Inria et au Laboratoire d'informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (LIRMM). La première collaboration officielle des deux structures est Agilis (voir encadré ci-dessous), un projet européen qui vise, à terme, à restaurer les mouvements de la main et du poignet.

En s’engageant dans ce domaine, Christine Azevedo voulait participer à cet effort d’amener la science et la technologie vers des personnes qui puissent en bénéficier directement. Si elle est passionnée par son travail, elle ne se considère pas encore arrivée à son objectif, ses projets étant toujours au stade de la recherche. Son Graal ? Que découle de ses travaux une solution concrète, qui soit utilisable au quotidien pour améliorer la qualité de vie des personnes en situation de handicap.

 

Le projet Agilis en quelques mots

Le projet Agilis va tester, sur des volontaires souffrant de tétraplégie, la stimulation de différents faisceaux de nerfs impliqués dans la flexion et l’extension de la main et du poignet, via l’utilisation de deux électrodes multicontacts implantées. Un précédent projet a validé la sélectivité de la stimulation et le déclenchement de différents types de mouvements chez des patientes et patients anesthésiés, à l’occasion d’une opération de transfert tendineux. Le projet Agilis a pour objectif de faire la preuve de concept de la fonctionnalité du système proposé, et notamment de la récupération d’une extension et d’une flexion fonctionnelles, permettant la saisie de différents types d'objets.

  • c'est projet européen de 18 mois soutenu par l’EIT Health ;
  • déjà cinq patients implantés ;
  • trente jours d’entrainement et d’expériences ;
  • environ 12% des personnes ayant une lésion médullaire sont éligibles au futur implant AGILIS , soit de l’ordre de 550 personnes par an au niveau européen ;
  • partenaires : Inria, AP-HP, Hôpital la Châtaigneraie, Neurinnov et l’Université de Heidelberg.

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