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Intelligence artificielle en santé

A-L C (*) - 22/03/2019

L’IA pour que l’humain fasse de vieux os

François Charpillet - Christine Perret Guillaume - © Re.Med. / Nov 2018

Alors que le Grand Est se mobilise pour créer un Gérontopôle avec l’aide de la région Grand-Est, de l’Agence Régionale de Santé et de la CARSAT , depuis quelques années déjà, un groupe multidisciplinaire de scientifiques (gériatres, psychologues, sociologues, mathématiciens, informaticiens) accompagné d’industriels et d’associations d’usagers (Welcoop, Pharmagest, ONPA,…) travaille sur l’amélioration de la vie des personnes âgées à travers leur cadre de vie. 

Ce qui se dessine, c’est que le domicile de demain concentrera des technologies issues de l’IA pour permettre l’autonomie à long terme. En témoignent Christine Perret Guillaume, gériatre au CHRU de Nancy et François Charpillet, directeur de recherche Inria et coordonnateur de l’« Habitat Intelligent en Santé »

François Charpillet  :« C’est le principe de l’habitat augmenté par des technologies multiples : robotique, capteurs intelligents, domotique, etc. Nous avons mis au point un dispositif qui devrait être commercialisé fin 2018, CARELIB , incluant un capteur qui détecte les chutes et évalue la capacité de la personne à se déplacer. Derrière cette technologie, il y a de l’IA et de l’apprentissage automatique.

Comment déterminez-vous vos choix de recherche ? 

Christine Perret Guillaume  : Nous listons les besoins par des regards croisés entre les usagers, professionnels de santé, industriels et structures associatives sur la technologie, le numérique et l’IA. Il faut préserver ces échanges entre scientifiques et personnes de terrain car ces innovations seront intégrées à des environnements qui doivent rester humains.

FC  : Avec cet appartement intelligent, nous évaluons les solutions proposées, ce qui est faisable ou pas, avec un objectif d’industrialisation. Nous devons être capables de produire des équipements abordables, sachant qu’ils seront diffusés au plus grand nombre. Cette contrainte très forte nous impose des choix techniques pertinents.

Aujourd’hui, un robot humanoïde, au stade de la recherche fondamentale, vaut plus de 250 000 €. Nous réfléchissons à des outils moins sophistiqués comme, par exemple, une solution conçue sur la base du modèle de robot-aspirateur qui permettrait d’observer les situations à risque, voire d’appeler les secours.  

Toutes ces technologies s’inscrivent donc dans une logique de surveillance de l’individu même si c’est pour la bonne cause … ?

CPG  : C’est bien pour cela qu’il faut un encadrement éthique. En tant que professionnels de gériatrie, nous préférons parler de sécurité. Ce sont bien ces innovations qui rendent possibles  la prévention primaire et secondaire et la réadaptation. Nous commençons à travailler sur le repérage de la fragilité de la personne âgée pour déterminer à quel moment sa façon de bouger et de se comporter change dans son environnement et comment un habitat augmenté pourrait permettre une stimulation intelligente pour maintenir son autonomie.

FC  : Il y un rapport direct entre ces outils et les bénéfices que l’on peut en tirer. Si l’on met au point des technologies qui ne font que du « flicage », elles ne seront pas acceptées. En revanche, si le service est là, l’usager acceptera de perdre une partie de son intimité.

Est-ce que vous vous projetez vous-même en future personne âgée quand vous créez ces innovations ?

CPG : Nous sommes influencés par les personnes âgées que nous rencontrons, mais, se projeter nous-mêmes…

FC  :La vraie question c’est : pourquoi mettre cette recherche technologique au service de la santé ? Justement parce que ces travaux ont un impact immédiat à plus court terme. Surtout, cela me permet d’avoir des contacts avec des personnes d’autres spécialités et d’autres milieux. Je sors la tête du labo ! »

 

© Re.Med. / Nov 2018

Laurence Verger

Responsable communication recherche

CHRU de Nancy

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