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Interview

27/09/2016

Greg Kroah-Hartman rejoint l’équipe Whisper

Sebastian Oliva

Greg Kroah-Hartman est développeur du noyau Linux à la fondation Linux. Il rejoint pour un an l’équipe-projet Whisper, commune CNRS/Inria/UPMC. Interview croisée avec Julia Lawall de l’équipe-projet Whisper

> Comment avez-vous découvert vos travaux mutuels ?

GKH :  En tant que maintainer du noyau de Linux, je reçois 10 propositions pour le faire évoluer toutes les heures, émanant de la communauté des développeurs Linux. Je n’en retiens que 10 par jour. J’ai connu Julia Lawall et son équipe parce qu’ils développent des outils formidables pour Linux. Coccinnelle a réparé plus de bugs qu’aucun autre programme auparavant. Non seulement il les répare, mais en plus il les empêche de se manifester à nouveau, ce qui est un problème récurrent chez nous. Ce type de travail m’a beaucoup intéressé. Ensuite, Luis Rodriguez, un développeur de Linux, m’a encouragé à les rencontrer et à travailler avec eux : c’est comme ça que j’ai fait un premier séjour à Paris.

JL :  Il a fallu du temps pour retenir son attention : il y a quelques années, alors qu’il était déjà maintainer à la fondation Linux, nous réalisions des outils destinés à faciliter le passage de la version 2.4 à la version 2.6. Avec mon équipe, nous lui avions écrit pour lui présenter nos travaux, lui demander s’il les jugeait utiles, s’il pensait qu’il serait intéressant de les appliquer au noyau stable de Linux, et à l’époque, il nous a répondu qu’il n’était pas intéressé par nos travaux. Mais nous avons continué de contribuer à Linux de notre côté, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que c’était finalement intéressant.

> Comment s’est déroulé ce premier séjour à Paris ?

GK :  Le but pour moi était de mieux comprendre les outils que développe l’équipe Whisper. J’ai passé beaucoup de temps avec Julia et les doctorants de son équipe, nous avons échangé sur les besoins de la fondation Linux et la manière dont leurs travaux pouvaient rencontrer ces besoins. J’ai donné des conférences pour les étudiants en informatique de l’UPMC. Ces étudiants, comme les étudiants américains d’ailleurs, ne connaissent pas bien le monde du logiciel open source. Rares sont ceux qui savent qu’ils peuvent contribuer à améliorer le noyau de Linux. Au cours de ces conférences, j’ai donc voulu leur faire découvrir le fonctionnement de la communauté Linux et les inciter à apporter leur pierre à l’édifice. Finalement, une quarantaine d’entre eux s’est lancé, c’est une grande satisfaction pour moi.

> Vous revenez à Paris, pour une année entière cette fois-ci, comment envisagez-vous cette nouvelle collaboration ?

JL :  Nous avons pour ambition de développer un logiciel qui permettra de faire le tri dans les propositions d’ajout au noyau stable de Linux. Greg en reçoit plusieurs dizaines par jours, mais seulement une dizaine sont potentiellement stables. Il y a des centaines de contributeurs mais tous n’ont pas les mêmes standards pour soumettre leurs projets. Certains sont très insistants, d’autres trop discrets et on ne les remarque pas. C’est pour cela que nous aimerions développer un système basé sur l’apprentissage qui permettrait de comprendre comment Greg fait ses choix pour l’aider à sélectionner les nouveaux patchs et les solutions à intégrer au noyau stable de Linux.

GK :  Ce type d’outil me serait très utile ! Et en étant présent à Paris, je vais pouvoir échanger énormément avec l’équipe et nous allons avancer pour développer cet outil ensemble. Linux ne dispose que de quelques partenariats académiques dans le monde et c’est dommage, j’aimerais que nous développions cet aspect. Il est prévu également que je donne de nouveau des conférences, j’aime beaucoup aller à la rencontre des étudiants et leur faire découvrir l’open source et toutes les possibilités offertes par la fondation Linux. Les études universitaires offrent une vision trop limitée, à mon sens, de cet univers qui est pourtant présent dans tous les aspects de nos vies : les logiciels utilisés par les banques, les systèmes d’exploitation de nos téléphones mobiles, etc.

Mots-clés : Greg Kroah-Hartman Whisper Linux

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