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Parcours européens

8/09/2015

Filip Křikava : Retour au pays

Après avoir travaillé comme ingénieur aux quatre coins du monde, c’est finalement en France que Filip Křikava a choisi de poser ses bagages, pour rejoindre le monde de la recherche. Il a fait partie de l’équipe-projet Spirals d’Inria Lille – Nord Europe jusqu'à obtenir récemment son postdoctorat. À la rentrée, c'est en tant qu'assistant professeur qu'il débutera à la Czech Technical University de Prague. Retour sur un parcours pour le moins international.

Pourquoi avez-vous décidé de vous orienter vers la recherche ?

Avant de rejoindre le monde de la recherche, j’ai d’abord travaillé pendant cinq ans dans l’industrie, en tant qu’ingénieur logiciel. À Prague tout d’abord, ma ville natale, puis à Dublin, à Santa Clara (États-Unis), et enfin à Amsterdam. Ce milieu a fini par créer chez moi une certaine frustration. La concurrence est rude, ce qui fait que les développeurs sont poussés à travailler dans l’urgence. J’avais la sensation de ne jamais avoir le temps de rendre un projet techniquement abouti. Au contraire, j’aime comprendre une problématique et prendre le temps d’y apporter des solutions. J’ai donc voulu continuer à pratiquer mon métier, mais dans un cadre différent. J’ai ainsi commencé une thèse en 2009.

Pourquoi avoir choisi la France pour le début de votre carrière académique ?

J’évoluais dans un milieu anglophone depuis trop longtemps. J’avais envie de découvrir une nouvelle langue et de m’immerger dans un nouvel environnement. Je dois avouer que la France m’a toujours attiré. J’ai été élevé dans l’amour de ce pays : ma mère y a vécu pendant la période communiste. Mais surtout, j’ai eu beaucoup de chance dans ma recherche. La plupart des aspirants au doctorat gardent des liens avec leur université et font jouer leur réseau. Moi, j’ai utilisé Google. J’ai décroché un entretien chez Inria mais le poste que je visais n’a finalement jamais reçu de financement. La personne qui m’a reçu a eu la gentillesse de me mettre en contact avec le laboratoire CNRS de l’université de Nice-Sophia Antipolis qui proposait un poste similaire. Un mois plus tard, je commençais ma thèse sur les systèmes logiciels auto-adaptatifs.

Parlez-nous du projet qui vous occupe aujourd’hui.

Depuis la fin de ma thèse, en 2013, je suis postdoctorant au sein de l’équipe-projet Spirals. Mon travail est en réalité un prolongement de ma thèse. Nous cherchons à introduire plus d'autonomie dans les mécanismes d'adaptation des systèmes logiciels. Nous visons plus particulièrement deux propriétés : l'autoguérison (la réparation spontanée) et l'auto-optimisation (maintenir un système en fonctionnement le plus longtemps possible, voire éternellement).

D’où vient votre passion pour les sciences informatiques ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fasciné par les ordinateurs. Mon oncle en a eu un quand j’avais six ans, et je me suis vite rendu compte que je prendrais plus de plaisir à créer des jeux vidéo qu'à y jouer – il faut dire que je suis très mauvais ! À 15 ans, je programmais déjà pour gagner un peu d’argent. Je n’ai pu acheter mon premier ordinateur qu’à 22 ans ! Par ailleurs, c’est un domaine en constante évolution, et donc un cadre de travail très stimulant.

N’auriez-vous pas envie de retourner à Prague ?

Si, bien sûr, j’en suis parti depuis maintenant dix ans ! Mais il n’y a pas beaucoup de postes disponibles dans mon domaine. Ce n’est pas un axe prioritaire de recherche en République tchèque, on trouve plutôt des équipes de recherche en chimie ou en nanotechnologies. Deux universités pourraient éventuellement être intéressées par mon profil, et une seule équipe travaille sur les sujets qui m’intéressent. 

Y a-t-il des collaborations qui vous lient avec votre pays natal ?

J’ai pris contact avec une équipe de mon domaine et nous nous sommes rendu compte que nos travaux étaient parfaitement compatibles. Nous avons donc commencé à travailler ensemble et déjà publié deux papiers l’année dernière. J’espère qu’il y en aura d’autres.

Quelles sont les différences majeures de la recherche entre la France et la République tchèque ?

Priorités de recherche mises à part, je trouve qu’en France, le milieu de la recherche se renouvelle beaucoup plus facilement. Les postes évoluent, les chercheurs changent d’équipes voire de projets régulièrement : tout est fait pour encourager le turnover , c’est très sain. En République tchèque, les carrières dans la recherche sont figées : les études, la thèse et le postdoctorat sont souvent effectués dans la même université. À mon sens, la France est l’un des meilleurs pays pour mener mes recherches : les financements sont là et les conditions de travail sont vraiment bonnes.

Avez-vous eu du mal à vous adapter à votre nouvel environnement de travail ?

Je suis reparti de zéro dans un nouveau pays quatre fois déjà. Les débuts en France ont été les plus compliqués à cause de la lourdeur des procédures administratives. À mon arrivée, je n’arrivais jamais à rassembler tous les papiers requis, même pour les démarches les plus simples. J’ai fini par mettre tous les papiers en ma possession dans un même dossier que j’apportais avec moi pour chaque étape. Une fois, mon dossier a été rejeté parce que j’avais oublié de traduire un tampon du tchèque au français sur un formulaire…

Qu’est-ce qui vous manque le plus de Prague ?

Mes proches, évidemment. L’atmosphère aussi, qui n’est pas la même qu’en France. C’est difficile à décrire, mais à Prague, les gens sont un peu moins formels, plus facilement abordables et les liens se créent plus facilement. Je dois avouer que le pain tchèque me manque énormément aussi ! D’ailleurs, quand un ami tchèque me rend visite, il m’en ramène systématiquement !

Âge : 32

Nationalité : tchèque

Statut : chercheur postdoctorant

Matière préférée au lycée : la programmation (lycée spécialisé)

Plat tchèque préféré : le canard cuisiné par sa maman à Noël

Plat du Nord préféré : la flammekueche

En 3 dates

1989 : Parallèlement à la Révolution de velours, qui précipite la chute du régime du Parti communiste tchécoslovaque, Filip Křikava découvre la nature grâce aux « classes vertes » auxquelles il participe certains week-ends et trois semaines l’été. Il a alors six ans et ces souvenirs comptent parmi ses meilleurs.

2004 : La République tchèque rejoint l’Union européenne. Il est alors possible pour Filip Křikava de travailler légalement dans un autre pays de l’UE. Il choisit Dublin. C’est sa première expérience d’expatrié et elle se révèle très enrichissante, d’un point de vue personnel comme professionnel.

2009 : Filip Křikava débute sa thèse à Nice. C’est le début de sa carrière académique et il ne regrette pas l’industrie une seconde.

Localisation

Mots-clés : Système logiciel Pays Bas Irlande République Tchéque

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