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Arts et sciences

14/09/2015

Projet artistique Exo-biote : un devenir organique pour les robots ?

Exo-biote - © Jonathan Pêpe / Julien Guillery

Inria Lille – Nord Europe a mis ses compétences et ses moyens à disposition de Jonathan Pêpe, jeune plasticien étudiant du Fresnoy – Studio national des arts contemporains. Une collaboration originale entre art contemporain et nouvelles technologies.

Quel est donc ce monstre bionique, mi-organique, mi-robotique, qui a envahi la salle d'exposition du Fresnoy, à Tourcoing ? Dès l'entrée, le visiteur est accueilli par des objets-sculptures en mouvement qui respirent en se gonflant d’air comme s'ils étaient des organes vivants appartenant à un même corps. Selon son créateur, cette « chorégraphie spasmodique  » est censée entraîner le spectateur dans un voyage intérieur et le conduire dans les méandres de raisonnements absurdes. Un voyage où il imaginerait que tout un chacun puisse se doter d’hypothétiques prothèses de grande consommation, « comme si les objets présentés étaient des organes de substitution produits en série et prêts à l’emploi  », précise Jonathan Pêpe, étudiant au Fresnoy qui a conçu cette étrange créature dans le cadre d'un projet associant l'art aux nouvelles technologies.

Soft robot

Baptisé Exo-biote, ce projet vise à inventer une typologie de formes et de mouvements possibles en détournant des technologies développées en "soft -robotique". Au-delà des aspects esthétiques et philosophiques, l'œuvre est aussi le fruit d’une collaboration technologique entre l'artiste et l’équipe Defrost (commune avec l'Université Lille 1*) d’Inria Lille – Nord Europe, impliquée dans la réalisation du projet. Le jeune plasticien a en effet sollicité l'aide de chercheurs dans le domaine de l'impression 3D et de la robotique déformable pour réaliser cette installation. L'étudiant tenait à recourir à l'impression 3D pour créer des objets souples ou rigides les plus proches possible de ceux générés par ces machines. Avec le soutien d’Éric Prigent, coordinateur pédagogique de deuxième année au Fresnoy, il s’est rapproché de Laurent Grisoni, chercheur et responsable de l’équipe-projet Mint d’Inria (commune avec le CNRS et l'Université Lille 1*), qui avait collaboré avec Le Fresnoy notamment pour le projet Monade. Ce dernier l’a alors mis en relation avec le SCV (Sciences et cultures du visuel de l'Imaginarium) qui lui a prêté une imprimante 3D. Cette machine permet de réaliser des moules en plâtre dans lesquels il est possible de couler du silicone. Parce que Jonathan Pêpe explore le devenir organique de la machine, Laurent Grisoni lui a fait rencontrer l'équipe Defrost qui travaille sur la thématique du soft robot avec laquelle l’artiste a principalement travaillé.

Échapper à l’utilitarisme

Des créations qui associent art contemporain et technologies émergentes : cette approche innovante intéresse finalement autant les artistes que les scientifiques. « Jusqu'ici, nous n’avions exploré que les aspects techniques de la robotique , explique Mario Sanz, ingénieur recherche et développement au sein de l’équipe Defrost d’Inria Lille Nord - Europe. Avec cette réalisation, nous commençons pour la première fois à en entrevoir le côté esthétique, les sensations et les impressions que la présence de ces robots provoque chez les humains.  ». Malgré des cultures et des formations très différentes, l'artiste et les chercheurs d’Inria sont parvenus à se comprendre et à travailler en bonne intelligence, moyennant un effort de vulgarisation du langage de chacune des parties.


Rencontre fructueuse

Pour les chercheurs, les demandes des artistes ont pour particularité d’échapper à  l'utilitarisme. Par définition, le travail scientifique sert en effet à accroître les connaissances scientifiques ou à aider les entreprises à innover. En collaborant avec les artistes, les chercheurs sont confrontés à d'autres exigences, esthétiques ou émotionnelles, qui élargissent la vision de leur propre métier. Et les synergies qui peuvent en naître sont bien plus fécondes qu'on ne peut l'imaginer. « Pour une technologie émergente comme la robotique déformable, les possibles applications sont un terrain de jeu pour les artistes, et des possibles voies de développement pour la recherche, sans compter l'enjeu industriel et commercial. De plus, c'est une association bénéfique des deux côtés, en termes de visibilité, valorisation et communication  », confirme Mario Sanz. Ainsi Jonathan Pêpe a-t-il posé un défi technique aux membres de l’équipe Defrost d’Inria, compte tenu du volume et de la quantité des pièces à imprimer.

Du point de vue de l’artiste, la rencontre s’est révélée tout aussi fructueuse. « Travailler avec des scientifiques amène à toucher la pointe de son ignorance , estime Jonathan Pêpe. Il faut accepter que le projet nous dépasse et que l'on ne puisse pas tout contrôler, être à l'écoute afin de s'adapter au mieux. Ce dialogue est riche car il vient solliciter les intuitions artistiques des scientifiques autant que les intuitions scientifiques des artistes.  » Et, pour les scientifiques, qu’importe si l’œuvre n’est pas utilisable dans leur champ professionnel. « Cela nous permet d'entrer dans une dynamique de production de pensées pluridisciplinaire », conclut Jonathan Pêpe.

Le Fresnoy, une villa Médicis « high-tech »

Le Fresnoy - Studio national des arts contemporains est né de la volonté du ministère de la Culture et de la Communication d’implanter dans le nord de la France un établissement supérieur d’enseignement artistique d’un type nouveau. Basée à Tourcoing, l’école ambitionne d’être « une sorte d’IRCAM des arts plastiques » ou de villa Médicis « High tech  » où l’on crée des œuvres dont le point commun est d’intégrer des techniques professionnelles. Lieu d’enseignement et d’expérimentation, l’école organise un rendez-vous annuel de la création intitulé Panorama .

En 2015, ce sont plus de cinquante œuvres réalisées par  les étudiants et les artistes professeurs invités qui seront présentées, dans tous les domaines de la création artistique contemporaine : cinéma, photographie, arts plastiques, performances et création sonore. Sous-titrée « Techniquement douce », une expression empruntée au cinéaste Michelangelo Antonioni, l’édition 2015 présente des œuvres qui interrogent les rapports du corps et de la technique, à l’image du travail de Jonathan Pêpe.

* au sein de l'UMR 9189 CNRS-Centrale Lille-Université Lille1, CRIStAL.

Mots-clés : Imprimante 3D Robotique déformable Art et numérique Oeuvre d’art Equipe Defrost

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