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Jean-Michel Prima - 15/05/2017

Des logiciels pour débattre et voter

Open Agora : Olivier Bache, Christophe Morvan et Benoit Masson Open Agora : Olivier Bache, Christophe Morvan et Benoit Masson

Nouvelle start-up lancée à Rennes dans le prolongement de recherches  menées à Inria et à l'université Paris Est Marne-la-Vallée, Open Agora fournit des outils pour permettre aux entreprises et aux collectivités  d'organiser des consultations arbitrées par des votes.

Un million d'utilisateurs payants. C'est le nouveau record de Slack. Né il y a quatre ans aux États-Unis, cet outil de gestion de projets permet d'organiser le travail collaboratif à grande échelle. Très prisé des entreprises, il remplace l'email jugé souvent moins productif. Dans le sillage de ce succès, des sociétés tierces développent maintenant une kyrielle d'applications proposant des fonctions supplémentaires.

L'un de ces outils est développé par Open Agora , une nouvelle start-up sur le campus scientifique de Beaulieu, à Rennes. “La brique logicielle que nous apportons permet de faire du vote afin de prendre une décision” , résume Christophe Morvan, le chercheur à l'origine du projet. Mais il ne s'agit pas ici d'un de ces scripts de sondages comme l'on peut en voir tous les jours sur Internet.
Notre spécificité, c'est d'offrir ce que l'on appelle un système de vote Condorcet. Parmi de multiples propositions, nous faisons émerger la solution la plus consensuelle. Exemple  : parmi les propositions A,B,C et D, la solution C est celle qui satisfait le plus de personnes car beaucoup l'ont classée en premier choix, bon nombre l'ont aussi classée en deuxième choix, etc. Donc, dans l'ensemble, c'est la solution qui satisfait le plus de votants. Il s'agit d'un système plus nuancé et plus subtil que ce qui existe actuellement sur le marché.
Testée depuis dis-huit mois, une première version gratuite de l'application Open Agora a immédiatement trouvé son public. “50  000 personnes ont utilisé notre application. Environ 6  000 personnes s'en servent de façon régulière. Nous observons entre 50 et 100 sondages par jour, avec un nombre de votes individuels de l'ordre de 500 personnes. Il est même arrivé qu'un seul utilisateur réalise plus d'une trentaine de sondages dans la même journée, avec pour chacun une centaine de votants. ” Cette version gratuite va continuer d'exister, mais elle sera rejointe par un produit premium disponible sur abonnement au prix d'environ 2 € par mois par votant.
Pour nous, cette application dans Slack constituait d'abord un outil d'expérimentation, explique Benoît Masson, directeur technique. Le but était de valider l'intérêt pour un système Condorcet dans un contexte d'entreprise. Dans une deuxième phase, nous prévoyons de valoriser cette expérience en produisant aussi des outils en-dehors de l'écosystème Slack. Nous avons envie de travailler sur des plates-formes plus complètes que nous livrerons clé en main.

À qui s'adresseront ces nouvelles plates-formes ? “D'une part à un certain nombre de sociétés qui, par leur nature, expriment un besoin de démocratie et de débat interne, indique Christophe Morvan. C'est le cas des banques et des assurances mutualistes, ou encore des sociétés reposant sur un fonctionnement coopératif. Plus largement, nous discutons avec les entreprises de l'économie sociale et solidaire. Nous avons des retours favorables. Nous sommes en train de finaliser notre outil afin qu'elles puissent le tester.

Ces logiciels pour organiser de vastes consultations intéressent aussi “les collectivités locales qui souhaitent mettre de la démocratie dans leur fonctionnement. On voit éclore un certain nombre d'initiatives dans ce sens partout en France. Un des exemples les plus connus est celui de la Fabrique Citoyenne de Rennes. ”  En 2016, plus de 11  000 Rennais ont voté un budget participatif, pour distribuer une enveloppe globale de 3,5 millions d'euros à une quarantaine de projets qu'ils ont choisis parmi plus de 200 propositions. Piste cyclable, arrêt minute devant une station de métro, nichoir à hirondelles dans le jardin public...
Pour répondre aux besoins très spécifiques des collectivités, nous allons proposer une plate-forme complètement taillée sur mesure, précise Olivier Bache, directeur produits. Elle intégrera des fonctionnalités comme la cartographie par exemple. Nous déploierons aussi un certain nombre de technologies pour permettre non seulement de procéder à un vote mais aussi d'organiser une discussion avec des échanges argumentés. ” Autant d'outils qui “aideront les groupes humains à faire émerger l'intelligence collective.

Transfert technologique

L'offre technologique d'Open Agora s'appuie sur plusieurs résultats de recherche. “Notre système de vote a été développé dans le cadre de mes travaux à l'université Paris-Est, Marne-la-Vallée, indique Christophe Morvan. Pour l'organisation des espaces de discussions, notre plate-forme utilise le système des espaces de travail actifs plus connus sous le nom anglais : active workspaces. C'est le fruit de travaux menés, dans l'équipe Sumo, au centre Inria de Rennes par Eric Badouel, Loïc Hélouët et moi-même. Cette deuxième partie a fait ensuite l'objet d'une maturation financée par Inria et réalisée par Olivier Bache. Nous allons d'ailleurs continuer de travailler avec cette équipe de recherche.

Mots-clés : Vote INRIA Rennes - Bretagne Atlantique Start-up Open Agora Christophe Morvan

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