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Journée internationale des droits des femmes

10/03/2017

Nora Aïssiouene, passionnément chercheuse

Ingénieure de recherche, Nora Aïssiouene est depuis peu docteure en mathématiques appliquées. Être à la fois femme et chercheuse n'a jamais été un problème pour elle. Mais la jeune femme constate tout de même que son parcours n'a encore rien d'une évidence dans le monde actuel.

Depuis peu Nora Aïssiouene est ingénieure de recherche au sein du laboratoire Jacques-Louis Lions (UPMC, Paris VI et CNRS), le plus grand laboratoire de France et l’un des principaux au monde pour la formation et la recherche en mathématiques appliquées. C’est une nouvelle page qui s’ouvre pour la jeune femme de 31 ans : il y a quelques mois elle travaillait encore au sein de l’équipe Ange (Analyse numérique appliquée à la géophysique et à l’écologie) où elle mettait la dernière pierre à sa thèse, centrée sur la modélisation numérique d’écoulements à partir de méthodes croisant mathématiques, géophysique et mécanique des fluides.

Une histoire de flux

Nora Aïssiouene l’affirme avec fierté, cette thèse est l’aboutissement d’un parcours qui a commencé avec des études d’ingénieur entreprises après une première vie professionnelle.« Mon premier contact avec Inria a eu lieu à Sophia-Antipolis quand j’ai intégré l’équipe Opale (devenue depuis Acumes) dirigée par Paola Goatin. À cette époque je travaillais déjà sur les flux… mais sur les flux routiers ! C’est cette première expérience qui m’a convaincue de rester dans le domaine de la recherche et d’entreprendre une thèse, malgré mon parcours ! Et je dois bien dire que j’avais envie de rester dans le cadre d’Inria, qui s’avère particulièrement propice au travail des doctorants. »

D'Inria à… Inria

Mais trouver une thèse n’est pas une mince affaire… « Heureusement, j’ai bénéficié d’un soutien très efficace des membres de mon équipe. C’est grâce à leur appui que j’ai pu rejoindre l’équipe Ange dirigée par Jacques Sainte-Marie et revenir ainsi en région parisienne d'où je suis originaire. » Comme tous les doctorants, les trois années de thèse resteront gravées dans sa mémoire comme une période de travail acharné. « Contrairement à beaucoup de mes confrères qui peinent surtout en fin de thèse, pour moi, c'est la première année qui a été particulièrement difficile. Mais après je me suis vraiment épanouie dans ce que je faisais, même si j’ai dû finalement renoncer à mes cours de danse contemporaine… Maintenant que j’ai retrouvé un rythme de vie plus 'normal' je compte bien m’y remettre ! »

Très chère mixité

Que pense-t-elle de la place des femmes dans son univers de recherche ? « C’est une question extrêmement complexe avec de nombreux paramètres sociologiques, culturels mais aussi psychologiques. Tant que j’étais doctorante, j’étais entourée de femmes à commencer par deux de mes"coaches"de thèse, Edwige Godlewski du laboratoire Jacques-Louis Lions et Marie-Odile Bristeau d’Inria. Pendant ces trois années je dois bien avouer quela question de la mixité ne m’a pas préoccupée, aussi parce que mon entourage au sein du laboratoire est composé de nombreuses femmes. Cet environnement est donc très encourageant lorsque l’on souhaite se projeter et aspirer à une carrière dans la recherche. »

Dans 50 ans… plus de plafond de verre ?

"Lorsque l'on m'a proposé de me projeter dans 50 ans pour célébrer le demi-siècle d'Inria, j'ai souhaité me concentrer sur l'avenir de la place des femmes dans les communautés scientifiques. J'aimerais bien me dire que le fameux "plafond de verre" qui empêcherait les femmes de parvenir à des postes clés dans la recherche ou ailleurs aura disparu d'ici à 2067, mais je pense que cela prendra beaucoup de temps. Quand j'interroge mes neveux et nièces sur leur futur métier, les petits garçons se rêvent en pilotes ou en créateurs de jeux vidéo alors que leurs sœurs se voient bien maîtresses… Les archétypes ont la vie dure ! Cette simple constatation révèle plusieurs choses : d'une part qu'une bonne partie du plafond de verre est intégré très tôt dans les cerveaux des filles et d'autre part que notre société ne met pas assez en avant les modèles féminins susceptibles d'inspirer davantage de vocations scientifiques. Sur ce plan, il y a encore du travail à faire, par exemple, sur la place que l'histoire de l'informatique telle que le grand public la connaît réserve aux femmes. Tout le monde connaît Alan Turing, … et le nom de Moore évoque quelque chose à ceux qui ont entendu parler de sa loi. Mais Ada Lovelace, Grace Hopper, ou encore Hedy Lamarr, qui mesure l'importance de leur contribution ?

Pessimiste ? Non, je constate que la tendance en mathématiques appliquées est d’avoir de plus en plus de femmes. Je sais que la cause des femmes progresse, notamment grâce à des initiatives comme la bourse L’Oréal Unesco pour les Femmes et la Science, et j’espère que nous sommes sur la bonne voie !"

Mots-clés : Nora Aïssiouene #50Ans Femme Inria de Paris

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