Sites Inria

English version

Intelligence artificielle

19/10/2017

Marc Schoenauer épaule Cédric Villani pour définir une stratégie IA pour la France

De gauche à droite : Cédric Villani et Marc Shoenauer - © Marie-Lan Nguyen - © Inria / Photo Kaksonen

Cédric Villani a reçu du Premier ministre la mission de plancher sur la stratégie de la France, au sein de l’Europe, en matière d’intelligence artificielle (IA). Il rendra en 2018 au gouvernement ses préconisations. Pour mener à bien ce projet, il s’appuie sur Marc Schoenauer, directeur de recherche et responsable de l’équipe TAU au centre de recherche Inria Saclay – Île-de-France, l’un des rares mathématicien français reconnu dans ce domaine depuis plus de 25 ans. Il a aussi été président de l’AFIA.

« Une grande place pour les questions éthiques et sociétales »

D’ici à la fin de l’année les deux scientifiques, aidés par le secrétariat du Conseil national du numérique, auditionneront plus de 200 personnes. Chercheurs, ingénieurs, industriels mais aussi juristes, sociologues et philosophes, seront interrogés, par groupes et en privé. La lettre de mission accorde une grande place aux questions éthiques et sociétales autour de l’intelligence artificielle. « C’est un sujet qui soulève des inquiétudes, par exemple en ce qui concerne l’impact de l’IA sur l’emploi. Différents rapports prédisent une disparition d’entre 10 et 20 % des emplois, et un impact significatif sur 20 à 40 % des emplois, du fait du développement de l’IA. C’est une question que nous allons aborder, tout comme l’influence des changements induits par l’IA sur les institutions, et les risques accrus d’inégalités de tous ordres. »

La mission s’appuie sur plusieurs rapports antérieurs, en particulier les rapports de l’OPECST* et de l’initiative France IA, en mars dernier. « France IA a surtout servi à dresser un état des lieux, et à donner des directions générales d’action. Cette fois, l’objectif est d’aller encore plus loin en préconisant d’une part des actions précises (de tous ordres, législatif, juridique, culturel, et bien sûr financier), et d’autre part en identifiant le sujets sur lesquels il convient de lancer rapidement un débat national » , lance le directeur de recherche. Il s’agit en effet de donner à la recherche et aux industries françaises et européennes toutes les clés pour faire de la France, au sein de l’Europe, un des pays leader en matière d’intelligence artificielle , et ce, sans que cette révolution n’oublie personne en route. Et pour cela, la France a des atouts, notamment la qualité de ses instituts de recherche.

« Le monde entier envie la formation française en mathématiques »

En effet, un des points forts de la France, c’est son excellence en mathématiques , « que le monde entier nous envie » , assure Marc Schoenauer. « Aujourd’hui, l’IA utilise beaucoup d’outils mathématiques très sophistiqués. La France a donc une carte à jouer autour de l’apprentissage à partir de données. »  D’ailleurs, l’un des trois plus grands spécialistes mondiaux de ce domaine est français : Yann LeCun, considéré comme un des inventeurs du deep learning . Le scientifique dirige aujourd’hui le laboratoire d’intelligence artificielle de Facebook (FAIR) à Paris. « Il est un bel exemple de l’excellence à la française, mais aussi de la fuite des cerveaux » , confie Marc Schoenauer. Une question qui sera, elle aussi, abordée dans le cadre de cette mission. « Il est illusoire de penser qu’on va retenir les bons chercheurs que Google ou Facebook essaieront de capter, la différence de salaires est trop importante (ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas revaloriser les salaires misérables de nos chercheurs, bien évidemment). Mais aujourd’hui, les universitaires français n’ont pas le droit de travailler à la fois dans la recherche publique et chez un industriel, ce qui est courant aux USA par exemple. C’est peut-être quelque chose qu’il faudrait changer. »

Fin novembre, Cédric Villani et Marc Schoenauer remettront un pré-rapport au secrétaire d’État au numérique, Mounir Mahjoubi, et le rapport final doit être remis au Premier ministre fin janvier. «  l’heure actuelle, je ne sais pas encore sur quoi cette mission débouchera, confie le directeur de recherche.Mais c’est passionnant de se lancer dans un projet qui pourrait avoir un véritable impact. »

 

* OPECST - Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

L’IA fait le buzz

Concevoir des machines capables de simuler l’intelligence humaine . Voilà, en substance, l’objectif à très long terme de l’intelligence artificielle. En pratique, ce champ de recherche couvre aujourd’hui des domaines d’applications très divers, dans lesquelles ont déjà fait leur apparition des solutions d’IA "étroite", c’est-à-dire capables de briller sur un problème précis, par exemple le jeu de Go, mais incapable de quoi que ce soit d’autre. En santé par exemple, l’IA pourrait constituer une aide au diagnostic et améliorer la prévention . En analysant les données de toute la population, nous pourrions être capables de prédire les prédispositions de chacun à développer telle ou telle maladie, et agir préventivement. Cela, bien sûr, soulève un grand nombre de questions éthiques : est-il possible de préserver la vie privée des individus tout en permettant les expérimentations scientifiques au niveau de la population ?

Un autre grand enjeu de l’IA concerne le domaine des transports, de l’optimisation multimodale au véhicule autonome . « Tous les constructeurs automobiles sont en effervescence sur le sujet » , remarque Marc Schoenauer. Il faut néanmoins prendre en compte l’effet rebond : de même que la construction de toute nouvelle route entraîne une augmentation du trafic, toute optimisation peut conduire à l’inverse de l’effet souhaité.

Aujourd’hui, les industriels, et notamment les GAFAMs (Google , Facebook , Amazon , Apple et Microsoft ) investissent massivement dans la recherche en intelligence artificielle. Et les États ne sont pas en reste : il y a quelques semaines, les États-Unis et la Chine ont annoncé des "plans IA" de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Et Vladimir Poutine a lui aussi annoncé qu’il voulait lancer la Russie dans la course à l’intelligence artificielle. « Celui qui deviendra leader dans le domaine sera le maître du monde », a-t-il déclaré. « L’IA fait le buzz un peu partout ces dernières années, répond Marc Schoenauer. Il faut surtout ne pas rater ce train-là, sous peine de se retrouver pieds et poings liés face aux géants de l’IA d’ici quelques années. »

Mots-clés : Inria Saclay - Île-de-France Marc Schoenauer Intelligence artificielle

Haut de page

Suivez Inria tout au long de son 50e anniversaire et au-delà !