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Portrait

AL.Charbonnier - 8/03/2018

Portrait de Cécile Pierrot, chargée de recherche

© C.Pierrot

Cécile Pierrot est chargée de recherche dans l'équipe Caramba. À cheval entre les mathématiques et l'informatique, Cécile a choisi de se spécialiser en cryptographie.

Cécile Pierrot a rejoint l’équipe Caramba du centre Inria Nancy – Grand Est en tant que chargée de recherche le 1er janvier 2018. Elle travaille dans le domaine de la cryptographie, et plus précisément sur le logarithme discret. La jeune chercheuse se présente comme une nomade contemporaine. Dès son enfance, elle a beaucoup bougé pour suivre les mouvements familiaux : née à Paris, elle grandit en Allemagne, et notamment à Düsseldorf. Elle poursuit ses études supérieures en France tout en effectuant de nombreux séjours en Chine où sont établis ses parents depuis. Après un postdoctorat en Angleterre et aux Pays-Bas, c’est pourtant en France, à Nancy, qu’elle se pose aujourd’hui. Chercheuse mais pas seulement ! Cécile consacre une partie de son temps libre à sa passion pour l’équitation et à son cheval, avec lequel elle partage une grande complicité depuis dix ans et qui l'a suivie jusqu'à Amsterdam !

Qu'est-ce qui t’a poussée à faire de la recherche en informatique?

J'aime les mathématiques depuis mon enfance. Mais c'est lors de ma deuxième année de licence de Mathématiques fondamentales que j’ai eu un vrai déclic pour la cryptographie. J’ai commencé à m’intéresser à cette discipline, à mi-chemin entre les mathématiques et l’informatique, en créant mon propre système de chiffrement pour écrire des notes personnelles dans la marge de mes cours. Jusqu'à ce qu'on brise mon système : ce n'était pas étonnant, j'avais quelques siècles de retard ! Faussement blessée dans mon orgueil, la cryptographie, qui était d'abord un jeu, est devenue ce jour un objet d'étude beaucoup plus sérieux. Je me suis orientée vers un doctorat dans ce domaine et j’ai travaillé sur un des problèmes majeurs utilisés aujourd'hui en cryptographie à clé publique : « le problème du logarithme discret dans les corps finis ». Sous une autre forme  - c'est-à-dire, en remplaçant le corps fini par une courbe elliptique - le problème du logarithme discret est celui sur lequel reposent la sécurité de l'application de messagerie WhatsApp , ou celle de certaines cartes bancaires.

Après ma thèse soutenue au laboratoire d’informatique de Paris 6, j’ai eu l’opportunité d’affirmer et de développer mes compétences en cryptographie en faisant deux postdocs consécutifs : le premier à l’université d’Oxford et le second au CWI d’Amsterdam. J'ai travaillé sur des sujets de cryptographie postquantique. L'importance de cette étude est fondamentale puisque les protocoles d'aujourd'hui reposent sur des problèmes mathématiques tout à fait robustes aux ordinateurs classiques, mais cassés par les ordinateurs quantiques, dont l'avènement semble proche. Aujourd'hui, la communauté travaille donc de front à la consolidation des protocoles actuels (c'est-à-dire que l'on cherche toujours les failles des problèmes classiquement utilisés, comme le problème du logarithme discret), mais aussi et déjà à l'élaboration des protocoles de demain que l'on souhaite résistants aux adversaires malveillants du futur qui seront munis d'ordinateurs quantiques. 
Mon sujet de thèse était très proche des travaux de l’équipe Caramba, c’est d’ailleurs dans cette équipe que j’ai été invitée pour mon tout premier déplacement professionnel en 2013. C’est une équipe très compétitive avec un savoir-faire reconnu au niveau international ; sans connaitre vraiment la ville de Nancy, c’était pourtant le point de chute rêvé pour moi. J’ai ainsi postulé comme chargée de recherche afin d’intégrer l’équipe et je ne le regrette pas !

Qu'est-ce qui te passionne le plus dans ton métier ?

Faire de la recherche c'est comme lire un roman à suspens dont on serait soi-même l'auteur : on attend la conclusion avec impatience, ce qui est très prenant, mais on sèche parfois devant la feuille blanche. Aussi mon métier est parfaitement exaltant lorsque l’on "trouve". Les moments que l'on espère tous ce sont ceux où l'on remplit la page et qui permettent de faire tomber la conclusion. Comme la plupart des idées que l'on a ne mènent à aucune amélioration, il y a une satisfaction réelle à mettre le doigt sur une nouveauté.

Que penses-tu de la position des femmes dans ta profession ? Y a-t-’il eu des évolutions ?

Être une jeune femme peut être difficile dans notre profession surtout en début de carrière. J’ai été très bien accueillie dans mon équipe de recherche à Nancy, j’y ai fait ma place avant tout en tant que chercheuse, et non pas en tant que femme, et c’est vraiment très appréciable. Cependant, la cryptographie reste encore une discipline à très forte majorité masculine. Sur les cinq années que couvrent mon stage de master, ma thèse et mes séjours postdoctoraux, j'ai passé presque quatre ans en étant la seule femme présente au quotidien dans les différentes équipes que j'ai fréquentées. En conférence il est vrai qu'en tant que jeunes nous devons déjà faire nos preuves, mais c'est d'autant plus marqué lorsqu'on est une jeune femme, et qu'il faut surmonter les commentaires non scientifiques et déplacés qui, à moi comme à d'autres, sont parfois adressés. Je crois que la communauté ferme souvent les yeux sur ces difficultés, mais il est un peu prétentieux de croire que nous échappons à ce qui a lieu dans d'autres sphères que la nôtre. En revanche, une fois le cap le plus difficile derrière nous, c'est-à-dire être reconnue pour nos travaux avant tout, j'ose espérer que les différences s'estompent. 

Aujourd’hui, pour changer les comportements je pense que la meilleure réponse doit rester scientifique. C'est en restant telles que nous sommes, et en continuant à faire des sciences de qualité que nous pourrons montrer l'exemple, peut-être changer l'image caricaturale du chercheur en informatique et donner, enfin, la possibilité à la génération future, de tout genre, de se reconnaître dans le (fabuleux) métier que nous exerçons.

[Ndlr] Aussi, plus largement, Cécile Pierrot est membre du cercle K2 https://cercle-k2.fr/, qui a pour vocation de décloisonner les disciplines et de valoriser la recherche. En 2017, le trophée K2 cybersécurité a récompensé sa thèse en informatique. Son envie de faire mieux connaître son métier se concrétise par des actions de médiation par exemple. L'une des premières en ce sens a été de participer à une vidéo destinée à expliquer au grand public la notion de cryptographie à clé publique. 

Mots-clés : Logarithme discret Cryptographie Caramba Inria research centre - Nancy - Grand Est Bitcoin

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